Bref hommage à Aubrac et à Ben Bella

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Je ne suis pas accro de chroniques nécrologiques mais ce n’est pas sans émotion que je voudrais réagir à la disparition quasi simultanée de deux figures historiques : Ben Bella en Algérie et Aubrac en France.

Ahmed Ben Bella, le premier président de la République Algérienne, est décédé le 11 avril 2012 à Alger à l'âge de 95 ans. Des funérailles nationales ont lieu ce vendredi 13 dans la capitale algérienne.

Le président Bouteflika a décrété un deuil national de huit jours sur l'ensemble du territoire.

Ahmed Ben Bella, né le 25 décembre 1916, était une grande figure de l’Algérie, de l’Afrique et de ce qu’on appelait le Tiers-Monde. Résistant pendant la Seconde Guerre Mondiale (décoré par le Général de Gaulle qui avait dit plus tard de lui : « Cet homme n’est pas contre nous ! »), il fut l'un des pionniers du déclenchement de la guerre d'indépendance, avant de devenir président du Conseil National de la Révolution algérienne le 28 septembre 1962, puis le premier président de la République le 15 septembre 1963. Deux ans plus tard, le 19 juin 1965, il fut renversé par son ministre de la Défense, le très austère colonel Boumediene. Emprisonné, il ne fut gracié qu’en 1980, bien après la mort de ce dernier.

Charismatique et populaire, Ahmed Ben Bella aura tenté d'implanter le «socialisme autogestionnaire» dans son pays. Il voulait incarner aux côtés de Castro, de Nasser, de Nehru et de Mao la lutte «anti-impérialiste» et le «non-alignement». Exilé en France de 1980 à 1990, il était revenu ensuite dans son pays natal. Depuis 2007, il présidait le Groupe des sages de l'Union africaine, genre de coquille vide dont raffolent les chefs d’Etat de notre continent.

Ben Bella restera dans l’histoire comme un des fondateurs de l’Oua, en mai 1963, à Addis Abeba. Il avait aidé, non pas, comme certains, par des discours mais par de l’argent et des armes, les mouvements de libération en Afrique. C’est étonnant que Ben Bella et son tombeur Boumediene soient admirables… C’est dire à quel point l’Algérie reste encore constante dans bien des aspects de sa politique étrangère.

Est également décédé à Paris, le 10 avril 2012 à l’âge de 97 ans, un autre grand résistant, Raymond Aubrac, plus connu en France qu’ailleurs. Il fait partie de ces héros de l'ombre qui ont sauvé l'honneur de la France.

 

Né le 31 juillet 1914, jour de l’assassinat de l’anticolonialiste Jaurès, Raymond Aubrac (de son vrai nom Samuel) était resté un citoyen très actif, se rendant pendant des années dans les collèges et les lycées de France pour témoigner et raconter la Résistance à la barbarie nazie.

 

Grand'croix de la Légion d'honneur, Croix de guerre 1939-1945, Raymond Aubrac s'est engagé dès 1940 dans la Résistance. Recherché par la Gestapo, il est parti pour Londres, puis a gagné Alger, où il est devenu délégué à l'Assemblée Consultative en juin1944. À la Libération, il est devenu Commissaire Régional de la République à Marseille, responsable du déminage du littoral, puis inspecteur général à la Reconstruction.

 

Pourquoi parler du résistant Aubrac peu connu en Afrique ? Parce que sa philosophie est à méditer en toute circonstance.

Pour lui, résister, c'est «surveiller ce qui se passe, essayer de comprendre ce qui se passe dans la société qui nous entoure. Et quand on a le sentiment qu'on est devant une injustice, réagir à l'injustice et ne pas se contenter de la constater mais essayer de faire quelque chose».

 

N’est-ce pas une leçon à apprendre ou à réapprendre ?

 

Je vous salue.

 

Ibrahima Kylé Diallo

Responsable du site www.guineeweb.net

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