Une pseudo-presse partisane et indigne

Sans titre 161

Ceux qui pensaient que la presse est libre en Guinée doivent déchanter. Certes elle l'est, libre, mais libre de dire n'importe quoi en toute impunité. Nous voilà revenus à l'époque du journal unique, qui délivrait seul la bonne parole. Examinons l'initiative de certains zélateurs opportunistes, qui ne reculent devant rien, tant sur la forme que sur le fond, pour plonger une nouvelle fois la Guinée dans des bas fonds, dont elle a du mal à sortir.

Sur la forme

Nos journaleux ont fait montre d'opportunisme malsain et de bassesse à l'occasion d'un boycott – c'est le terme employé – contre un parti politique, une première mondiale. En effet, personnellement c'est la première fois que je découvre le boycott de la presse contre un parti politique. Des salariés peuvent faire grève contre leurs employeurs (privés ou publics), des citoyens comme les journalistes, peuvent manifester contre des décisions gouvernementales, qui iraient à l'encontre de la liberté de la presse sous toutes ses formes ; mais perdre une journée de chiffre d'affaires pour stigmatiser un parti politique d'opposition, qui n'a aucun pouvoir de contrainte sur la presse, il n'y a que la Guinée pour nous offrir ce spectacle navrant. Il est vrai qu'en Guinée, la création de valeur n'est justement pas l'affaire de structures officiellement privées, mais qui montrent qu'elles sont en fait parapubliques, voire RPGistes, puisque la plupart vivent de subventions. En effet, les associations initiatrices1 du boycott, à savoir l'Urtelgui, l'UPLG, l'Agepi, l'Aguipel et le Remigui, ne sont pas des entreprises de presse, mais des faux-nez du pouvoir.

À tort ou à raison, la presse vit en général de « buzz » pour faire l'actualité. On s'étonne donc que cette malheureuse affaire, qui devrait susciter de nombreux commentaires – ne serait-ce prosaïquement que pour remplir les caisses d'une entreprise de presse -, se termine par un boycott, soit un manque à gagner évident. J'ignorais que ces entreprises étaient prospères, elles qui ne font que pleurnicher pour des subventions – qui ne devraient d'ailleurs pas exister -, car elles vont à l'encontre de la liberté d'entreprendre, mais surtout de l'indépendance de la presse. Mais chacun peut constater que les nombreux opportunistes qui pullulent dans ces organisations fantômes, n'en ont cure.

Plus d'une fois, des journalistes ont été empêchés de travailler, frappés, délestés de leur matériel, poussés à l'exil, voire tués et/ou assassinés, sans que cela ne perturbe ces « représentants » du régime. On se rappelle en effet de Facely Konaté tué à Womey, de la disparition suspecte de Chérif Diallo, de l'attaque contre Moussa Moise Sylla, de tant d'autres blessés enregistrés lors des manifestations politiques, sans compter les exilés (Mandian Sidibé et Sékou Chérif Diallo pour ne citer que ceux-là), pour lesquels la presse ne s'est pas montrée particulièrement zélée. Et je ne parle pas non plus des pressions ou licenciements sur certains (Amadou Diouldé Diallo et Mouctar Bah de RFI). Bref la presse est surtout libre de souffler dans le même sens du vent que ce régime.

Pourtant la presse est normalement là pour informer, pas pour boycotter les activités d'une organisation autre que l'État (le seul qui puisse agir sur leur pérennité), a fortiori un parti politique d'opposition, car j'imagine mal une action de même nature contre le RPG. Mais venons-en au fond du dossier, pour s'apercevoir néanmoins que la majeure partie de notre pseudo-presse, a quand même suivi honteusement le mot d'ordre de ces militants zélés et malhonnêtes.

 

Sur le fonds

Pour caractériser une infraction, il faut un élément légal (l'homicide volontaire ou involontaire est condamné pénalement), un élément matériel (la balle – voire l'arme - qui a tué Mohamed Diallo) et une intention coupable. En l'absence d'auteur de l'infraction (qui dans l'absolu pourrait aussi être un sniper mandaté par le régime), il est particulièrement malhonnête d'en déduire que cet auteur inconnu visait spécifiquement un journaliste.

Ce n'est pas un journaliste qui a été tué, mais un citoyen guinéen. A t-on regardé si parmi toutes les victimes de ce régime, il n'y avait pas de médecin, d'avocat, de chef d'entreprise ou de tout autre métier… Ces corporations doivent-elles boycotter le gouvernement pour autant ?

Jusqu'à preuve du contraire, le meurtrier n'est pas encore connu, donc rien n'indique qu'il ait voulu tuer un journaliste, a fortiori Mohamed Diallo. À quel titre cette pseudo-presse alimentaire se permet-elle d'anticiper une décision, qui de toute façon ne pourra pas incriminer l'UFDG de meurtre et encore moins d'assassinat ?

Qui avait intérêt à tuer Mohamed Diallo ? Personne, puisqu'il n'était connu que de sa corporation, voire de quelques dirigeants de l'UFDG. Et si, comme le dit Bah Oury, c'est lui-même qui était visé, cela signifierait, en admettant qu'il puisse le prouver, que la balle qui a tué Mohamed Diallo est donc une balle perdue. Et dans ce cas, cela ne peut être un assassinat, ce que ne se privent pas pourtant de colporter, des minus de la république.

