Cellou Dalein, rentrer ou ne pas rentrer, telle est la question.

La question qui taraude les esprits et divise les Guinéens en ces temps de persécutions sociale et politique ciblées est de savoir si le leader de l’UFDG, Cellou Dalein Diallo, doit être téméraire et rentrer à Conakry ou jouer la prudence en restant en  exile  à Dakar. 

En effet, nous savons tous que Alifa a fait de la fixation sur Cellou Dalein qu’il fantasme d’arrêter et d’humilier, au minimum à défaut d’aller plus loin.

Ce dilemme serait un cas intéressant de dissertation académique en trois parties, thèse, antithèse et synthèse (comme disait le ‘’dialecticien’’, selon lui, Alifa Condé au premier tour des présidentielles).  Mais nous préférons notre style atypique, plus libre et moins rigide.

Cela dit, à écouter mes compatriotes donner leur point de vue sur la radio en ligne  Ganndal.com,  il y a clairement deux groupes, les  pros et contres,  et pas de neutres :

-          Une légère majorité de pros qui pensent comme El-Hadj Bocoum que CDD devrait rentrer et faire face à l’adversité auprès de ses militants et adjoints.

-          Et légèrement moins nombreux, les contres sont ceux qui comme TAD de Guineelibre pensent au contraire que ce serait suicidaire et sans utilité de se jeter dans les bras scélérats de Alifa qui se lèche les babines à l’idée de martyriser CDD.   

Pour notre part, nous donnerons une réponse de Norman en disant qu’ils ont tous raison même si nous avons un penchant pour le risque en politique. 

Néanmoins tentons de les départager avec une approche pragmatique et surtout en gardant en mémoire que toute décision doit être dictée par le but politique recherché ; puisque CDD doit agir en homme politique et non en politicien.   

De nombreux intervenants qui sont contre son retour étaient plus guidés par l’émotion et leurs sentiments affectifs pour Cellou Dalein que par son rôle et statut d’opposant et surtout de leader de l’opposition à Alifa Condé.  Le trait principal de leur opinion serait que la vie de CDD serait menacée à coup sûr s’il revenait à Conakry.   Certains ont même fait le parallèle rapide avec Diallo Telli (ex-Secrétaire General de l’OUA) que tout le monde avait déconseillé de renter en Guinée sachant que Sékou Touré voulait éliminer le maximum des cadres peuls.  C’est un exemple trompeur car Diallo Telli n’était pas un leader politique avec un risque de trouble social  en cas d’attentat à sa vie et contrairement à CDD, il avait le choix car aucune structure et l’avenir de personne ne dépendaient de lui en Guinée (on ne parle pas de la famille ici mais des militants).  A cet égard, CDD à moins d’options et des responsabilités envers son électorat.  Et toujours dans ce cas, AST n’a pas embastillé et tué Diallo Telli tout de suite après son retour.  Il l’a mis à l’aise et surpris le moment venu.  Donc quelles que soient les garanties données par Alifa Condé (qui n’a pas de paroles, c’est avéré),  il pourra toujours attenter à la vie de CDD s’il le veut, une fois ce dernier rentré et pensant être à l’abri.  Ce qui veut dire qu’en théorie, que Cellou Dalein revienne en Guinée aujourd‘hui ou dans quelques mois, cela ne fera aucune différence vu la nature de Alifa qui peut promettre n’importe quoi et ne rien respecter.  La seule garantie de CDD, alors, serait d’avoir sa propre milice lui aussi et à condition qu’elle soit mieux armée que celle de Alifa.  Ce que je  pense, CDD n’ambitionne pas à ce stade.  

Pour sa protection, nous ne voyons rien d’autre de réaliste que constituer un bouclier humain d’au moins plusieurs dizaines de personnes déterminées nuit et jour autour de lui en Guinée.  Si nous voulons rester dans un cadre légaliste, que pouvons-nous faire d’autre si CDD doit assumer sa position et son rôle à l’intérieur du Pays ?   D’autres ont évoqué Alifa qui n’est revenu en Guinée que pour les élections.  Dans ce cas aussi, ils oublient qu’il a été sanctionné avec un cinglant 18% aux élections car les autres comme  Kouyaté ont pu occuper le terrain pendant sa longue absence par peur de Lansana Conté.   Nous savons tous que ce n’est pas sa popularité ou son travail de proximité  qui l’ont fait gagné mais la coalition militaro-politique  de Konaté et J.M.Doré, ‘’tout sauf Cellou’’,  qui lui a carrément attribué un score au dessus de 50 % pour battre CDD beaucoup plus populaire.  

C’est un fait et non des spéculations partisanes !   Ils auraient fait  gagner quiconque contre CDD.

