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Un bilan partiel des élections législatives

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Rappel du contexte de 2010

On sait maintenant, à vrai dire beaucoup le savaient depuis 2010, qu'Alpha Condé avait volé les élections, grâce à la complicité de Waymark. Ceux qui en doutent peuvent désormais consulter le site Mediapart, qui met à disposition une bande sonore entre Samuel Mébiane (un franco-gabonais, représentant de Palladino en Guinée) et Mahmoud Thiam, l'ex Ministre des Mines, qui raconte par le menu les manœuvres réalisées pour faire entrer Alpha Condé dans le Guiness book (le livre des records) en remontant un score de 18 à 52%, fait unique dans les annales.

Grâce à la complicité de Jean-Marie Doré et de Sékouba Konaté, le deuxième tour des élections a duré 4 mois, le temps nécessaire pour Waymark, société sud africaine (liée aux services secrets dudit pays), de modifier le résultat des élections.

Il n'est pas question de revenir ici sur l'acceptation par Cellou Dalein Diallo, des résultats officiels de la CENI (et non de la victoire d'Alpha Condé), mais il faut avoir en tête ce péché originel, pour comprendre le contexte guinéen.

À vrai dire, les Guinéens sont moins formalistes qu'il n'y paraît, mais souhaitent un leader qui puisse développer le pays. Mais au lieu de retrousser les manches et de faire appel aux forces vives du pays, Alpha Condé s'est appuyé sur d'anciens dignitaires, qu'il n'avait pourtant cessé de critiquer (et qu'il continue d'ailleurs de faire, oubliant que certains d'entre eux sont ses conseillers), dignitaires qui n'ont pas montré jusqu'à présent leur compétence.

La meilleure antidote aux échecs politiques, ce sont des élections qui sanctionnent un gouvernement. L'alternance politique permet aux citoyens de s'exprimer. Dès lors que tout le monde acceptera ce système, la Guinée aura fait un grand pas vers la démocratie. Ces législatives constituaient un bon test de vérification de l'esprit démocratique chez les politiciens.

En l'absence de sondage fiable, les principales rumeurs et/ou signaux laissaient entendre une déroute de la mouvance présidentielle, l'accueil à Kankan d'Alpha Condé n'en constituant qu'une simple illustration. D'une certaine manière, c'est rassurant de constater – pour ceux qui en doutaient – que la division entre Guinéens, contrairement à ce que veut nous faire croire Alpha Condé, n'est pas ethnique, mais politique.

 

Le contexte de 2013

Je ne reviens pas sur les manœuvres gouvernementales pour léser l'opposition. Elles ont été largement évoquées et décortiquées auparavant (mon dernier texte qui les évoque, date du 15 Juillet), je ne fais donc qu'en rappeler les plus importantes :

  • des omissions importantes d'électeurs (surtout à Fria, Télimélé et en Moyenne Guinée). Il faut rappeler que l'affichage des listes définitives, pourtant prévu par le Code électoral, pour permettre aux électeurs de vérifier s'ils sont inscrits et où ils votent, n'a pas été assuré ;
  • la rétention sélective des cartes électorales (notamment celles des électeurs favorables à l'opposition), de sorte que ceux-ci n'ont pu voter ;
  • le manque de matériels et notamment des kits et des urnes dans de nombreux bureaux de vote (BV), empêchant ainsi de nombreux électeurs de voter ;
  • la création de BV fictifs en Haute Guinée notamment, et la diminution des BV en Moyenne Guinée.

Ces manœuvres s'ajoutent à celles qui suivent, de sorte qu'il est raisonnable d'imaginer que si l'opposition avait concouru dans un contexte crédible, elle les aurait largement remportées.

