Présidentielle guinéenne : un arrière-goût de vuvuzelas ?

 

Rassurez-vous, en cette période de Coupe monde en Afrique du Sud (où la France vient d’être humiliée par ses « Bleus », d’ailleurs trop « Noirs » au goût même des Subsahariens qui l’habitent) je n’ai pas l’intention de commenter un match de football. Je me résigne à subir les nuisances sonores des vuvuzelas, ces trompettes traditionnelles utilisées à outrance, même en dehors des stades. C’est très pénible mais sous prétexte du « politiquement correct », il ne faudrait pas critiquer un symbole de la culture du pays hôte.

En Guinée, on n’est pas encore envahi par les vuvuzelas mais, comme à Soweto, notre capitale Conakry vit à l’heure de la chaleur et surtout du bruit. Ce bourdonnement entêtant provient de la campagne électorale dont la fin officielle est inconnue. On se mobilise pour chanter et danser mais sans débattre sérieusement des programmes de la candidate et des 23 candidats retenus pour la Présidence. On ne s’entend pas puisqu’on ne s’écoute même pas mais on se voit tout de même ! On ne se tape pas dessus et c’est déjà ça de gagné !

C’est bien dommage !  J’aurais bien voulu prendre connaissance des différents programmes et surtout des principales mesures concrètes envisagées par les candidats pour leur mise en œuvre. J’en ai parcouru un, qui ne comportait pas moins de 100 points, ce qui équivaut à un « sans programme ». Désespérant !

Ainsi, c’est quasiment une certitude, l’élection aura lieu le 27 juin 2010. Certains la qualifient déjà d’historique. Moi, je n’en sais rien car elle n’a pas encore eu lieu. Seul l’avenir nous le dira. Pour l’instant la seule lueur d’espoir est que nous n’aurons plus un militaire à la tête du pays. Grâce l’acte salutaire de Toumba Diakité et à l’action continue de Sékouba Konaté.

En effet, il faut reconnaître que c’est Toumba Diakité qui a (volontairement ?) débloqué la situation guinéenne en « ratant » patriotiquement Dadis. Aujourd’hui, dans le dialogue national, on ne peut même pas dire que la balle est dans le camp des partisans de Dadis qui a bien eu lui, une balle dans le crâne. Quant au Général Konaté, il a poursuivi, sans trop de problèmes, la transition initiée par la junte au pouvoir. Un constat est clair : depuis la mise à l’écart de la  bande « dadisienne » de Pivi, Conakry respire des deux narines. Qui donc étaient les bandits violents, violeurs et voleurs ? Merci, mon Général pour votre courage insoupçonné mais acceptez d’aller encore un peu plus « En avant ! » car le ménage n’est pas terminé !

On aura donc sous peu un Président non pas en treillis mais en boubou brodé. Je souhaite que l’élection se déroule sans violence. La personne qui sera élue devra pourtant avoir le triomphe modeste. Une élection peut être transparente sans être démocratique si le fichier électoral est vicié à la base ! La fraude, sans être globale, est souvent multiforme. L’important est que le nouveau Président sache tendre la main à tous pour construire (et non reconstruire !) la Guinée. Il faut un gouvernement d’union nationale pour consolider l’unité nationale. C’est la priorité des priorités. Un gouvernement d’un clan ne nous sortira pas du chaos. Les nouveaux dirigeants ne doivent pas être une autre équipe appelée encore à se servir.

Par ailleurs, on a souvent parlé d’une nécessaire conférence « Vérité et Réconciliation » pour que la Guinée reparte du bon pied. J’en suis partisan. Cependant, je suggère une inversion des termes. Compte tenu de la spécificité de la Guinée, je plaide plutôt pour une conférence « Réconciliation et Vérité » et je m’en explique.

Avec le temps, la Guinée est devenue le pays des crispations identitaires. Paradoxalement, le métissage ne ralentit pas (mariages interethniques) mais les réflexes et réflexions ethnocentristes sont de plus en plus exacerbés. Dans la lutte pour la présidence de la République, clé pour le pouvoir suprême, ce qui compte c’est moins les idées que l’appartenance ethno régionale. On ne sait pas où se trouve la vérité ! Ce qui est vrai pour certains est nécessairement faux pour d’autres. Le même individu est héros des uns et tyran des autres. Où est la vérité ?

Moi, Kylé, en schématisant l’histoire politique de la Guinée depuis 1958 je peux parler du mécanisme de la terreur ciblée de Sékou Touré, de la corruption endémique du système Conté et de la barbarie inouïe du gang de Dadis. Certains ne seraient pas du tout d’accord avec ma vision alors que nous parlons pourtant  des mêmes faits.

C’est pourquoi, il faut d’abord une réconciliation. Les Guinéens vivent déjà les uns à proximité des autres ; il faut qu’ils vivent désormais ensemble en réduisant la distance psychologique qui les séparent. Dans la misère, chacun pense que son malheur est l’œuvre du voisin. Il faut aussi une réconciliation avec soi-même en travaillant plus, en trichant moins, en volant peu, en ne mentant pas trop, etc.

Une fois la réconciliation assurée, la vérité va nécessairement jaillir, à l’abri de toute passion. Une Guinée réconciliée avec elle-même est une Guinée où le droit est respecté, où chacun vit du fruit de son travail, honnêtement et dignement. Depuis des décennies, elle exporte de la bauxite, de l’alumine, du diamant, de l’or, etc. Où en sont les retombées au niveau du bien-être de nos populations ?

Il faut maintenant que ça change véritablement pour le bonheur de l’ensemble des Guinéens.

Je vous salue !

Ibrahima Kylé Diallo

Mon contact : kylediallo@gmail.com

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