QUEL GACHIS!

Les Guinéens en se rendant aux urnes le 27 juin 2010 ont apporté la preuve éclatante de leur volonté d’assumer leur avenir en votant, pour la première fois depuis l’indépendance du pays  de manière libre et transparente pour le choix d’un(e) président(e) qui devrait orienter leur destinée pour les cinq prochaines années.

Il y eu vingt quatre candidats à ce premier tour de scrutin. On est tenté de penser que ce foisonnement de candidatures a du compliquer, un temps soit peu, le choix du citoyen.

Malgré cette situation, les citoyens décidèrent de porter majoritairement leur choix sur deux des prétendants, en l’occurrence Elhadj Celou Dalein Diallo de L’UFDG (39,72%) et Le Pr Alpha Condé du RPG (20,67%), Sydia Touré (15,60%) des suffrages exprimés et un taux de participation de 77%.

Pour avoir été témoin et observateur sur le terrain, nous pouvons confirmer que le scrutin s’est déroulé dans une quiétude, une liesse populaire et une atmosphère bon enfant, sans aucun incident notoire.

Ceci venait mettre fin à l’appréhension que nous avons eu, les uns et les autres sur le bon déroulement de ces consultations ainsi que sur les risques de dérapage entre militants adverses.

Ainsi la démonstration fut faite que la gageure qui consistait en la faisabilité de ces élections en six mois pouvait être tenue. Tous les observateurs ont été unanimes sur la bonne tenue du scrutin en lui-même avec des électeurs disciplinés et faisant la queue jusqu’à la fermeture des bureaux de vote.

Autant le vote en lui-même a tenu toutes ses promesses, autant la suite, c'est-à-dire les opérations de dépouillement et de comptabilisation ainsi que d’acheminement des résultats de la consultation depuis les bureaux de vote jusqu’aux différentes Préfectures, à la Ceni (Commission Electorale Nationale Indépendante) et au Matap (Ministère de l’Administration du territoire et des affaires Politiques) fut laborieuse.

Ainsi trois jours durant, du dimanche 27 juin après 20 heures au mercredi 30 juin, il fut impossible pour les délégués des différents partis politiques de recueillir la moindre estimation auprès de la cellule communication de la Ceni.

Après quarante huit heures de délai supplémentaire accordé par une ordonnance de la Cour Suprême à la Ceni, les résultats de la consultation furent communiqués le 2 juillet aux environs de 22 heures dans l’une des salles du Palais du Peuple et après trois heures d’attente.

La primeur des chiffres fut pour le Président par intérim, le Général Sékouba Konaté, pendant que tout ce monde, y compris les observateurs internationaux et le corps diplomatique, attendait dans une salle sans air conditionné.

Vingt trois des concurrents déposèrent des réclamations et l’on peut dire que personne n’était et ne pouvait être satisfait des résultats étant donné toutes les irrégularités et disfonctionnements, et les fraudes massives constatés. Le vote fut libre mais n’a pas eu toute la transparence nécessaire qu’il aurait fallu en pareille circonstance.

Il y a eu unanimité pour reconnaître que le vote a été communautaire et régionaliste dans la très grande majorité des cas. Il ne fut pas moins libre et démocratique malgré le handicap sus mentionné.

Les différents candidats malheureux du premier tour firent preuve d’esprit de responsabilité ce, malgré leurs frustrations, en reconnaissant leur défaite après que la Cour Suprême ait confirmé et amplifié les résultats communiqués par la Ceni : Celou Dalein Diallo (43,69%), Alpha Condé (18,25%), Sydia Touré (13,62%), Lansana Kouyaté (7,04%), Papa Koly Kourouma (5,74%) des suffrages exprimés et un taux de participation ramené à 52% après ce qui suit.

Passons sur les arguties juridiques avancées par cette institution pour ne pas prendre en compte le choix des citoyens dans cinq communes (Matam, Ratoma, Kankan, Mandiana et Lola). Les décisions de la Cour Suprême sont sans appel.

Il y eut des irrégularités et disfonctionnements constatés sur le terrain et tous les candidats l’ont reconnu.

La cheville ouvrière de ces élections, à savoir la Ceni, a fini par reconnaitre sa propre responsabilité dans cet état de fait et promis de les corriger.

La lettre et l’esprit de la constitution, ainsi que le code électoral n’ont pas été respectés par les autorités en charge de la transition. Le deuxième tour doit être organisé quatorze jours après la proclamation officielle des résultats définitifs par la Cour Suprême selon la constitution.