Dans une déclaration en date du 3 Octobre 2013, l'opposition a dénoncé une fraude massive du pouvoir, qui s'est traduite par :

  • des bourrages massifs d'urnes (le taux de participation a atteint plus de 97% des suffrages dans certains BV pour le RPG) ;
  • des disparitions et substitutions de Procès-Verbaux (PV) de dépouillement, principalement en Haute Guinée et en Guinée forestière (à N'Zérékoré par exemple, 182 BV ont été annulés, ce qui suppose quasiment 77 500 votes). On imagine aisément qu'avec les massacres récents, seuls ont été pris en compte les « bons » votes ;
  • des falsifications de résultats en faveur du RPG (voir le mémorandum de Lansana Kouyaté par exemple) ;
  • le manque de matériel (encre indélébile, enveloppes sécurisées et PV) ;
  • la réutilisation illégale de cartes électorales non réclamées par les électeurs (en France par exemple, la carte de Blaise Chérif, actuel ambassadeur de Guinée aux États-Unis a été utilisée frauduleusement par un militant du RPG) ;
  • l'expulsion des délégués de l'UFDG, du RDIG, de l'UFR et du PEDN des bureaux de vote à Gueckédou et à Kissidougou par les responsables des CEPI et CESPI ;
  • la forte implication et l'ingérence de membres du Gouvernement et de hauts cadres de l’administration centrale et décentralisée avant, pendant et après le vote, avec forte intimidation et menace de licenciement des fonctionnaires récalcitrants ;
  • la prolongation de la durée d’ouverture des BV au delà des heures réglementaires dans les zones favorables au RPG ;
  • la dissimulation des fiches de dépouillement empêchant ainsi les Commissions administratives de centralisation des votes, de comparer les chiffres portés sur les PV falsifiés ;
  • des votes par récépissés, et des votes abusifs des militants du RPG par procuration uniquement en Haute Guinée et Guinée forestière ;
  • etc…

Les Africains (Cedeao, UA, OIF...) ont salué le bon déroulement des élections (à partir du Novotel de Conakry sans doute, et l'on s'étonne qu'ils ne soient pas pris au sérieux !), alors que l'Union européenne, par la voix de la Mission d'observation électorale (MOEUE) a relevé « des manquements et irrégularités... dans un certain nombre de circonscriptions1, empêchant la prise en compte d'un nombre significatif de suffrages exprimés, pouvant remettre en cause la sincérité de certains résultats ».

Il faut rappeler que c'est la première fois que l'UE envoie une mission d'observation pour des élections législatives – elle ne le fait que pour des élections présidentielles -, ce qui montre son intérêt quant au sort de celles-ci, et dans lesquelles elle est fortement impliquée.

 

Analyse partielle et partiale des législatives de Septembre 2013

La première leçon à tirer de ces élections demeure la volonté délibérée du pouvoir d'organiser une mascarade électorale pour s'octroyer une majorité à l'Assemblée nationale :

  • par orgueil mal placé (Alpha Condé est un vindicatif, qui ne supporte pas la contradiction et qui veut une « légitimation » eu égard aux conditions de sa « victoire » en 2010). En outre, il veut mettre en conformité à destination de l'international, l'histoire qu'il raconte régulièrement sur la situation du pays, bien que cela ne corresponde pas à la réalité.
  • par intérêt économique (il veut légitimer via une Assemblée Nationale à sa main, les nombreux contrats miniers opaques, pourtant contraires à l'intérêt national, de sorte que ce que la Guinée a « gagné » grâce à l'IPPTE, reparte dans une autre poche, via la théorie des vases communicants),
  • par intérêt politique (tester son fichier électoral frauduleux et les procédures associées, en montrant qu'il peut gagner en 2015 dès le premier tour).

Au vu des résultats publiés par la CENI à ce jour, et malgré les fraudes, le RPG n'obtient pas la majorité à Conakry, dont il disait contrôler 4 communes sur 5. Mais quand bien même, l'opposition aurait remporté tous les suffrages à Conakry (c'était déjà le cas en 2010), les résultats que nous distille la CENI ne correspondent pas à la réalité. Le symbole de la fraude gouvernementale est illustré par les résultats cyniques de Fria, où la CENI ose affirmer que le RPG y a remporté les suffrages.

