« Les ressources naturelles ne sont pas un gage de croissance », selon un expert du FMI

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L’abondance des ressources naturelles n’est pas toujours un gage de mieux être pour la plus part des habitants des pays bien dotés par la nature. Ceci est d’autant plus vrai que certains en sont à parler de « malédiction des ressources naturelles ». Cette triste réalité paraît une évidence, au point qu’au niveau même des institutions de Bretton Woods, l’on s’en préoccupe.

Au cours d’une rencontre avec des journalistes originaires d’une trentaine de pays en développement, invités à Washington pour la couverture des Réunions de printemps du FMI et de la Banque Mondiale, Rabah Arezki, économiste à l’Institut du Fonds monétaire international l’a souligné avec force détails. Selon lui, plus du tiers des ressources naturelles mondiales sont concentrées en Afrique. Ce qui ne fait pas pour autant de cette partie du monde un Eldorado. D’où la nécessité, dit-il, d’opérer un rééquilibrage entre les ressources naturelles et le capital physique et humain au niveau des pays riches en matières premières.

Il a insisté sur la nécessité pour des pays miniers comme la Guinée de recentrer leurs efforts vers le secteur des services, en misant sur la formation et la valorisation des compétences techniques. Ce qui leur permettrait d’éviter de retomber dans les travers des années 1970, pendant lesquelles il y a eu une hausse des prix des matières premières comme c’est le cas actuellement. A l’époque, déplore-t-il, cette situation exceptionnelle avait poussé certains Etats dans un cercle vicieux qui exigeait d’eux de gros investissements, notamment dans le domaine des infrastructures.

Dès lors, la plupart des Etats riches en ressources s’étaient lancés dans des opérations d’endettement massif qui a fini par peser lourdement sur leurs économies. Et le pire arriva. A la mauvaise orientation des investissements et aux coûts d’entretien élevés des équipements étaient venues se greffer la récession et la chute des prix des matières premières.

Conséquence : les principaux pays concernés se sont retrouvés « lourdement endettés » et obligés de se plier aux programmes d’ajustements structurels du FMI et de s’engager pour la plupart dans un long processus d’annulation de la dette. Une réalité dans laquelle se trouve actuellement la Guinée, qui court après l’annulation de sa dette extérieure par le biais de l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés) du FMI et de la Banque Mondiale voilà bien des années.

Le surendettement des pays miniers a, selon l’économiste, conduit au « syndrome hollandais », caractérisé à la fois par le manque de compétitivité et celui de la diversification de leurs économies. Le tout dans un contexte de volatilité des prix qui a contraint les gouvernements de ces pays à prendre des mesures impopulaires. Pire, ces pays font souvent face à la dégradation de leurs institutions et à la corruption. Pour parer à tout cela, Selon Rabah Arezki, le FMI doit veiller à la lutte pour le contrôle des ressources à laquelle on se livre un peu partout, notamment au Tchad, au Soudan, au Nigeria et ailleurs.

L’économiste estime qu’il faudrait éviter de traiter isolément ces différents défis qui, à ses yeux, s’interpénètrent. L’espoir d’en finir avec la corruption et de pouvoir mobiliser d’autres ressources inépuisables, dit-il, existe. Il a cité comme modèle le Chili qui, grâce à l’appui d’un groupe d’experts indépendants, a réussi à mener des politiques intelligentes ayant permis au pays de limiter ses dépenses. Il en a de même pour le Mexique et de Botswana. La Malaisie et l’Indonésie, elles, ont pu diversifier leurs économies.

M. Areki a insisté sur la nécessité de mettre les ressources à l’abri du gaspillage et la corruption. Des instruments pour y arriver existent heureusement. Il fait cas notamment du Guide de transparence du FMI, de l’Initiative de transparence dans les industries extractives (ITIE) de la Banque Mondiale.

L’économiste de rappeler le rôle majeur que les journalistes devraient jouer en tant que « gardiens et vérificateurs de ce que font les Etats » dans ces différents domaines. Il a par ailleurs préconisé de coller aux réalités de chaque pays, de renforcer les institutions et de mettre en place un mécanisme de contre-pouvoirs.

Bachir Sylla, depuis Washington pour le REJEG

Bachir Sylla

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