Le profond contentieux entre pouvoir et l'opposition risque de faire durer la crise

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La crise politique risque de durer en Guinée, où l'opposition est "persuadée d'avoir été flouée" aux précédentes élections et nourrit une profonde "méfiance" envers le pouvoir d'Alpha Condé, explique Vincent Foucher, spécialiste de la Guinée au groupe de réflexion International Crisis Group (ICG).

L'opposition exige en particulier que la Commission électorale nationale indépendante (Céni) revienne sur "l'inversion du calendrier électoral" qui repousse les élections locales à 2016, après la présidentielle fixée à octobre.

Elle soupçonne que les exécutifs communaux provisoires désignés par le pouvoir, faute de scrutin à cet échelon depuis 2005, ne favorisent des fraudes massives, ces autorités locales étant notamment responsables de la distribution des cartes d'électeurs et du matériel électoral.

Question : Pourquoi l'opposition semble-t-elle vouloir aller jusqu'au bout, évoquant un "cycle ininterrompu de manifestations pacifiques" ?

Réponse : L'opposition, persuadée d'avoir été flouée lors des élections de 2010 et 2013 (présidentielle et législatives, NDLR), est à un niveau de méfiance très élevé. Elle est sur cette ligne exigeante depuis longtemps déjà.

Bien au-delà du chronogramme électoral, il y a beaucoup de points sur lesquels l'opposition trouve qu'il y a des problèmes, à tort à ou raison. La composition de la Céni, par exemple, ou encore le fichier électoral, la Cour constitutionnelle, le découpage électoral...

Et puis l'opposition est devenue très méfiante sur la question de la mise en œuvre des résultats du dialogue, car elle a l'impression que le pouvoir peut signer des accords mais biaiser sur leur application.

Q : Comment désamorcer la crise ?

R : Dans la situation actuelle, il faut que l'exécutif s'engage à organiser les communales avant la présidentielle et qu'il appelle à un dialogue à l'agenda très large.

Une fois cet engagement pris, l'opposition devrait accepter d'aller discuter et produire un programme précis des aménagements qu'elle juge nécessaire, avec un calendrier réaliste.

L'opposition doit sortir de la contradiction où l'a placée le pouvoir, entre exiger des élections dans les délais et demander une mise à niveau poussée du dispositif électoral. Là où nous en sommes, il semble à peu près inévitable de repenser en profondeur la commission électorale.

Une implication des Nations unies et de l'UE (Union européenne) auprès de la Commission électorale, sous une forme ou une autre, semble indispensable.

Q: Quel rôle joue la communauté internationale ?

R: Il y a une sorte de remontée de l'intérêt international pour la Guinée. Avec l'élection au Nigeria (première alternance démocratique dans le pays le plus peuplé du continent, NDLR), on s'est rendu compte qu'il était possible de faire des expériences électorales qui marchent bien en Afrique, y compris dans des situations qui semblent très difficiles.

Donc, les acteurs internationaux marquent un peu plus leur préoccupation sur le processus. Ainsi, il y a en ce moment une petite mission des Nations unies à Conakry, pour une évaluation du système électoral.

Q: Ce dialogue a-t-il une chance d'aboutir avant l'échéance d'octobre ?

R: (La confrontation de cette semaine) pourrait bien n'être qu'une escarmouche préliminaire. L'opposition a réussi à attirer ainsi un peu l'attention internationale sur ses revendications. Mais la discussion pourrait prendre du temps.

Il avait fallu presque trois ans, toute une série de manifestations et plus de 50 morts pour atteindre un accord sur les législatives (de 2013, aux résultats contestés).

Source: AFP

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