Les 8 circonscriptions ciblées par l'UE

N'étant pas en possession des rapports des observateurs de l'UE, je ne peux me prononcer sur la nature des dysfonctionnements ayant eu lieu dans ces préfectures. Toutefois, il existe des traits communs à toutes ces préfectures au vu des résultats officiels :

  • les votes ne sont pas toujours cohérents entre les résultats des scrutins uninominal et proportionnel (les votes UFR et UFDG de la proportionnelle par exemple, ne se retrouvent pas chez le candidat unique à l'uninominal). On voudrait nous faire croire que bien que majoritaire dans la circonscription (la proportionnelle en atteste), cela ne suffit pas pour élire le candidat unique à l'uninominal, malgré la discipline partisane.
  • il est vrai qu'il y a beaucoup de BV annulés (plus de 25 dans 5 circonscriptions de la Basse Guinée par exemple), ce qui représente 10 500 voix, ce qui est de nature à modifier les résultats à la proportionnelle (puisque cela diminue le potentiel de l'opposition). Il y a en effet une différence énorme entre annuler un vote (vote nul) et annuler un BV (qui représente 425 votes en moyenne).
  • le taux de participation n'est pas élevé dans les circonscriptions réputées favorables à l'opposition (à Boffa par exemple, pourtant le fief de Sidya Touré), il n'atteint même pas 55%.

Les particularités de ces 8 circonscriptions :

À Boffa, 34 BV ont été annulés, ce qui représente 14 500 voix, ce qui est de nature à modifier les résultats à la proportionnelle. Les résultats individuels ne devraient pas s'en trouvés modifiés, mais on a du mal à comprendre comment le RPG obtient davantage de voix à la proportionnelle qu'à l'uninominal (seul le RPG réussit cet exploit, y compris dans d'autres circonscriptions), c'est complètement incohérent.

À Boké, là encore 31 BV ont été annulés, ce qui représente 13 200 voix, ce qui est de nature à modifier les résultats à la proportionnelle. Là aussi les résultats individuels ne devraient pas être changés, mais la participation de l'opposition pourrait être augmentée.

À Dubréka, là aussi les votes ne sont pas cohérents entre les résultats des scrutins uninominal et proportionnel (les votes UFR et UFDG de la proportionnelle ne se retrouvent pas chez le candidat unique à l'uninominal par exemple). Il est vrai qu'il y a beaucoup de BV annulés (40), ce qui représente 19 000 voix, ce qui est de nature à modifier les résultats, non seulement à la proportionnelle, mais également et surtout à l'uninominal. Si cette solution était retenue, dans un scrutin où le jeu est à somme nulle (c'est-à-dire que ce que gagne l'opposition, est perdu immédiatement par la mouvance), cela pourrait modifier le résultat final.

À Gaoual, la participation n'est que de 46% avec 15 BV annulés (soit environ 6 500 voix). Dans une circonscription favorable à l'opposition, la question posée est de savoir si tout le monde a pu voter.

À Kaloum, au-delà de l'aspect symbolique, ce qui pose problème est le taux de participation lui aussi faible (à peine 50%). Il est vrai qu'il y a beaucoup moins de BV annulés (10), ce qui représente 4 500 voix, mais le faible taux de participation pénalise l'opposition au niveau global.

À Lélouma, les BV annulés (25), ce qui représente 10 500 voix, sont de nature à modifier les résultats à la proportionnelle.

À Matam, les votes ne sont pas cohérents entre les résultats des scrutins uninominal et proportionnel, puisque là aussi 38 BV ont été annulés, ce qui représente 16 100 voix, ce qui est de nature à modifier les résultats à la proportionnelle. Le taux de participation ne dépasse pas 60%. Les résultats individuels ne devraient pas être changés, toutefois la participation de l'opposition pourrait être augmentée, puisque là encore, on a du mal à comprendre comment le RPG obtient davantage de voix à la proportionnelle qu'à l'uninominal.

À N'Zérékoré, troisième circonscription du pays (après Matoto et Ratoma et juste avant Dixinn) est un cas particulier au vu du contexte – on se rappelle notamment les massacres entre Guinéens ??? en Juillet dernier). La palme des annulations est atteinte, puisque 182 BV ont été annulés (soit 77 500 votes), ramenant le taux de participation à moins de 35% (30% pour la proportionnelle où près de 7 500 voix ont encore disparu). Quels BV ont été supprimés et pourquoi ? Est la CENI plénière qui les a supprimés (voir le point de droit ci-après) ? Dans quels quartiers ou quelles sont les communautés qui y étaient installées ? des questions que la CENI se garde bien d'évoquer. Ici le vote devrait être refait totalement.

Le cas particulier de la Haute Guinée

Dans la région de Kankan, le taux de participation a atteint des niveaux qualifiés de « soviétiques » par l'opposition, dépassant les 74% à Kérouané, 75% à Kankan, 82% à Siguiri, 88% à Kouroussa et même 92% à Mandiana, alors que la moyenne nationale n'est que de 60%. On se demande pourquoi les électeurs du pouvoir seraient plus motivés que ceux de l'opposition !!!