La véritable motivation de ces agitateurs est, d'abord de salir l'UFDG et son président, ensuite de préparer médiatiquement l'opinion à une décision contre l'UFDG, que certains sites ne cachent même pas. Sans compter comme d'habitude, d'occuper l'UFDG dans des faux problèmes insignifiants, et mettre ensuite ce dernier devant le fait accompli, sur des dossiers autrement plus importants (actuellement les élections locales). Enfin de manière conjoncturelle, cette affaire permet aussi de faire oublier les difficultés socio-économiques que traverse ce gouvernement en ce début d'année (baisse du prix du carburant, frondes au sein du RPG, caisses vides, universités privées en grève…).

Ceux qui affirment de manière présomptueuse être les représentants de la presse, se sont une nouvelle fois décrédibilisés. Ils n'ont aucune formation, et s'imaginent qu'être capable de réaliser des fichiers photos, vidéos ou audio à partir d'un smartphone, voire de pouvoir écrire des torchons, truffés de fautes de syntaxe, les qualifient ou leur confèrent un statut de journaliste. Que nenni !

Certains métiers peuvent s'apprendre sur le tas, mais pas les professions intellectuelles, qui nécessitent l'obtention d'un diplôme spécialisé en la matière. Tant qu'une école de journalisme digne de ce nom, ne verra pas le jour en Guinée, avec en plus des cours de déontologie et d'éthique, de droit sur le respect du secret professionnel, nous n'aurons que des opportunistes, dont certains ne savent même pas s'exprimer correctement, pour prétendre et affirmer représenter toute une profession. Il est tout aussi affligeant que des sites pourtant renommés – avec de vraies plumes - aient participé à cette pantalonnade.

 

Des membres du gouvernement malhonnêtes

Certains membres du gouvernement ont fait des déclarations scandaleuses.

Ainsi le Garde des Sceaux s'est montré particulièrement indécent – ce n'est pas la première fois - en déclarant que ce crime (ce crime seulement ???) sera élucidé, ce qui a contrario montre que d'autres ne le seront pas, on se demande bien pourquoi.

En effet, le Ministre de la Justice aurait déclaré « au nom du gouvernement, je puis vous dire que ce lâche assassinat ne sera pas impuni. Dès vendredi soir [le 5 Février dernier], une information a été ouverte pour homicide volontaire contre X ». Notre « spécialiste » de droit pénal – c'est lui qui le dit - devrait faire œuvre de pédagogie – et non de propagande sectaire - en rappelant qu'un homicide ne peut être qualifié d'assassinat, en l'absence d'auteur de l'infraction, et donc d'intention coupable, un assassinat étant forcément prémédité, ce qui le différencie du meurtre. Si quelqu'un avait voulu tuer Mohamed Diallo, encore eût il fallu que l'on sache qu'il allait venir ce jour au siège de l'UFDG, la presse n'ayant pas l'habitude de couvrir les réunions hebdomadaires de l'UFDG. Quant à déclarer que l'homicide est forcément volontaire !!!, cela nous fait (re)découvrir la partialité de cet individu.

De même dans l'émission « les Grandes Gueules » du 10 Février dernier, Rachid N'Diaye (Ministre de l'information ou de la propagande) a déclaré que « il n'est pas acceptable que des personnes non autorisées puissent porter des armes dans l'enceinte des partis politiques. Nous déplorons l'usage de la violence contre les journalistes. On ne pouvait pas s'attendre à ce qu'un journaliste puisse être tué dans l'enceinte d'un parti politique. Sur la journée sans presse : j'ai demandé que la presse publique soit associée à cette journée ».

Cette déclaration résume à elle seule la forfaiture des dirigeants actuels. En premier lieu, puisque l'auteur de l'infraction n'est pas connu, personne ne peut dire que ce dernier n'était pas autorisé à porter une arme. Comme il semble que le coup de feu n'a pas été tiré de l'intérieur du siège de l'UFGD, on peut envisager comme une hypothèse parmi d'autres, qu'un gendarme ou un policier ait pu être cet auteur. Il ne faut rien s'interdire lorsqu'on démarre une enquête. D'autre part en l'absence de meurtrier, personne ne peut affirmer qu'un journaliste était visé (et particulièrement Mohamed Diallo). Enfin le ministre reconnaît que la presse publique n'est pas au service de l'État impartial (l'ensemble des Guinéens), mais uniquement du régime en place. Il s'associe par ailleurs de la même façon à la malhonnêteté ci-dessus évoquée, en demandant aux organes publics d'accuser directement l'UFDG de violence. Oublie t-il qu'il fait partie d'un régime criminel et qu'il est donc susceptible d'en supporter les conséquences ? Noyer le poisson par des comportements indignes ne fera pas oublier ses propres turpitudes.

