Alpha Condé à Jeune Afrique, vérités et contre-vérités

 
Tout ce qu'un homme peut faire sans qu'on puisse le contredire, c'est de rêver. Lorsqu'on veut faire partager ce rêve au plus grand nombre, on prend ses précautions.
Malheureusement certains rêvent éveillés et oublient qu'ils se mettent en difficulté, car nous sommes au XXIème siècle, et ce qui était possible il y a 50 ans ne l'est plus aujourd'hui, car tout ce qui est dit, sera vérifié dans l'instant, et gare à ceux qui racontent des histoires.
J'ai la sensation qu'Alpha Condé prend ses rêves pour la réalité, ce qui ne serait pas gênant s'il ne faisait de tort à personne, mais il s'est mis en tête de croire ce qu'il dit, et là cela finit par devenir dangereux.
Dans une entrevue à l'hebdomadaire Jeune Afrique n°2628 du 22 Mai 2011, en pages 22 à 29, Alpha Condé répond aux questions du rédacteur en chef de la revue qui s'est déplacé à Conakry. Il faut mettre en corrélation cette entrevue qui a eu lieu probablement mi-Mai, avec les onéreuses trois pages entières de publicité dans le journal Le Monde du 6 Mai, dont une page est davantage consacrée au nouvel élu qu'au pays lui-même.
Les constats et allégations de François Soudan
J'ai relevé au passage de l'article plusieurs assertions qui ne manqueront pas de faire réagir ses thuriféraires. Par exemple, François Soudan indique qu'AC : « dispose d'un réseau parallèle d'information impressionnante », ce qui en dit long sur la volonté du retour en arrière où tout le monde doit surveiller tout le monde. Cela ne vous rappelle rien ?
De même, il constate - peu importe les raisons – qu'AC : « fait tout, … se mêle de tout, concentre toutes les décisions... Vous voulez tout faire vous-même … ».
« Je n’ai pas, pour l’instant, d’autre choix... les mauvaises habitudes prises sont telles que je dois tout surveiller et tout vérifier... qui d’autre que moi peut mener cette bataille des mentalités ? ».
Ceux qui accusent son entourage en seront pour leurs frais. Cela signifie concrètement que toutes les décisions qui sont prises (par exemple tirer sur la foule le 3 Avril dernier, visiter le domicile de CDD) le sont par lui seul. J'en profite pour lui signaler que les pneus du véhicule administratif du Ministère des sports ne sont pas assez gonflés (lol).
Il est intéressant de noter également le terme « camarade », nom donné au président du RPG, et qui aussi affectif soit-il de la part de son ami interviewer, en dit long sur l'image qu'il renvoie : « le camarade Alpha... accuse désormais (l'opposition) de vouloir recruter des mercenaires » : il faut bien justifier la présence de militaires improductifs dont on a doublé les salaires ces deux dernières années. Mais en faisant de telles déclarations, il se décrédibilise lui-même un peu plus, car on peut reprocher beaucoup de choses à l'opposition, mais pas celui de mettre en péril l'unité ou l'intégrité du pays. Pour qui par ailleurs, connait Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré, Ibrahima Abe Sylla et Mohamed Soumah – pour ne citer qu'eux -, on voit que le ridicule ne tue pas.
François Soudan indique par ailleurs, que « le 3 Avril, il y a eu de sérieux affrontements entre ses partisans (ceux de CDD) et les forces de l’ordre »
« Ses gens ont refusé de changer l’itinéraire de leur manifestation comme cela leur avait été
signifié. La Guinée est devenue un État de droit, chacun doit s’y conformer. Le temps de
l’anarchie, de la pagaille, des pierres jetées sur les voitures, c’est fini. Le général français qui est venu nous aider à mettre en place le service civique pour les jeunes a été agressé et blessé dans son véhicule. C’est inacceptable. Alors oui, nous avons arrêté les casseurs. Désormais, nul n’est au-dessus des lois en Guinée ».