De même contrairement à certaines circonscriptions où l'annulation des BV est supérieure à 25 (soit environ 10 500 électeurs) – il y en a 7 dont 5 en Basse Guinée -, aucune annulation n'a eu lieu2 ou quasiment aucune dans les circonscriptions de Haute Guinée ou de Guinée forestière (à l'exception du cas évoqué de N'Zérékoré).

Enfin, il convient de rappeler que le RPG obtient de manière incohérente, des voix supplémentaires à la proportionnelle (plus de 8 000 à Faranah et près de 12 000 à Siguiri).

Avec de tels scores improbables, donc forcément suspects, Lansana Kouyaté n'obtient aucun élu (lire son mémorandum sur Internet pour découvrir l'ampleur des fraudes). Or compte-tenu des réalités socio-politiques guinéennes (on vote souvent, sinon quasi exclusivement pour sa communauté), il est impossible que Lansana Kouyaté, qui avait obtenu plus de 7% en 2010 (il représente aujourd'hui à peine 2,5%), se retrouve sans député aujourd'hui.

Les autres bizarreries :

Bien que non pointées officiellement par l'UE, il existe d'autres incohérences dans certaines circonscriptions, autres que celles évoquées précédemment.

À Fria, on n'a annulé aucun BV – sans doute pour lui conférer un minimum de crédibilité (toute relative d'ailleurs, eu égard à ce qui s'est passé en Haute Guinée) -, mais le taux de participation atteint seulement 63%. Pourtant s'il existe des Guinéens bien décidés à se faire entendre, ce sont les circonscriptions de l'opposition, mais surtout celles de N'Zérékoré déjà évoquée et de Fria, puisque l'usine Friguia et ses plus de 1 000 salariés (et plus de 2 000 sous-traitants) a été fermée. En octroyant une victoire incohérente au RPG, les travailleurs et les citoyens de Fria, qui ont perdu leur emploi et les avantages matériels pour la ville (en matière d'électricité par exemple) ont remercié Alpha Condé !!! Il faut être particulièrement cynique et inconscient pour nous faire avaler de telles couleuvres, d'autant que de nombreux électeurs n'ont pu voter (y a t-il un lien de causalité ?).

À Coyah, l'opposition est majoritaire (la proportionnelle en atteste), mais cela ne suffit pas pour élire le candidat unique à l'uninominal, malgré la discipline partisane.

À Kindia, de même qu'à Fria on n'a annulé aucun BV, mais le taux de participation atteint à peine 57%. On a du mal à comprendre comment le RPG obtient près de 9 000 voix supplémentaires à la proportionnelle, c'est complètement incohérent. Une vérification des PV ne serait pas superflue.

À Télimélé, il n'y avait pas de candidat RPG à l'uninominal. On s'étonne de savoir comment le RPG a pu obtenir 15 000 voix à la proportionnelle (soit près de 22% des suffrages) dans un bastion de l'opposition.

À Gueckédou, l'opposition est majoritaire (la proportionnelle en atteste), mais cela ne suffit pas pour élire le candidat unique à l'uninominal, malgré la discipline partisane. Une vérification des PV ne serait pas superflue.

À Beyla, on a du mal à comprendre comment le RPG obtient 4 500 voix supplémentaires à la proportionnelle. D'ailleurs en forêt, le RPG a remporté toutes les circonscriptions (sauf à Lola). Est-ce un hasard ? L'opposition conteste également les résultats à Macenta.

Enfin en Moyenne Guinée, outre le fait que le nombre d'électeurs est resté le même de 2010 à 2013 (mais un million d'électeurs supplémentaires en Haute Guinée), le taux de participation est généralement inférieur à la moyenne nationale. Si elle atteint 72% à Labé, elle n'est que de 46% à Gaoual, 51% à Dinguiraye, 55% à Mali, 57% à Koubia et 57% à Lélouma, et ailleurs elle ne dépasse pas 68%. On se demande pourquoi les électeurs de l'opposition seraient moins motivés que ceux du pouvoir.