Nous venons d’apprendre que le deuxième tour aura finalement lieu le dimanche dix neuf septembre 2010 et pas avant. Ce, malgré le déplacement à Conakry du Président Blaise Compaoré, médiateur mandaté par la CDEAO et du Président Abdoulaye Wade du Sénégal sage de la sous région, ainsi que la volonté affirmée par le candidat arrivé en tête du premier tour d’organiser le deuxième tour dans un délai court de l’ordre de deux semaines, en tout cas avant la fin août 2010 alors que le second voulait que cela se fasse plus tard, le temps de corriger tous les disfonctionnements..

Nous continuons à penser, ainsi que la Ceni l’avait proposé dans un premier temps, que tous ces problèmes d’urnes et de bureaux de vote supplémentaires, sans oublier la sécurisation du vote et la présence effective des partisans des deux candidats dans tous les bureaux de vote, pouvaient être réglés dans un laps de temps de deux semaines. Sans oublier la formation des nouveaux scrutateurs.

Que l’on ne nous nous avance surtout pas des considérations concernant le mois de Ramadan et la saison des pluies, car se sont des données endogènes qui devaient être prises en compte dès la programmation du processus électoral par le même organe qui est en place depuis longtemps.

Le décret signé par le Général Sékouba Konaté concernant la date du deuxième tour, proposée par la dite Ceni, avec l’accord des deux candidats, le CNT et le Gouvernement, fait justement référence au souci de « laisser passer l’intensité de la saison des pluies, de vivre le mois saint de ramadan, de corriger les faiblesses, de mobiliser les ressources indispensables à l’organisation du vote, et enfin le temps de laisser la tension baisser.»

C’est une décision à mi chemin entre les propositions de ceux qui voulaient remettre à plus tard la date de la consultation (le Premier Ministre Jean Marie Doré et Le Professeur Alpha Condé), et ceux qui à l’opposé voulaient une date beaucoup plus rapprochée (Hadja Rabiatou Sera Diallo et Elhadj Celou Dalein Diallo.)

Au fait que recherche-t-on ? Voulons-nous éviter à ce pays des lendemains qui déchantent et les problèmes post électoraux comme on l’a vu dans certains pays en Afrique ? Voulons-nous des élections apaisées au sortir desquelles le perdant reconnaitrait sa défaite en félicitant le vainqueur et la victoire de ce dernier ne serait entachée d’aucun favoritisme ?

Si tel est le souci prépondérant des autorités de la transition,  repousser la date du deuxième tour et laisser retomber ainsi les passions y afférentes semble être un bon choix si et seulement si d’autres revendications ne viennent pas obscurcir l’horizon et si c’est le passage obligé pour ressouder le tissu social abimé et aboutir à des lendemains tranquilles.

La Ceni est en place depuis deux ans à peu près et elle a eu largement le temps de préparer ces élections en prenant en compte les ratés des consultations des pays voisins. D’ailleurs, sur le papier, le projet semblait très bien conçu avec des urnes transparentes, le dépouillement sur place, les procès verbaux en trois exemplaires dont l’un sous pli fermé adressé au Matap, pli qui n’est ouvert que sur réquisition de la cour suprême en cas de recours déposé par une des parties. Les « faiblesses » telles que constatées par la ceni elle-même, dans le processus électoral n’avaient pas lieu d’être. On pourrait penser que d’obscures forces se sont employées pour ternir ce qui devait être une belle fête pour le peuple de Guinée.

Il n’est ni bon ni sain de laisser trop de temps entre les deux tours, surtout dans un pays qui sort de cinquante deux ans de dictature et d’autocratie et qui pour la première fois accède aux délices du choix de ses dirigeants car nul ne sait de quoi demain sera fait.

A vouloir jouer aux apprentis sorciers l’on risque de se bruler les mains.

Une fois de plus la Guinée se distingue par une spécificité. Cela devient une habitude sous nos cieux.

Encore une fois, et après la réussite de la journée du 27 juin 2010, la Guinée au lieu d’être le phare d’élections sans reproches, surtout après une si longue « nuit », est retombée dans ses travers qui l’on accompagnés cinquante deux années durant.

Pendant ce temps, le pays entier reste suspendu au  rythme politique qu’on lui imprime, donc bloqué et soumis aux désirs de certains qui décidemment tardent à tourner la page pour qu’enfin la Guinée accède au rang de Nation « normale » et pour qu’elle intègre le concert des nations sur la voie de la démocratisation en particulier et de la bonne gouvernance en général.

 

Aboubacar Fofana

Président d’honneur du Club DLG

Secrétaire Administratif et Trésorier

De la N.G.R. France.

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