On cherche vainement l'itinéraire qui avait été proposé, et je constate que cette raison officielle sort de nulle part. Comme le procès de la mort de Zakariou Diallo pose problème (le juge a refusé de prendre la plainte, que tous en prenne acte !!!), il est difficile même de vérifier les écrits correspondants. Les pierres jetées sur les voitures c'est fini... mais les balles réelles sur les passants peuvent continuer sans problème.
Un général français a été agressé et on a retrouvé les coupables : et alors, n'est-ce pas le boulot de la police ? Sans doute a t-elle retrouvé aussi, les empoisonneurs du RPG, les meurtriers de Zakariou Diallo et des journées post-électorales, les violeurs du Foutah et du stade..., ce qui dénoterait une efficacité remarquable. On va finir par croire que les résolutions de crimes sont proportionnelles au nom porté, voire à la couleur des individus.
La Guinée est devenue un État de droit : quid des violations répétées de la constitution, des criminels connus en liberté (et même promus pour certains), des mesures illégales, des déclarations à l'emporte-pièces... Je les ai suffisamment évoquées pour ne pas avoir à y revenir.
Il ne faut pas oublier non plus que l'expression : « nul n’est au-dessus des lois en Guinée », s'applique également au PRG lui-même. Pour qui se prend-il ? PRG n'est qu'une fonction au service des autres.
François Soudan constate également que « le 10 Mai, c’est le domicile de CDD qui aurait été perquisitionné en son absence par des militaires de la garde présidentielle ».
« Il n’y a jamais eu de perquisition, mais un problème interne à la garde personnelle de Cellou. L’argent qu’il distribue à ses hommes, dont certains sont des Bérets rouges, a été mal réparti, et l’un d’entre eux, mécontent, est venu exiger son dû les armes à la main. Tout ce qu’on a raconté dans les médias à ce sujet est faux ».
De cette affirmation, on tire deux enseignements AC lit les journaux, sinon il lui serait difficile de dire qu'ils sont faux. Et d'autre part, il est mieux renseigné que CDD lui-même sur la manière dont ce dernier rémunère « son personnel ». Je pensais que les gardes du corps de CDD avaient été arrêtés et condamnés pour l'avoir accueilli le 3 Avril. Je m'étonne donc de savoir qui on venait voir. D'autre part, CDD est en droit de répartir inéquitablement une rémunération. On a du mal à comprendre, pourquoi des militaires viendraient contester en son absence. Si le PRG s'occupe même de répartir la solde des militaires chargés de la protection !!!
Enfin François Soudan s'interroge sur l'avenir « Dans cinq ans, à quoi ressemblera la Guinée ? »
« Une Guinée avec des chemins de fer, des routes, des barrages, des logements sociaux. Une Guinée avec un nouveau Guinéen pour qui la valeur porteuse ne sera plus la magouille mais le travail. Une Guinée fière, débarrassée des mensonges, des jalousies et de l’auto-dépréciation. Avec l’aide de Dieu, le renouvellement des générations et le retour progressif de la diaspora, nous y parviendrons ».
Avec le montage, tel qu'il a été réalisé, le chemin de fer via les bénéfices de Simfer, on va attendre longtemps (voir mon papier précédent). Si des moyens y sont consacrés des infrastructures verront forcément le jour, mais la Guinée n'en a pas. En revanche, il faut être inconséquent pour s'imaginer qu'un Guinéen nouveau peut voir le jour en 5 ans. Tout ce qui nécessite de l'argent peut même se réaliser immédiatement dès lors qu'on en a, par contre pour ce qui concerne les mentalités, il faudra au moins 3 à 4 générations pour que des progrès s'amorcent. Cela nécessite une éducation inlassable. Je n'ai pas remarqué que le Guinéen avait tendance à se minimiser, je dirais même que c'est exactement l'inverse. Quant au renouvellement des générations, charité bien ordonnée commence par soi-même. Enfin le retour de la diaspora sera forcément ciblé. Seuls ceux qui se sentent en sécurité pourront y prendre part, or avec une armée de criminels, ou des commandos « inconnus » officiellement (on se demande qui gère quoi), ce n'est pas demain la veille.