Enfin la plaque commémorative à l'intention de Mohamed Diallo (personne ne va s'en offusquer par principe) indique en revanche qu'il a été « assassiné ». Je répète qu'un assassinat se différencie d'un meurtre, en ce sens qu'il est prémédité. Or non seulement aucun jugement n'est encore intervenu, mais en l'absence d'inculpé, on ne peut préjuger d'une intention criminelle, qui plus est contre Mohamed Diallo.

 

Pourquoi cette affaire ?

Il est clair que le régime cherche à affaiblir et discréditer l'UFDG en général et son président en particulier, voire même la rayer de la carte. Chacun a pu lire sur des sites partisans, que le ministère de l'Administration du territoire était habilité à suspendre ou à dissoudre un parti. C'est vrai sur le plan théorique, encore faut-il rappeler que les conditions de celles-ci sont strictement réglementées, encore faut-il prouver une responsabilité directe de l'UFDG dans ce dossier.

Ces sites, qui retranscrivent sans doute les volontés de ce régime, annoncent que « tout parti politique qui porte atteinte à la sécurité des personnes et aux biens peut être suspendu. Un parti politique responsable de troubles graves à l'ordre public, peut donc être suspendu pour un délai imparti, par le MATD, qui en a la compétence. Mais cette décision peut faire l'objet de recours devant le juge administratif ».

Je recommande à ces pseudo-journalistes, d'éviter de s'aventurer dans un dossier qu'ils ne maîtrisent pas, de se dispenser de donner des conseils sur la suite qu'ils souhaitent, et de cesser de vouloir dispenser des cours de droit.

En effet, avant d'accuser qui que ce soit, il faut bien examiner les faits et ne pas tout mélanger entre les notions de présomption d'innocence, de boycott contre un parti, d'assassinat, et de responsabilité pénale d'un parti…

Si troubles graves à l'ordre public il y a, Bah Oury en est le responsable, puisque c'est lui qui a tenté de violer le domicile de l'UFDG. Je m'étonne d'ailleurs que l'UFDG n'ait pas encore porté plainte en ce sens, ne serait-ce que pour dissocier dans cette affaire, le trouble à l'ordre public qu'on pourrait parfaitement imputer à l'UFDG – mais elle dispose de courriers montrant l'inaction (volontaire ?) de la gendarmerie et de la mairie de Dixinn, qui n'ont pas daigné répondre à sa demande de sécurisation -, de l'homicide, dont l'UFDG ne pourra jamais être tenue responsable. En effet, en Guinée, la responsabilité pénale est individuelle (et non collective), et signifie qu'un parti politique ne peut être condamné pour meurtre, seul un ou quelques individus (dans le cadre d'une association de malfaiteurs par exemple) peuvent être poursuivis.

 

Que faire alors ?

Je suggère à l'UFDG de porter plainte pour diffamation contre ces associations de zélateurs opportunistes et de boycotter à l'avenir – au moins pour un temps - tous les organes de presse, qui auront fait montre d'un esprit partisan et sectaire contre un parti, qui n'avait rien à se reprocher en matière d'ordre public, avant ce boycott. Il ne s'agit même pas de présomption d'innocence, puisque l'UFDG n'est même pas suspectée de quoi que ce soit (hormis par cette pseudo-presse indigne) et pour cause !

Je déplore en effet, que dans sa volonté d'apaisement, le président de l'UFDG se contente de demander à cette pseudo-presse d'être raisonnable. Je déplore également que le président de l'UFDG leur trouve des excuses et sollicite de reprendre des relations normales avec ces organisations, qui ont pourtant eu tout le temps de réfléchir à leurs actions non spontanées. On ne badine pas avec l'escroquerie intellectuelle, voire...

Par contre, l'UFDG a t-elle du temps à perdre en engageant des poursuites contre certains hurluberlus, qui ont perdu la raison, en accusant publiquement Cellou Dalein Diallo d'être le commanditaire, voire même le meurtrier de Mohamed Diallo. Ces écervelés ne méritent pas de publicité gratuite, qui peut en outre les mettre sur un piédestal dans cette république bananière. Les peines encourues sont insignifiantes et le buzz qui accompagnera ce dossier pourrait avoir un effet inverse de celui recherché. Il faut faire confiance à la mémoire, Internet étant de toute façon indélébile… Par contre, il ne faut pas ou plus laisser dire certains ministres, qui osent publiquement s'associer à ces initiatives infâmes.

Concernant l'arrestation arbitraire de certains militants de l'UFDG, il y a lieu de laisser courir les différents délais – qui peuvent s'allonger - avant de réagir, tout en gardant à l'esprit que la justice régionale est la plus qualifiée pour le faire.

La priorité pour l'UFDG reste cependant de se réorganiser – en tenant compte des critiques -, de se mettre en ordre de marche pour les élections, et de ne plus se laisser distraire.

 

 

Gandhi, citoyen guinéen

« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace » (Robespierre, Discours sur la liberté de la presse, Mai 1791).

 

1l'Union des radiodiffusions et télévisions libres de Guinée (Urtelgui), l'Union de la presse libre de Guinée (UPLG), l'Association guinéenne des éditeurs de la presse indépendante (Agepi), l'Association guinéenne de la presse en ligne (Aguipel) et le Réseau des médias sur Internet en Guinée (Remigui).

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