 

Bilan final des résultats provisoires actuels sur 37 circonscriptions

Pour ma part, avec les résultats officiels de la CENI (et une projection sur Matoto), on aboutit actuellement à 59 députés pour la mouvance (tous pour le RPG) et 55 pour l'opposition (dont 42 pour l'UFDG, 10 pour l'UFR, 2 pour l'UPG et un pour le RDIG), en rappelant que contrairement à ce qui est dit, le mode de scrutin mixte (uninominal pour 38 députés, proportionnel au plus fort reste pour les 76 autres) permet des estimations réalistes sur l'essentiel, ne pouvant modifier que le sort d'un petit parti (selon ma projection sur Matoto, le seul changement serait la perte de l'élu du GPT au profit d'un élu de l'UFR).

À la question de savoir si les résultats de Matoto peuvent inverser les tendances actuelles, on peut conclure qu'avec un réservoir électoral estimé à 250 000 électeurs, les suffrages valablement exprimés qui sortiront de Matoto ne changeront pas vraiment la donne actuelle.

La seule certitude est que personne n'aura la majorité qualifiée des deux tiers, majorité indispensable pour adopter ou modifier la constitution et/ou les lois organiques.

La mouvance possède donc actuellement la majorité (il faut 58 élus), mais toute augmentation des suffrages entraîne directement une augmentation du quotient électoral, et donc influencera également négativement les chances d'un petit parti d'avoir le plus fort reste.

Toutefois des changements à l'uninominal de Dubréka, N'Zérékoré, voire de Fria ou d'ailleurs (+3 pour l'opposition et donc -3 pour la mouvance) et une augmentation corrélative des pourcentages à la proportionnelle, changeraient tout.

 

Quoi faire pour l'opposition ? : rappel du droit

En vertu de l'article 164 du Code électoral, « le Président de la CENI proclame les résultats provisoires dans un délai maximum de 72 heures ». « Les candidats disposent d’un délai de 5 jours francs, à compter de la proclamation des résultats provisoires pour contester la régularité des opérations électorales » (article 166). « Si aucune contestation relative à la régularité des opérations électorales n’a été déposée dans les 5 jours, la Cour Suprême déclare les députés définitivement élus le huitième jour suivant la proclamation des résultats provisoires » (article 165).

Enfin selon l'article 168, il appartient à la Cour Suprême « d’apprécier si, eu égard à la nature et à la gravité de celles-ci [les irrégularités], il y a lieu, soit de maintenir les résultats provisoires proclamés par le Président de la CENI, soit de prononcer leur annulation totale ou partielle. La Cour Suprême statue sur les requêtes dans les 10 jours qui suivent leur dépôt. L’arrêt de la Cour Suprême emporte proclamation définitive ou annulation de l’élection. En cas d’annulation, il est procédé à un nouveau scrutin dans les 60 jours qui suivent ».

Il appartient donc à la seule CENI de proclamer des résultats provisoires, mais il ne lui appartient pas d’interpréter la loi, c'est le rôle du juge. De même, la CENI n’est pas compétente pour annuler un scrutin - cela relève du seul ressort de la Cour suprême -, elle peut seulement annuler certains PV. On rappelle que ce rôle était dédié au seul Président de la CENI, mais l'article 162 du Code électoral a été amendé pour permettre à deux tiers des 25 membres (soit 17 sur les 25) d'invalider un PV. Tous les BV annulés ont-ils respecté cette procédure, notamment à N'Zérékoré ?

Pour le moment l'opposition demande l'annulation du scrutin (mais seule la Cour Suprême est compétente pour ce faire), tout en gardant la possibilité théorique de faire adopter son point de vue devant la CENI avec le concours de l'UE (qui garantissait la transparence des élections), pour rétablir des résultats plus conformes à la réalité, car un recours devant la Cour suprême semble inenvisageable politiquement, bien qu'obligatoire juridiquement.

La MOEUE a fait également une série de recommandations à la CENI, et notamment la publication des résultats par BV, mais les fraudeurs ont souvent égaré les PV, sans les avoir remis aux délégués de l'opposition, de sorte qu'il est hypothétique de contester par voie légale, ce qui n'existe pas (le droit nécessite obligatoirement des éléments écrits).