Les contre-vérités sur la rigueur financière
« La Banque centrale ne fait plus aucune avance au Trésor sans contrepartie des recettes correspondantes ». Dans la période actuelle, avec les 700 millions de $ reçus de Rio Tinto, il est clair, que cette mesure de bonne gestion devrait pouvoir être tenue sans problème. Il n'empêche, les habitudes à la BCRG des responsables ne se rayent pas d'un trait de plume, si un contrôle strict n'est pas exercé, d'autant que son président n'est pas réputé pour sa vertu. Mais c'est surtout au regard du budget voté, que cette règle est susceptible de voler en éclat. Il manque 3211,267 milliards de GNF, et on espère que la communauté internationale viendra les combler... pour les beaux yeux de la Guinée. Ce n'est pas responsable de compter sur la mendicité pour boucler son budget, surtout qu'on roule les mécaniques concernant l'organisation des législatives. Crier sur tous les toits que la Guinée est souveraine, ne remplit pas les caisses de l'État, et c'est se faire plaisir inutilement. La population attend autre chose que des effets de manche. Si d'aventure, tous les financements espérés n'arrivent pas, recourra t-on encore à la planche à billets, ou cette procédure est-elle définitivement proscrite ?
Par ailleurs, pourquoi anticiper dès maintenant un taux d'inflation jugulé autour de 15% (quand même !!!), puisque tous les clignotants seraient au vert, et surtout tout serait sous contrôle ?
De même le taux de croissance espéré (4%) est optimiste au vu du passé récent, des quelques déclarations et mesures prises ici et là, qui n'encouragent guère à l'investissement privé. Il est heureux que ce ne soient que des estimations, car un taux de croissance ne se décrète pas.
Enfin « la réduction drastique du déficit budgétaire aussi, ramené de 13 % du produit intérieur brut à 2% » est un vœu pieux nécessaire à l'atteinte du point d'achèvement, mais en aucun cas une réalité. En effet, si l'on considère le PIB guinéen de 2009 selon la Banque mondiale à environ 4,103 milliards de $ (soit environ 27 300 milliards de GNF), 2% du PIB avoisinent les 550 milliards de GNF. Or le déficit budgétaire est de 3211 milliards d'$. On peut rêver, mais cela signifierait que la Banque mondiale par exemple doit donner des fonds pour que le déficit se réduise et permette d'atteindre l'un des critères d'obtention du point d'achèvement, en vue d'une annulation d'une partie de sa dette globale. Sans compter que ce déficit ne prend pas en compte le remboursement de cette dette justement. On marche sur la tête, ou on fait semblant de ne pas comprendre.
En fait si AC s'obstine à ne pas prendre en compte budgétairement les 700 millions de $, il y a peu de chances que les institutions de Bretton Woods acceptent de jouer les imbéciles. Elles ne vont pas prêter ou donner de l'argent que l'État possède.
Les contre-vérités sur la politique minière
« Rio Tinto a revendu une partie de ses actions aux Chinois sans en informer l’État guinéen, ce qui est en contradiction avec le code minier. Nous avons donc exigé et obtenu (d'eux) une indemnisation à hauteur de 700 millions de dollars ».
Je n'insiste pas trop sur le sujet, car j'ai déjà écrit un papier sur ce sujet, me contentant de rappeler que j'aurais salué cette opération, uniquement si elle n'avait concerné que le passé, où l'État n'a rien perçu pour les 15 ans passés par Rio Tinto en Guinée, sans brader l'avenir. Par ailleurs, je le répète, posséder 35 voire même 99% d'une société qui ne rapporte rien ne présente aucun intérêt. Ce n'est pas le % du capital d'une société qui compte, lorsque les intérêts des deux parties sont antagonistes (la Guinée veut vendre son fer le plus cher possible, ce qui va à l'encontre des intérêts de son partenaire), et que l'on ne contrôle pas la majorité.
« Un nouveau code minier est en préparation. Quand il sera achevé, d’ici à Juillet, nous discuterons avec les autres sociétés, dont Rusal, pour qu’elles s’y conforment ».
Bizarrement on ne parle pas de BSRG qui aurait pourtant revendu une partie de ses droits aux Brésiliens sans en informer l’État guinéen, ce qui est en contradiction avec le code minier. En outre le montant est colossal 2,5 milliards de $. Pourquoi l'État n'exige t-il pas une indemnisation conséquente (selon la jurisprudence Rio Tinto) sans brader l'avenir cette fois ?
