Un décor planté sur des ruines

a nation guinéenne s’apprête à organiser le cinquantenaire de son hypothétique indépendance politique, dont elle est si fière, en raison de la spécificité des circonstances de son acquisition,  alors que la récurrence des problèmes économiques et  sociaux endémiques, crée des tensions qui nous font marcher sur des braises incandescentes de la haine et de la division, à telle enseigne que  ce honteux jubilé, que l’on voudrait festif, peut être qualifié de non-sens et d’aberration, qui peine à nous enchanter, du fait que l’urgence de la nécessité  d’une consolidation, des bases de la réconciliation nationale, préalable fondamental d’un nouveau départ,  semble ne pas être une priorité.

En effet, à ce jour, rien de significatif ou presque, n’est fait, pour colmater les brèches des déchirures et atténuer les aigreurs et les détresses engendrées, par la gestion calamiteuse de nos dirigeants, qui ont pour tord, le fait d’avoir pillé les maigres ressources financières de l’Etat et surtout, dans un élan de barbarie sous-tendu par une impunité totale, avoir causé d’innombrables pertes en vies humaines, des victimes innocentes, auxquelles on doit aujourd’hui justice, pour le salut et le repos de leurs âmes. Que le collectif contre l’impunité, qui avec courage et bravoure, tente de s’insurger contre cette machination, soit rassuré de notre indéfectible soutien.

Un demi-siècle de sacrifices, pour finalement, se retrouver comme à la case départ, parce que tout simplement,  l’inconsistance et le manque de justesse des choix politiques, ont contribué à l’instauration d’un climat d’incompréhension et de défiance, défavorable à la mise en place de structures de développement viables, qui requièrent l’adhésion et la participation effective des populations au processus enclenché.

Eh oui, après vingt six années de dictature, suivies de ces derniers vingt quatre ans d’oligarchie, on ne pouvait s’attendre à meilleures conditions de vie dans notre pays, où le rôle de l’Etat a durant tout ce temps, été galvaudé par le zèle des dirigeants, qui profitant des privilèges et des largesses du pouvoir, se sont laissés gagner, par la gangrène de l’irresponsabilité et de la duplicité, faisant de façon insidieuse, admettre au peuple désabusé, la raison d’une calamité naturelle. On n’aura de cesse de la clamer, la misère guinéenne n’est pas une fatalité.

Toutes ces années de privation et de répression, ont fini par nous avoir à l’usure, altérant ainsi notre volonté de surpassement, pour la continuité de la lutte de revendication et de préservation de nos maigres acquis sociaux, dans l’optique de l’émancipation et de l’épanouissement du peuple dans son ensemble, ce qui était le but originel de notre accession à la souveraineté nationale.

L’ancien régime  a connu des dérapages, dont les conséquences se font encore ressentir sur notre existence, contrairement à ce que veulent faire croire des nostalgiques des années de disette, dont ils n’ont pas vécu la dureté, dans leur chaire et dans leur esprit, parce que bénéficiaires alors, des faveurs du système. Et, de Sékou Touré, la jeune génération retient l’expression consacrée par Ibrahima Baba Kaké, à  savoir le héros et le tyran. On se  plait à dire qu’il a préservé les ressources naturelles du pays, parce qu’il n’a pas voulu les brader à vil prix aux nombreux prédateurs, qu’il qualifiait de néocolonialistes voulant continuer, à piller nos richesses. Ce qui paraît méritoire, mais il faut appréhender le fait de la non mise en valeur de ces ressources, comme un manque à gagner considérable, surtout que cette période était favorable aux échanges de bon procédés, dans le cadre des relations de coopération bilatérale, que nouait la  Guinée avec les pays du bloc socialiste, plus particulièrement, l’ex-URSS, coopération basée sur un système de troc, dont on pouvait tirer aisément profit, sans besoin énorme d’apport de capitaux de notre part et avec une assistance technique adéquate, le président Sékou Touré, considéré à cette époque, comme ardent défenseur de la cause panafricaine, étant écouté et respecté par ses interlocuteurs. Des pays comme l’Egypte, n’ont-ils pas profité de cette opportunité, pour ce qui est de la construction du barrage hydroélectrique d’Assouan, par exemple.