Cela dit aussi, tout est de savoir aujourd’hui s’il est réaliste et pratique d’être un opposant efficace, respecté et influant en restant en exile, loin du théâtre des opérations ?   Surtout que  Alifa avait promis de faire fuir tous ceux qui s’opposent à lui.   Serait-il en phase de réussir sa stratégie ?   

Pour mémoire, CDD était encore refugié malgré lui à l’étranger, après la lâche attaque du 28 septembre 2009, lorsque les magouilles de la soi-disant  Société civile ont mis en train  J.M.Doré et tout le système piloté par le même Alifa entre janvier et mars 2010.  Sans parler des tensions au sein de l’UFDG pour assurer l’intérim du président du parti absent. Bien que son exile d’alors  fût pleinement justifié, aujourd’hui cela pourrait lui être reproché vu que d’autres hommes politiquement actifs et tout aussi menacés, comme Fodé Oussou, Faya Millimono et Mouctar Diallo, sont restés et font de la résistance.   A ce stade, rien ne prouve que la vie de CDD soit plus à risque que la leur en Guinée.

Cela aussi dit, ceux qui lui conseillent de ne pas rentrer avance un argument imparable selon lequel en résumé : un héros mort n’est en rien utile à notre lutte et serait pure perte.

En effet, s’agissant de vie ou de mort et ce que nous-mêmes aurions fait à la place de Cellou Dalein sachant que la mort pourrait être au bout du voyage de retour, il devient difficile de les contredire.  Néanmoins, la différence de taille est que nous n’avons pas pris la décision réfléchie de faire de la politique en tant que chef de parti dans un pays comme la Guinée où l’intimidation et menaces de mort ont toujours été le quotidien de ceux qui s’oppose au Pouvoir.  N’est-ce pas ?   Disons de façon un peu triviale : on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre !   Et à ce propos, on peut citer de multiples exemples heureux comme malheureux dans l’Histoire de la politique.  Au pouvoir ou dans l’opposition, ceux qui font de la politique sous tous les cieux a fortiori en Afrique doivent impérativement mettre dans la balance leur vie. 

 

Pour écourter ce débat qui pourrait trainer encore des pages tant les arguments pour et contre sont nombreux, nous finirons en nous interdisant de dire Cellou Dalein de rentrer ou pas à cause du risque potentiel et plausible d’assassinat. C’est une question délicate qui peut être de vie ou de mort d’une ou de plusieurs personnes que seul CDD peut résoudre en fonction de sa personnalité et son goût ou non du risque.  Il a eu avec d’autres le courage d’aller au stade du 28 septembre en 2009 sachant les conséquences hautement mortelles  avec un illuminé fou furieux comme Dadis.  Mais ils y sont allés quand-même et ont frôlé la mort de très près.  Est-il prêt à aller jusqu’au bout encore une fois et titiller la mort  pour la liberté de son peuple (pas seulement des Peuls) ?  Seul CDD, en fonction de ses croyances en la fatalité et autres considérations métaphysiques peut répondre.

Rajoutons malheureusement qu’en politique les décisions trop réfléchies peuvent être préjudiciables et conduire à la tétanisation de l’action.  Parfois, il vaut mieux écouter son instinct comme Feu Ba Mamadou.  Tout le monde se souvient de son acte héroïque lors de la présidentielle de 1998 lorsqu’on a voulu l’intimider en l’empêchant de renter triomphalement à Conakry.  Il est descendu de son véhicule de commandement, a franchi à pieds tout seul les dizaines de mètres qui les séparaient du barrage gardé par les militaires.  A leur niveau, il a lui-même levé la barrière et ordonner à son cortège de passer.  La stupéfaction causée par son action audacieuse tétanisa les bipèdes armés de Conté au point qu’ils n’ont rien pu faire.  Ce fut un cas heureux qui aurait pu tourner à la tragédie, certes, mais c’est cela la politique aussi.

Pour revenir au cas de CDD, il et nous devrons méditer sur la situation actuelle, avec un Alifa Condé peureux donc très dangereux par poltronnerie,  à savoir : vaut-il mieux être un couard vivant ou un héros mort pour la démocratie ?  La réflexion est ouverte.

Pour finir, quelle que soit sa décision, Cellou Dalein en tant que leader et chef du parti le plus important (44% au premier tour) doit trouver une alternative à défaut de solution idoine à  son sort  et à la situation du parti presque orphelin avec Bah Oury aussi exilé ; même si Fodé Oussou se montre à la hauteur.  Car en politique, il y a toujours des pis-aller ou les moindres maux.

Cellou Dalein doit décider lui-même sur son sort mais pas en prenant plusieurs mois comme pour la présidentielle de 2010.  Comme dans ce dernier cas, ni le temps ni l’inaction ne sont à son avantage !

 

 

Ollaid        

                                                           



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Peace and greetings !

NB: Utilisant un clavier anglais, désolé, certains accents pourraient manquer

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