Le recours à la Cour Suprême n'est donc pas réaliste, bien qu'obligatoire, sauf à valider le résultat final. Mais d'une part les juges ont montré leur courage en 2010, en n'ouvrant même pas les enveloppes contenant les recours de l'opposition. Or les magistrats sont toujours les mêmes (il y a même eu des nominations anti-constitutionnelles de magistrats faites par Alpha Condé). Rien ne dit qu'ils agiront autrement qu'en 2010, on peut même sérieusement en douter. La Cour Suprême interprète la loi à sa guise, prenant son temps pour inscrire au rôle certaines affaires (le pseudo attentat du 19 Juillet par exemple), à tel point qu'on ignore à quelle date elles seront jugées, mais réagit au quart de tour, pour octroyer une autorisation de prolongation de délai à la CENI, alors qu'aucune disposition légale ne le prévoit.

D'autre part, l'opposition – et c'est un reproche qu'on peut lui faire – n'a pas réagi juridiquement et judiciairement dès les premières décisions d'Alpha Condé violant la constitution. Cela aurait peut-être pu permettre aux magistrats d'être plus courageux en inaugurant le « changement ».

Ce qu'elle doit obtenir

Si la Cour suprême ordonnait une reprise même partielle du scrutin, le nouveau vote, en modifiant le quotient électoral (voire le résultat de l'uninominal à Dubréka, Fria ou N'Zérékoré) aurait une incidence sur l'ensemble des résultats, pouvant même aboutir à une victoire de l'opposition (encore une fois si l'opposition récupère un ou deux élus à l'uninominal, cela se fait forcément au détriment du pouvoir). C'est aussi la raison pour laquelle l'opposition ne bouge pas actuellement, et c'est aussi la raison pour laquelle le pouvoir bloque le résultat de la circonscription de Matoto dont les résultats sont favorables à l'opposition. Les résultats de Matoto - contrairement aux assertions - ne changeront pas grand chose aux tendances actuelles, mais leur rétention permet au pouvoir non seulement de négocier notamment avec l'UE (avant d'annoncer sa victoire), tout en ne faisant pas encore courir les délais de réclamation à la Cour Suprême (bien que, nous sommes hors du droit), et en même temps, visent à décourager la motivation de l'opposition.

Ce dont elle doit se prémunir

On a vu souvent en Guinée (y compris sous ce régime), les ralliements alimentaires de certains élus à la mouvance, qui avec des espèces sonnantes et trébuchantes, arrivent à convaincre les plus endurcis. Parmi les petits partis susceptibles d'obtenir un élu figurent l'UPG de Jean-Marie Doré et le RDIG de Jean-Marc Telliano. S'il est improbable d'imaginer le ralliement du dernier, le fait de pouvoir offrir la présidence de l'Assemblée Nationale à Jean-Marie Doré, est susceptible de le faire réfléchir. Bizarrement le RPG a remporté toutes les circonscriptions en forêt, à l'uninominal comme à la proportionnelle, sauf… à Lola. Est-ce un hasard ? La question est posée. En tous cas avec des résultats presque identiques pour l'opposition et la mouvance, les 2 élus de Jean-Marie Doré pourraient faire la différence. L'opposition quoiqu'il arrive doit rester unie, y compris avec Lansana Kouyaté, qui a subi largement une fraude insensée, mais prévisible (le million d'électeurs supplémentaires de Haute Guinée). Elle doit convaincre Jean-Marie Doré que les méthodes du RPG (qui phagocyte ses alliés) n'ont rien à voir avec celles de l'opposition, qui a montré par des actes (et non des discours) qu'elle pouvait agir de concert. C'est un gage d'espoir pour l'avenir. Mais en Guinée, rien n'est sûr...

Ce qu'elle doit refuser à tout prix

Le refus par l'opposition des résultats de la CENI, pour les raisons précédemment évoquées, peut entraîner des violences inévitables, car les anciens PM savent bien qu'ils jouent là le premier (ou le dernier) tour de la présidentielle de 2015.