Par ailleurs, on présente le Code minier comme quelque chose d'extraordinaire, alors que ce n'est qu'un bout de papier. Quand on voit comment AC traite la Constitution guinéenne, on a du mal à comprendre pourquoi ce code est présenté comme une révolution.
Enfin, le principe de non rétroactivité – que tout juriste digne de ce nom connait – empêche (sauf exception limitativement énumérée), la remise en cause, autrement que par la négociation, du contenu des conventions passées. L'annulation d'une vente en revanche, permet cette rétroactivité. Avec Rusal, il faudra donc mettre les pieds dans le plat, ne serait-ce que parce que trop de rumeurs contradictoires polluent cette affaire. Or les circuits bancaires ont un avantage certain, ils peuvent parler, car ils laissent des traces.
Les contre-vérités sur les audits
« Pas de chasse aux sorcières, mais une volonté forte de clarifier les choses. Les présumés
coupables seront convoqués devant la justice, ils se défendront, et les juges apprécieront. Des audits ont été effectués avant notre arrivée au pouvoir, d’autres sont en cours ».
Pas de chasse aux sorcières est une expression non maîtrisée par AC, car à chaque fois qu'il parle d'audits, il insiste toujours sur certains dossiers plus que d'autres, et comme par hasard les dossiers en question ne visent qu'une seule personne. Vous avez dit bizarre ! Comme c'est bizarre !
La volonté de clarifier les choses, tout le monde attend, mais rien n'est public. Seules des déclarations sournoises sont mises en avant, et notamment par des incompétents. On a quand même du mal à comprendre, pourquoi on a mandaté la Cour des Comptes française pour auditer les comptes de la transition, mais qu'on ne l'ait pas mandaté pour auditer ceux des périodes antérieures, dont on avait confié l'étude à des politiques. Je rappelle qu'auditeur est une fonction nécessitant la poursuite d'études spécialisées. Ousmane Kaba est économiste (et non comptable de formation), ce qui le disqualifie pour être l'expert compétent et impartial ayant vocation à contrôler (ou conseiller) une opération et/ou une activité. Il est par ailleurs juge et partie, puisqu'il a été ministre à l'époque de certains dossiers.
En fait, il est difficile (c'est un pléonasme) de comprendre pourquoi on cherche des poux à certains, dans des dossiers d'audit qui représenteraient 624 milliards de GNF selon Ousmane Kaba (dont 39 milliards pour Air Guinée), et qu'on ne fait rien pour les 13 500 milliards de la transition ? Sur le plan des principes, tout dossier se vaut, mais sur le plan financier il n'y a pas photo sur les montants. Pourquoi consacrer toute son énergie et toute publicité à un dossier (Air Guinée) qui ne représente pas 0,3% du trou de la transition ?
Dans ce dossier c'est Mamadou Sylla le bénéficiaire final, mais on cherche à stigmatiser ceux qui auraient piloté l'opération. Dans le dossier de récupération des entreprises publiques bradées, on ne cherche pas à stigmatiser les « intermédiaires », mais les bénéficiaires finaux, des commerçants !!! Cherchez l'erreur.
Enfin si le général Konaté ne connait rien aux chiffres - ce qui commence à se dire -, quid de JMD ? Qui gérait l'argent en Guinée sous la transition ? Lorsqu'on veut récupérer de l'argent, la logique commande d'une part de commencer par les grosses sommes, et d'autre part de commencer par les plus récentes, c'est aussi simple que cela. Ce n'est apparemment pas la voie choisie. Il nous est donc permis de douter de la volonté d'affirmer ne rechercher que la rigueur et/ou la cohérence financière.
Enfin, comment expliquer aux Guinéens, qu'on consacre toute son énergie au recouvrement d'une dette.... dont on demande parallèlement l'annulation, via l'initiative PPTE ?
Les contre-vérités sur l'unité nationale
« Je suis un militant de l’unité africaine ».
