Sékouba Konaté ne sera pas le nouvel ATT espéré par certains !

Avant de se pencher sur le cas de la Guinée il faut surtout s’encourager à ne pas se décourager. Lorsqu’il est arrivé aux commandes du pays à la faveur de l’action bâclée de Toumba Diakité j’ai pensé, sans me faire trop d’illusions, que le Général Konaté allait nous simplifier la transition en cours. Il est peut-être dans la bonne direction, mais est-ce suffisant ? En effet, il bouge plus qu’il n’avance.

A la rigueur on pourrait comprendre l’ivresse de Sékouba pour les voyages (ne pouvant pas visiter les USA, il compterait revenir bientôt en France) mais l’inquiétude s’installe quand on voit comment il gère la transition qui s’achève, en principe, par l’élection présidentielle fixée au 27 juin 2010. Au sein du trio composé de Sékouba Konaté, Jean-Marie Doré et Rabiatou Diallo, c’est bien lui l’homme fort du simple fait qu’il est le seul à disposer de la force armée. En simplifiant (je caricature un peu !), on pourrait dire que chacun d’eux n’a qu’une mission : Sékouba restructure l’armée, Jean-Marie prépare l’élection présidentielle et Rabiatou rédige une constitution. Mais que constatons-nous ?

Jean-Marie Doré, au lieu d’expédier les affaires courantes et s’atteler à créer les conditions d’un bon scrutin, signe des contrats n’importe comment et avec n’importe qui. A l’abri de tout contrôle, son arrogance n’a d’égal que son ignorance en matière de bonne gouvernance.

Rabiatiou Sérah Diallo, tiraillée de toutes parts, a rendu dans la précipitation (le Conseil National de Transition serait infiltré de saboteurs ne voulant pas d’élections) sa copie sur la constitution, une mouture constipante pour tout constitutionnaliste. Trois compatriotes, en bons juristes, qui ont montré des failles et des incohérences du texte auraient pu efficacement à eux seuls composer le CNT : Camara Mamadou (auteur d’une récente et ludique contribution rabbinique), « Néné » Hassatou Baldé aux observations pertinentes et « Thierno » Ibrahima Sory Makanéra qu’on ne présente plus. On a parlé de toilette de la constitution ? Je doute de la qualité de l’eau utilisée à cet effet !

Je rappelle que la première constitution guinéenne, celle de 1958 (élaborée sous Sékou Touré), était très bien rédigée ; il aurait suffit de l’adapter à la situation actuelle. Avec le titre III sur le « Pouvoir Exécutif » on risque même de se retrouver avec un Président de la République tellement puissant et protégé qu’il peut, sans être inquiété, exécuter son propre Premier Ministre qui n’est que son « porte-parole dirigeable et très contrôlable »! Voulons-nous élire un Président le 27 juin pour installer un monarque le lendemain ?

Sékouba Konaté, dont les faits et gestes sont pour certains historiques, fait ce qui n’est pas à faire. Notre  Général vient de donner historiquement le marché de l’habillement de l’armée à sa compagne BAK (Bah Aïssatou Konaté). Cette dame (je ne sais même pas si elle a son bac !) est devenue historiquement la « première dame par intérim ». Quand on sait qu’il est prévu 4 tenues par militaire et que l’armée est pléthorique, on comprend le profit historique qui se profile derrière ce népotisme abusif. A force d’être de plus  en plus entreprenant, Sékouba est devenu un entrepreneur.

En effet, l’armée n’a pas encore fait l’objet de la restructuration attendue qui suppose, entre autres, une réduction drastique de ses effectifs. Les nominations militaires du Général Konaté reflètent bien sûr la nature actuelle de l’armée ; c’est l’armée qui ne reflète plus la nation. On assiste au sein de la hiérarchie militaire à la promotion historique des uns (les amis de Sékouba) et à la disgrâce non moins historique des autres (les partisans de Dadis) avec pour seul critère la fidélité, non pas à l’esprit républicain, mais au chef du moment. Une restructuration ne doit pas se limiter à une simple substitution d’officiers au sein des états-majors. Il faut s’occuper surtout de la troupe (qualité du recrutement et des équipements) et veiller à son cantonnement dans les camps pour rassurer les civils.

Voilà une des facettes de celui que le destin nous a octroyé comme chef de l’Etat pour l’intérim. A Conakry, chacun s’affaire à faire ses affaires, ne sachant pas le moment du retour à l’ordre constitutionnel. C’est comme dans une gigantesque station d’essence sans gérant mais dont le carburant est accessible : chacun se précipite pour se servir avant la fermeture de la pompe. Des Guinéens, prolixes en spéculations, avaient vu en Sékouba Konaté un autre ATT, le Président du Mali qui avait dirigé une junte, remis le pouvoir aux civils puis se faire élire et réélire démocratiquement à la tête de son pays. Mais qui nous dit que Sékouba nourrit cette ambition ? Logiquement, ce ne serait même pas possible car ATT qui répugne l’affairisme n’avait pas été un « Sékouba de transition ».

Sékouba Konaté serait-il aux portes de l’histoire ? Il s’en est approché, semble-t-il, à un moment donné mais aujourd’hui rien n’est moins sûr. C’est plutôt l’histoire qui pourrait le mettre à la porte. Quand on hésite longtemps devant 8 portes d’entrée on finit, quelle que soit sa bonne action, par être balayé par un « Coran d’air » !

 

Je vous salue.

Ibrahima Kylé Diallo

Directeur de guineenet.org et de kylediallo.info

Mon contact : kylediallo@gmail.com

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