Cependant, la fin de son règne a été marquée par un changement brusqué, une vertigineuse volte-face, partant d’un Etat dirigiste et autoritaire, avec ses avantages et ses inconvénients, à un Etat libertin, où le laisser-aller devint la règle de conduite générale, sans que le peuple ne soit psychologiquement préparé à cette nouvelle donne. Ce fait a eu pour conséquence, une certaine déperdition, dans notre vision des approches constructives d’une nation progressiste, par la perte de nos repères identitaires, parce qu’en tant que nécessiteux, privés trop longtemps de liberté et de droit de jouissance d’un bonheur, à la fois  à porter de main, mais paradoxalement inaccessible, par manquement de devoir, de la part de nos dirigeants, on a fini par confondre vitesse et précipitation, à vouloir rattraper notre retard.

Dans cette débandade, malgré la libération des prisonniers politiques d’alors, l’instauration du libéralisme économique et une relative liberté de la presse, le sort macabre réservé aux  dignitaires de l’ancien régime, au nom dit-on, de la justice populaire, a été en fait, une succession de règlements de compte personnels, couronnée, par le massacre en 1985, des compagnons d’infortune de l’armée, après un soi-disant coup d’Etat manqué. A partir de cet instant, les guinéens ont commencé à revivre les cauchemars des exactions, avec des méthodes d’intimidation et de répression dignes d’un temps, qu’on croyait révolu.

L’avènement du multipartisme a été un leurre, puisqu’elle a servi de prétexte aux prises de position partisanes, qui ont attisé les dissensions sociales. Dés lors, l’objectif des dirigeants, consistera en leur maintien au pouvoir, le général Conté trouvant dans cette délicate manoeuvre, mille et  une astuces, pour déjouer les tentatives de déstabilisation de son régime, par la répression sanglante, qui s’est matérialisé au plus fort, par les tragiques évènements de 2007.

Les aspirations légitimes du peuple pour un changement radical, ont été anéanties par le limogeage de l’ex-P.M Lansana Kouyaté, en qui les espoirs les plus fous étaient placés, en raison des circonstances spécifiques, qui ont favorisé sa nomination et qui malheureusement, a  fini par être taxé de déviance par rapport à la mission  qui lui était confiée.

Néanmoins, l’arrivée de M.Souaré à ce poste stratégique, n’emballe pas grand monde, surtout avec le retour progressif programmé d’anciens caciques du système, situation qui le réconforte et lui donne des envies de survie politique, au-delà des élections législatives, élections sans cesse  repoussées, parce que leurs issues, dans un cadre de transparence, craint d’être favorable, on l’espère et le souhaite de tout coeur, à un nivellement des valeurs au sein de la classe politique, dominée actuellement par la mouvance présidentielle et pourquoi pas, un renversement de tendance, en faveur de l’opposition.

L’impression aujourd’hui, est que la guinée est dirigée par un Etat vagabond, soutenu par un régime moribond et dans ce dramatique scénario , des irréductibles et inconditionnels du système, continuent à se confondre et complaindre avec leurs "salamalecs et albarkas", pour nous faire gober le bien fondé d’action nuisibles, face auxquelles, seule la résistance des patriotes demeure  l’alternative qui vaille, pour sortir le pays de l’ornière, surtout que les alliances politico-stratégiques actuelles et leurs malsaines imbrications, pour une éventuelle succession au général Conté, laissent présager une logique de confrontation, qui risque de mettre en péril, le peu d’espoir entretenu jusqu’ici.

On a que cure des saltimbanques de la politique, dont les manœuvres nous exposent à des tensions, qui aboutissent à des situations de crise et de blocage. Alors de grâce, remettons nous sincèrement en cause et ayons la force et l’intelligence, de nous ouvrir nos cœur, nos esprits et nos bras, pour venir à bout, du mal-être qui nous ronge, depuis tant d’années, pace que tout simplement c’est A NOUS LA GUINEE.

 

Fraternellement

 

BAYO Abidine

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