C'est sans doute la raison de la désunion nationale. AC est le cordonnier mal chaussé, qui n'est pas capable de faire l'unité en Guinée. Et inutile de dire cette fois, que le délai est trop court pour faire un bilan, cette opération ne nécessite pas de moyens financiers.
« Qui a dit « c’est notre tour », « c’est le tour des Peuls » Cellou Dalein Diallo ».
Celui qui participe aux élections présidentielles, le fait pour gagner, personne ne souhaite faire de la figuration. A partir de là, CDD exprime son souhait de gagner. Qu'il ait été maladroit en criant tout haut ce qu'il pensait tout bas, n'est pas un crime, car il ne fait de tort à personne en disant cela. Il ne rejette pas les autres et ne dit pas, comme Facinet Touré, que les peuls n'ont pas vocation à gouverner. Il dit simplement ce qu'il pense, et cela n'exclut pas les autres. De toutes façons, ce sont les électeurs qui votent, et si cette expression les choque, ils le feront savoir dans les urnes (on sait aujourd'hui ce qu'il en est), donc tous ses adversaires, AC en premier, devraient s'en réjouir, au lieu d'y voir de l'ethnocentrisme.
Du reste, quelles conséquences cela a t-il eu sur le plan national ? un rejet de certains électeurs, tout au plus. Rien comparé à des mensonges qui ont entrainé la mort d'hommes. De qui se moque t-on ?
D'ailleurs, lorsqu'on regarde les nominations faites par AC, on est stupéfait non pas tant par l'origine des nominations (sur lequel beaucoup glosent néanmoins), que le fait de contester à d'autres, le droit de faire ce qu'il fait lui-même. Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais.
CDD a été PM, il a eu à gérer la nation, il sait ce qu'unité veut dire. En admettant même, qu'il ait au fonds de lui une part d'ethnocentrisme (comme tous les leaders guinéens actuels l'ont par ailleurs montré), il a en revanche prouvé dans ses actes, qu'il pouvait travailler avec tous, et qu'il respectait tous. Pour toutes ses décisions (ou ses non décisions), il prend en compte les avis, réactions, attitudes et comportements de tous ses militants, dont on a tendance à l'oublier, ne sont pas tous peuls. Chacun peut considérer qu'il fait preuve de faiblesse - c'est aussi mon avis parfois - il n'empêche, il se comporte comme le leader de tous les Guinéens, et non comme un chef de guerre peul. AC se comporte toujours comme le président du RPG qu'il continue par ailleurs d'être.
Personne n'est dupe, en Afrique et pas seulement en Guinée, les gens se replient sur eux pour la raison simple que l'État est partial, ne traitant pas les citoyens de la même manière. Dès lors, on arrivera toujours plus facilement à s'entendre avec les siens, qu'avec d'autres. Le jour où l'éducation à la citoyenneté et à l'esprit civique seront ancrés, ces problèmes disparaitront progressivement. Il faut aussi un leadership, en avoir conscience, d'où la nécessité d'avoir des gens éduqués à la tête du pays, qui en fassent profiter tous.
Les contre-vérités sur les élections
« Elles (les élections législatives) auront lieu vers la fin du mois de Novembre 2011... Il faut donc procéder à un nouveau recensement électoral... Prenons notre temps, pour permettre à tous les Guinéens de voter et pour réduire au minimum tous les risques de fraude... Je me suis battu pendant cinquante ans pour la démocratie dans ce pays et je n’ai aucune leçon à recevoir dans ce domaine de la part de ceux qui étaient de l’autre côté de la barrière. J’ai gagné la présidentielle face à des gens qui disposaient de soutiens financiers énormes. Aucun homme d’affaires ne m’a aidé. Je défie quiconque de prouver le contraire ».
AC n'a toujours rien compris et il prend des risques graves pour lui-même. C'est la CENI qui est la SEULE habilitée à organiser les élections. Ni le Matap, ni même le PRG n'a vocation à se mêler d'une prérogative qui ne lui appartient pas. Si AC continue une nouvelle fois à violer la Constitution, il considère par là-même que ce document n'est qu'un bout de papier sans valeur.
