Bon diagnostic Monsieur le Président. Et maintenant quel traitement ?

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«Ceux qui ont été victimes sur la première République ont été bourreaux sur la deuxième République. Mais ce qui est important aujourd’hui, c’est de rendre justice à toutes les victimes et trouver les moyens de réparer.

Il ne faut pas occulter une partie de l’histoire, mais assumer tous les crimes afin qu’on reconnaisse les torts et que les Guinéens se pardonnent. » Alpha Condé, président de la République


Monsieur le Président comment voulez-vous que les Guinéens reconnaissent leurs torts et se pardonnent sans s’expliquer ? Comment peut-on se pardonner sans se parler ?

Comment rendre justice aux victimes sans les identifier, surtout sans parler avec elles ? Comment éviter à notre pays d’autres bourreaux et d’autres victimes ?

Un proverbe du pays dit bien :

« Lorsque la personne qui cherche une aiguille par terre met le pied dessus, elle ne peut pas la retrouver ».

En marge de la conférence des chefs d’Etat de la CEDEAO qui s’est tenue les 24 et 25 octobre 2013 à Dakar, le président Alpha Condé a réagi à la manifestation des victimes des massacres du 28 septembre 2009 qui dénonçaient la lenteur de la justice dans le traitement de leur dossier.

Je le cite : « On parle de 28 septembre, mais en Guinée, il y a eu 1985, 2006, 2007. Avec tous ces évènements, il y a eu des massacres. Moi je dis que la Guinée doit s’assumer, assumer son passé, son aspect positif comme son aspect négatif.

Il s’agit de rendre justice aux Guinéens. Un mort égal un mort. Ceux qui ont perdu leurs parents au camp Boiro, ou bien en 1985, 2006 ou 2007, ont les mêmes droits que ceux qui ont perdu leurs parents en 2009.

Je ne veux pas être enfermé uniquement sur les évènements du 28 septembre. Il faut voir le problème de la Guinée dans son ensemble. »

« Ceux qui ont été victimes sur la première République ont été bourreaux sur la deuxième République. Mais ce qui est important aujourd’hui, c’est de rendre justice à toutes les victimes et trouver les moyens de réparer.

Il ne faut pas occulter une partie de l’histoire, mais assumer tous les crimes afin qu’on reconnaisse les tords et que les guinéens se pardonnent. »

Lorsque j’ai lu cette interview, je me suis dit que la Guinée est comme un grand malade au chevet duquel se trouve un médecin, en l’occurrence le président de la République qui décrit les symptômes de la maladie mais malheureusement n’apporte aucun traitement !

Le médecin peut passer tout son temps à expliquer toutes les manifestations de la maladie au patient, mais tant qu’il ne lui applique pas le bon traitement le malade ne pourra pas guérir.

A la lecture de l’interview, j’ai également envie de poser deux questions au président de la République :

Première question : Monsieur le Président, comment voulez- vous que les Guinéens reconnaissent leurs torts et se pardonnent sans s’expliquer ? Comment peut-on se pardonner sans se parler ?

Deuxième question : Monsieur le Président comme vous dites « ceux qui ont été victimes sous la première République ont été bourreaux sous la deuxième République ». Comment faire pour qu’il n’y ait plus en Guinée ni de bourreau ni de victime ?

Le pays a besoin d'explications sincères et véridiques sur son passé pour une réconciliation débouchant sur un vrai PARDON, ainsi nous pourrons enfin tourner ces sombres pages de notre histoire, nous ne pouvons plus continuer à faire la politique de l'autruche.

La Guinée a besoin de la Vérité et de la Justice: l'Etat de droit, cela se fait dans la transparence pour pouvoir poser les fondations d'une vraie démocratie. Le président Alpha Condé parle des crimes politiques qui ont jalonné et continuent de jalonner notre histoire. Mais ces crimes ne sont que des effets de la mal-gouvernance du système totalitaire du parti-Etat avec le clientélisme, le népotisme, l’ethnocentrisme, le régionalisme.

C’est aussi : l’insécurité, la criminalité, la corruption, la confusion sans parler de la misère socio-économique et le manque d’infrastructures de base : eau électricité, réseaux routiers.

Comme dirait feu le Pr Alfa I Sow (paix à son âme) : « Comme la société guinéenne est bien malade depuis des décennies, seule la Conférence nationale peut nous unir à nouveau après nous avoir réunis pour nous expliquer et discuter : oser nous regarder en face, savoir enfin ce qui nous est arrivé, promettre solennellement et collectivement que cela ne se reproduira plus jamais, demander pardon aux familles et aux amis des victimes, réparer moralement et se souvenir collectivement des crimes et forfaits commis… C’est cela la saine réconciliation, et la preuve que l’inoubliable horreur pourrait tout de même se pardonner. Ce serait aussi la preuve que nous voulons corriger, nous ressaisir et promouvoir notre pays dans le respect de la justice et du droit. »

Notre pays est ruiné et délabré avec un peuple éclaté en ethnies rivales et opposées les unes aux autres, une société en pleine décomposition culturelle et morale, des populations malheureuses et humiliées réduites à la débrouillardise.

L’histoire politique postcoloniale de la Guinée a toujours été marquée par la violence, et tout laisse à penser que cette violence fait désormais partie de la culture politique du pays.

Le président de la République dit lors de l’interview : « Nous avons mis en place un tribunal qui étudie les dossiers et lui donnons tous les moyens. Mais nous nous penchons sur l’ensemble des problèmes dont les Guinéens ont été victimes. »

Le système de parti-Etat dont a hérité le RPG et qu’il veut perpétuer, est basé sur l’impunité, l’injustice, l’arbitraire, surtout l’absence de l’Etat de droit, car tout le monde sait que la justice n’est pas indépendante dans notre pays.

Est-ce possible de construire un immeuble de plusieurs étages sur du sable sans aucune fondation ? Qui peut sérieusement prétendre faire un Etat de droit ou à plus forte raison une démocratie, dans un système totalitaire de parti-Etat ?

C’est totalement illusoire de dire qu’on veut faire une démocratie pluraliste sans Etat de droit, comme c’est aussi illusoire de prétendre faire un Etat de droit sans justice, mais il ne peut y avoir de justice sans vérité.

C’est pour cela que le Pr Alfa I. Sow (paix à son âme) a écrit en 1991 : « Dans la situation politiquement ingérable et bloquée où se débat la Guinée d’aujourd’hui, la Conférence nationale souveraine s’impose comme procédure incontournable d’instauration de la démocratie véritable. »

« Seule la conférence nationale nous donnera l’occasion de nous débarrasser d’un passé de haines et d’humiliations, pour remettre notre pays sur la voie du changement, de l’unité véritable et du travail… En définissant les nouvelles règles du jeu démocratique, qui ne peuvent être des règles octroyées, elle nous permettra de jeter les bases d’un nouveau contrat social… La CN nous engagera aussi bien devant notre peuple que devant le monde à renoncer définitivement aux mauvaises habitudes de notre passé. »

Si le Président veut réellement « voir le problème de la Guinée dans son ensemble, et se pencher sur l’ensemble des problèmes des Guinéens et rendre justice à toutes les victimes ». 

Il lui reste une dernière chance que lui conseillerait feu son frère et ami le Pr Alfa I. Sow (paix à son âme) : « Convoquer une conférence nationale des forces vives du pays pour dresser ensemble un état crédible des lieux, s’entendre sur le diagnostic, le bilan, les projets, les idées et les personnes, s’entendre sur la nature, les caractéristiques et la durée de l’effort et des sacrifices à demander au pays. »

Vive la Guinée

Vive la Paix


Dr. B. Diakité

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