Après le discours du Général Sekouba Konaté, des interrogations

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Douze mois se sont écoulés depuis que le CNDD s’est emparé du pouvoir un 23 décembre 2008. L’espoir que Moussa Dadis Camara et ses camarades suscitèrent au début, était à la mesure des dégâts causés par 50 ans de gestion calamiteuse de notre pays par ses dirigeants successifs. Il faut dire que les réactions positives qui ont suivi cette prise du pouvoir ne pouvaient être reliées qu’à l’ardent désir de nos populations d’en finir avec le désordre érigé en système de gouvernement ; de croire à un nouveau départ. Hélas !

Cet espoir sera enterré le 28 septembre 2009 avec le massacre de populations désarmées. De mémoires de Guinéens en effet, jamais notre pays n’avait connu un carnage d’une telle dimension. Et pourtant, cinquante ans plus tôt, le 28 septembre 1958, en opposant une fin de non recevoir au projet français de maintenir notre peuple dans une colonisation déguisée, il n’y eut ni massacre, ni viol. Comment comprendre alors, que cinquante ans plus tard, le 28 Septembre 2009, des fils de notre peuple ordonnent et participent activement à des massacres et viols dignes d’un pays en guerre totale ?

En ouvrant le feu sur des populations désarmées ; en laissant violer nos sœurs, cousines, tantes ou voisines, Dadis Camara et ses camarades venaient de déclencher la plus grave crise que notre pays ait jamais connue. Cela est d’autant plus vrai que les crimes commis ce 28 septembre 2009 sont des crimes contre l’humanité et donc imprescriptibles. C’est dire que le caractère criminel des actes posés par certains membres du CNDD (et non des moindres), ne peut disparaitre en vertu d’une prescription, c'est-à-dire du seul écoulement du temps.

Dès lors, face à la main tendue des militaires, notre dilemme est bien compréhensible : comment en effet, condamner ces massacres et obtenir la traduction de leurs auteurs et commanditaires devant le Tribunal Pénal International pour éviter la récidive, tout en favorisant (en même temps) l’impérieuse et incontournable nécessité d’une solution de sortie de crise pour éviter l’enlisement ? Un enlisement que tous, aussi bien les forces vives, que la communauté internationale, s’accordent à dire qu’il pourrait entrainer une guerre civile dans notre pays et donc la « disparition de notre patrie en tant que communauté historique autonome » !

C’est dire que si le discours du Général Konaté est à saluer et à encourager, il soulève à mon avis un certain nombre de questions qui devraient inciter à plus de vigilance. Ces questions concernent aussi bien la validité du discours, que la confusion qui règne actuellement au sein de la classe politique.

Sur le caractère positif de l’annonce faite par le General Konaté, il n’y a aucun doute. Néanmoins, comme l’a fait remarquer un chercheur de l’IRIS, elle soulève un certain nombre de questions, à savoir par exemple si cette main tendue a été imposée par la communauté internationale, ou si elle est l’expression d’une réelle volonté de rupture et de rectification de tir. A cela, il faut ajouter cette ambigüité qui veut que le premier ministre soit issu de l’opposition.

Le premier cas de figure pose un autre problème, à savoir quelle est dans ce cas la marge de manouvre de Konaté ? Contrôle-t-il tout le CNDD ?

En tout état de cause, si cette première hypothèse venait à se confirmer, une volte-face des militaires, et donc un retour à la case de départ n’est pas à écarter.

La deuxième hypothèse, celle d’un « retour à de meilleurs sentiments », souhaitée par le plus grand nombre des Guinéens, peut prospérer. Toutefois, un certain nombre de clarifications doivent être apportées, notamment sur la confusion qui règne actuellement au sein des forces politiques et sociales.

On le sait, celles-ci sont tout sauf homogènes. Elles regroupent, les forces vives (principaux partis d’opposition, les syndicats et la société civile) et les formations politiques et syndicales n’en faisant pas partie. A noter au passage que les forces vives elles-mêmes connaissent depuis un certain temps, des remous en leur sein ! Une aile dite « des réformateurs » se fait de plus en plus bruyante et exige des réformes immédiates, depuis qu’un certain nombre de petits partis furent exclus de la délégation de Ouaga. Bref, les forces vives sont traversées par une série de contestations qu’il faudra bien aplanir pour éviter des dissonances de voix sur des questions clés.

Ensuite, qu’on le veuille ou non, et indépendamment du poids électoral des uns et des autres (les législatives n’étant pas possibles durant la transition pour clarifier les rapports de force sur le terrain), la classe politique, c’est aussi des partis « en perte de vitesse » et ceux, nouvellement venus au devant de la scène politique, sans base électorale réelle, cherchant, soit à gagner du temps pour s’en créer une, soit, dans le jeu des alliances, à se vendre au mieux offrant (plus de 70 formations politiques sont dans ce lot). Ces derniers qui font également partie de ce que le Général Konaté qualifie de « composantes politiques », ont, on le sait, des préoccupations qui ne sont pas forcément identiques à celles des forces vives.

Enfin, quelle est la pertinence de l’idée d’un PM issu d’une opposition composite, dans laquelle chaque parti pourrait tenter de placer ses éléments dans les postes stratégiques de l’Administration en prélude aux élections prochaines ?

Pour tout observateur averti, il serait plus judicieux que le Premier Ministre de la transition soit une personnalité neutre, n’appartenant à aucune formation politique.

C’est dire que le choix d’un « Premier ministre issu de l’opposition désigné par elle-même qui engagera avec l’ensemble des couches sociales et politiques du pays des discussions et consultations pour la mise en place d’un gouvernement de transition et d’union nationale », pourrait se heurter à des difficultés majeures, si les formations politiques de l’opposition ne surmontaient pas le plus rapidement possibles ses différends.

Comme on le voit, il va de soi qu’en l’absence d’une volonté réelle de la part des acteurs (CNDD ; Forces politiques et sociales) pour une sortie de crise, le discours du Général Sekouba Konaté, restera lettre morte et le 6 janvier 2010 viendra certainement gonfler notre palmarès des « occasions ratées ».

La tâche ne sera certes pas facile. Mais il est à espérer que l’équipe qui aura la lourde responsabilité de conduire cette transition puisse initier et mettre en marche un mécanisme qui permettra à notre pays de rompre définitivement avec les régimes militaires. La feuille de route qui lui sera confiée, ne devra souffrir d’aucune confusion. Les prérogatives du Premier Ministre en charge de piloter l’équipe, devront être clairement définies et, en tout état de cause, être plus importantes que celles du Président intérimaire durant la transition. Pour une transition que tout le monde souhaite aussi courte que possible, la nouvelle équipe devra s’atteler à la mise à disposition du pays, des instruments et organes permettant l’organisation d’élections libres, transparentes et acceptées de toutes et de tous.

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