En effet, en montrant au vu et au su de tous, qu'il est non seulement l'État, mais aussi la constitution, et que donc celle-ci n'a aucune autre valeur que celle qu'il lui accorde, il saborde son propre pouvoir. En effet, s'il n'y a pas de constitution, il n'y a plus de PRG qui tient son pouvoir de celle-ci, et chacun fait ce qui lui plait, c'est le retour à l'anarchie, et donc à terme des militaires.
En ayant coloré l'état-major, AC s'imagine que le pouvoir restera là où il pense qu'il doit rester – personne n'est dupe, même s'il ne l'exprime pas en public. Il devrait prendre langue avec le général Konaté, pour que ce dernier lui explique que le temps des militaires est passé, et que les financements seront irrémédiablement bloqués. Pourquoi croyez-vous que la planche à billets à fonctionné à plein pendant la transition, en dehors de la voracité de quelques uns ? Pourquoi croyez-vous que le général Konaté a lâché si facilement le pouvoir ?
AC stigmatise les candidatures guinéennes aux présidentielles qui ont été soutenues par des compatriotes. Il ne comprend pas pourquoi des Guinéens ont soutenu d'autres Guinéens. Lui même affirme qu'il n'a pas été soutenu par eux. C'est la raison pour laquelle il s'est empressé après les élections d'aller remercier ses commanditaires burkinabé, angolais, libyens et français. On comprend mieux dès lors les orientations économiques de quelques unes de ses décisions. De toutes façons les Guinéens savent bien qu'en tant que retraité, il n'avait aucun moyen financier et que sa campagne n'était pas gratuite.
Les perles d'AC
« Quand vous critiquez les commerçants véreux, la communauté peule a l’impression que vous la stigmatisez… » dixit François Soudan.
« À tort. Ce sont quelques commerçants ayant abusé de leur monopole d’importation de certaines denrées, ... que nous visons. En aucun cas les Peuls dans leur ensemble.... Je l’ai dit aux commerçants peuls et libanais... ».
Ce lapsus révélateur se passe de commentaires.
« Beaucoup de leaders de cette communauté (les peuls) m’ont rejoint et m’ont soutenu ».
Des noms ? Aucun ancien ministre, responsable d'entreprises, fonctionnaire international. Donc des sous-fifres. Que cela plaise ou non, il n'existe qu'un seul leader actuellement (au sens de la définition du terme) dans cette communauté.
« Moi, je n’ai jamais menacé un Malinké ...»
Ce n'est évidemment pas ce qu'un Guinéen sur deux lui reproche. Il ne faut pas éluder la question sur ce qu'il a fait avec l'affaire de l'empoisonnement, dont on n'entend plus parler...
« Sékou Touré était un Malinké comme moi, je l’ai combattu. Lansana Conté était un Soussou, je l’ai combattu. Mon combat … est pour la bonne gouvernance et contre ceux qui ont mis ce pays à genoux ».
Traduction : j'ai combattu AST et Conté... qui ont mis le pays à genoux. Instructif...
« Le problème ce n’est pas lui (CDD), mais l’eau, l’électricité, la pauvreté, l’autosuffisance alimentaire...».
On s'étonne donc que dans ses actes, AC se préoccupe davantage d'essayer d'éliminer son adversaire, que de se préoccuper des problèmes urgents.
« Je suis fier de l’armée guinéenne » : il n'explique pas pourquoi. Sans doute, parce qu'il considère que le deal passé avec certains criminels à qui il a d'ailleurs fourni des responsabilités officielles est toujours en vigueur. AC sait qu'il tient son pouvoir de l'armée et non de la population, contrairement à la version officielle. C'est tellement vrai qu'il s'acharne sur les militants de l'UFDG et son leader. S'il était sur de sa popularité, il n'aurait pas besoin de ses coups bas.
« Le problème de l’armée guinéenne aujourd’hui, ce n’est plus son comportement ...».
Le 28 Septembre passé en pertes et profits.
« 8800 fonctionnaires touchant un double salaire et 1000 fonctionnaires décédés dont les émoluments étaient toujours versés – et donc détournés – ont été détectés ».