Au-delà des raisons évoquées pour expliquer les atermoiements concernant la circonscription de Matoto, qui peuvent exister, mais sur lesquels il ne faut pas trop se focaliser, je crois au contraire que le pouvoir fait croire qu'il s'agit d'une circonscription fondamentale (c'est la première de Guinée, elle octroierait la majorité totale de l'opposition à l'opposition), mais en fait les projections montrent que cela ne changerait pas l'essentiel... qu'on veut faire oublier (ou dont on veut détourner l'attention), à savoir la victoire globale officielle (grâce à la CENI) du RPG. L'opposition ne doit donc pas se focaliser sur cette circonscription qui lui donnerait certes la victoire totale à Conakry, et ne pas concentrer toute son énergie sur cette seule circonscription (le seul PV manquant ne constitue d'ailleurs pas un problème, puisqu'il suffirait de l'annuler pour régler ce « faux problème » - n'en a t-on pas annulé 182 à N'Zérékoré ?), en oubliant l'essentiel, à savoir la contestation du résultat des élections.

 

Conclusion

La solution la plus apaisante serait pour la CENI (et donc pour Alpha Condé, car personne n'est dupe de la soumission de l'institution), de revoir les nombreuses circonscriptions litigieuses, soit à la CENI, soit à la Cour Suprême, et de reconnaître la défaite de la mouvance, dans le but de sauvegarder l'unité et la paix sociale, comme Cellou Dalein Diallo l'a fait il y a trois ans. Dans cette hypothèse (une opposition majoritaire), rien n'empêcherait Alpha Condé de gouverner, même si tout ne lui serait pas permis.

Alpha Condé ose prétendre que le débat doit quitter la rue pour rejoindre l'hémicycle. Je lui donne raison, à condition que ceux qui rejoignent l'Assemblée Nationale soient correctement élus. La rue ne constitue le recours, que parce qu'il n'existe pas d'institutions représentatives (les organisations de la société civile ne sont que des courroies de transmission du pouvoir, les syndicats sont atones, les coordinations ne représentent qu'elles-mêmes et Alpha Condé lui-même ne dialogue jamais avec les politiciens ou les citoyens).

Si au contraire, il persiste à considérer qu'il est majoritaire dans le pays (via des fraudes indignes, tellement elles sont flagrantes), il signifiera à tous les citoyens que l'État c'est lui, et qu'il se moque de ce que veulent les Guinéens, qui n'ont que le droit de se taire.

Malheureusement si l'alternance n'est pas possible démocratiquement, il ne reste que la violence sous toutes ses formes, pour faire entendre le peuple qu'on veut bâillonner.

Les Guinéens devront alors réclamer la vérité des élections, par principe, mais également parce que tout le monde est conscient que si aucune réaction n'a lieu maintenant, le sort des élections présidentielles de 2015 est scellé.

 

Or personne ne veut d'un individu (les législatives l'ont parfaitement montré, malgré les nombreux handicaps), qui n'a pas su montrer en 3 ans, qu'il était l'homme de la situation. En outre, nous sommes au XXIème siècle, et la mise en place d'une dictature aujourd'hui n'est plus de mise. La jeunesse veut le développement du pays désormais.

Malgré tout, mon sentiment est qu'il ne faut pas s’attendre à ce qu'Alpha Condé organise des élections propres en Guinée. Les Guinéens seront donc obligés de lui résister violemment, s'il ne veut rien entendre (y compris les conseils de l'UE), afin de stopper l'autocratie en germe et tenter d'obtenir un changement démocratique. Évidemment une confrontation par une mobilisation populaire contre le régime ne sera pas facile, mais c'est malheureusement la seule voie qui permette de se faire entendre. L'opposition n'a poursuivi qu'un seul but (on le lui reproche d'ailleurs, comme si le rôle d'un parti politique était autre), il faut donc qu'elle aille au moins au bout de sa logique et de son combat.

Personne ne pourra dire que tout n'a pas été tenté pour éviter la violence. Personne ne pourra dire qu'il ne savait pas...

 

 

Gandhi, citoyen guinéen

« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace » (Robespierre, Discours sur la liberté de la presse, Mai 1791).

 

1Boffa, Boké, Dubréka, Gaoual, Kaloum, Lélouma, Matam et N'Zérékoré.

2Aucune annulation de BV à Kissidougou, Kankan, Kérouané, Mandiana, Siguiri, Beyla et Yomou toutes remportées par le RPG. Une seule annulation à Lola, 3 à Faranah et Gueckédou, 5 à Kouroussa, 6 à Dabola, et 11 à Macenta toutes remportées par le RPG (sauf Lola). Ceci explique sans doute cela.

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