Il est toujours étonnant de voir que chaque nouveau gouvernement trouve toujours des fonctionnaires fantômes, qu'il ne nous est d'ailleurs jamais permis de vérifier (il faudrait donc systématiquement les croire), et cela recommence indéfiniment. Sans doute si les fonctionnaires malhonnêtes, ceux qui perçoivent plus que leur salaire, étaient sanctionnés sévèrement, cela n'arriverait plus. Mais cela empêcherait aussi de montrer à l'opinion, que le nouveau gouvernement est efficace. Nous sommes donc condamnés à entendre perpétuellement ce genre de déclaration.
« La gestion du pays lorsqu’il était président n’a pas toujours été au-dessus de tout soupçon. Mais Sékouba Konaté n’était pas Premier Ministre... Sékouba est sorti grandi de l’Histoire ».
Si l'on excepte le 28 Septembre. AC n'étant pas présent ce jour, il en minimise la portée. Il faudrait afficher les photos des victimes massacrées dans son bureau, pour qu'il les voit chaque matin. Peut-être, rien n'est moins sûr, son avis évoluerait. Il oublie que c'est grâce à ces massacres, qu'il est indirectement devenu ce qu'il est. L'ingratitude semble être une seconde nature chez AC.
« Ce que je dis à qui veut l’entendre à ce sujet (le massacre du 28 septembre 2009), c’est qu’il faut faire preuve de souplesse. La Guinée est fragile, elle sort de vingt-six ans de régime militaire, il faut être prudent, ne pas jeter des paroles en l’air ».
Que veut-il dire ? Qu'il ne s'est rien passé ? Qu'on lui envoie en nombre les photos des victimes, au lieu de se préoccuper des criminels qu'il a amnistiés ces jours-ci.
« J’ai conclu un pacte avec les paysans : l’État va les aider et ils vont produire jusqu’à
l’autosuffisance et au-delà, afin que nous devenions exportateurs ».
Où est ce pacte, car on sait ce que valent les paroles ?
« Ils arrêtent jour et nuit des trafiquants et ne rendent compte qu’à moi ».
Cela a t-il un lien avec l'origine ethnique des trafiquants qu'on veut taire, et qui ne correspondent pas à l'image des mafiosi sans cesse dénoncés publiquement ?
En conclusion
Le PRG parle beaucoup, mais agit peu. Il brasse beaucoup d'air, essaie de diviser les gens pour taire ses lacunes. Il ne devrait pas perdre son temps à s'occuper de problèmes secondaires (nomination de plantons dans les ministères, suppression de conseils municipaux, négociation du prix du riz, marque des véhicules de fonction, états d’âme de la Grande Muette, des imams et des petits changeurs de francs guinéens, les bagarres de féticheurs au fin fond de la Guinée forestière) mais devrait surtout contrôler le travail de chacun de ses ministres.
Même si formellement il est le PRG, il n'est réellement pour le moment, et il le montre dans ses attitudes et ses décisions, que le président du RPG. Son but serait d'abord de trouver de l'argent, aussi bien avec les partenaires étrangers qu'avec les nationaux (mais le veut-il avec ces derniers ?), de rassurer toute la population et notamment celle qui n'a pas voté pour lui.
Tant qu'il se comportera comme l'opposant qu'il ne sait qu'être, il trouvera forcément des opposants en face de lui, et ils seront de plus en plus nombreux. Sa seule porte de sortie, c'est à défaut de traiter les affaires du passé (sur lesquelles on ne peut plus grand chose, et qu'on peut traiter sereinement mais sans urgence, car ce n'est pas ce qui changera la vie de la population), de rassurer tous les Guinéens, d'être positif, de travailler avec tous (ce qui ne signifie pas des postes pour tous).
S'il pense qu'il ne faut pas convaincre, mais contraindre en tripatouillant le fichier électoral, pour obtenir la majorité législative en Guinée, et en s'appuyant sur l'armée, il se met le doigt dans l'œil et va au devant de grosses difficultés. Il a les cartes en mains, il n'est jamais trop tard pour bien faire...
 
Gandhi, citoyen guinéen
 
« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace ». (Robespierre, Discours sur la liberté de la presse, Mai 1791)

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