Conférence de presse de M. Tibou Kamara

 

D’emblée, il faut reconnaitre que le Secrétaire Général à la Présidence de la République est un parleur habile. Pas étonnant, sachant qu’il était membre de la presse.  Nous intervenons suite à ses propos habilement distillés pour régler aimablement des comptes mais malheureusement aussi qui confirment que le déroulement du processus électoral actuel n’a toujours pas son consentement. Il profite de sa conférence de presse pour soulager sa frustration à propos de la méthode utilisée pour imposer la ‘’future-nouvelle’’ constitution au point d’extrapoler que les problèmes électoraux actuels en découleraient.

Ce fut un exercice habilement mené qui ne convaincra que certains crédules déjà opposés au processus et qui souhaitaient prolonger la transition pour diverses raisons personnelles : plus celle-ci dure, plus certains prennent de l’embonpoint. 

Tout d’abord, je ne pense pas qu’il y ait un seul juriste constitutionnaliste dans l’entourage du Général Konaté pour permettre à M Tibou de porter un jugement péremptoire sur la façon dont le CNT et le Président de la Transition ont dû procéder en pis-aller et surtout par pragmatisme pour imposer la nouvelle constitution. Son appréciation vaut donc tout autant que celle de ceux qui pensent que ce n’est pas pire dans la mesure où tout le processus a été et est basé sur des modi vivendi et operandi ad hoc  entre les principaux protagonistes de la transition (ce, depuis le début) et non sur les règles de l’art en matière constitutionnelle. Lorsqu’il prétend jouer au puriste aujourd’hui, il faudrait au moins être rigoureux et cohérent en allant jusqu’au bout.  Il ne peut accepter une procédure laxiste au début qui est censée commander tout le reste et exiger un referendum alors que les membres même du CNT ont été cooptés de façon plus subjective qu’objective sans consultation des Guinéens, ni les différents présidents de la Transition, d’ailleurs : il veut la légitimité du peuple pour le texte constitutionnel sans l’avoir exigé pour ses artisans. Où est la cohérence ?   M. Tibou veut faire du ‘’vrai’’ à partir de l’artificiel lorsque cela l’arrange.  Est-ce que les soi-disant ‘’accords’’ de Ouaga ont été discutés, acceptés et signés -à ce jour- par toutes les parties prenantes ?  Non !  Nous avons tous été témoins des Forces Vives incapables de s’entendre pour envoyer une simple délégation à Ouaga : comment pouvez-vous donc être surpris qu’ils se chamaillent pour des résultats électoraux, leur raison de vivre et une fin en soi, pour la plupart d’entre eux !   Pourquoi tenter de chercher la source de nos ennuis ailleurs que dans la nature et le caractère de nos hommes politiques?  Nous savons tous que le problème de l’inefficacité de l’opposition en Guinée depuis des années est primordialement lié à nos politiciens qui pensent être irremplaçables et prédestinés à diriger le Pays.  Ils ne sont démocrates seulement que lorsque ce sont eux qui gagnent.

M Tibou Kamara fait volontairement du hors sujet en ramenant sur la table sa divergence intéressée sur le mode d’adoption de la Constitution. Il n’y a pas de constitutionaliste parmi eux ; et ce n’est pas parce que la grande majorité des pays du Monde procède de telle ou telle manière que la Guinée dans une situation d’exception doit singer si les conditions et le contexte peut mettre le pays en péril ou entrainer des effets pervers préjudiciables au but recherché.  Il n’existe pas -à ma connaissance- un mode d’adoption d’une constitution qui soit universel : les pays se sont copiés certes et nous avons hérité des codes de nos colonisateurs mais ce n’est pas une loi divine.  Le terme de ‘’légitimité’’ est tout à fait relatif pour preuve, les deux républiques précédentes en Guinée.  Si M. Tibou et le gouvernement étaient sincères, ils auraient dû exiger l’élection des membres du CNT d’abord : on ne peut pas vouloir quelque chose et son contraire selon ses intérêts personnels du moment!  Et nous le laissons assumer son affirmation selon laquelle les membres du gouvernement et ceux du CNT ont les mêmes objectifs à court terme. Les Guinéens jugeront.

Lorsque M. Tibou Camara affirme qu’il aurait mieux valu réinstaurer l’ancienne constitution pour simplement aller aux elections. Je suis sidéré qu’il feigne ne pas comprendre avec les fonctions et rôles qu’il a joués dans cette transition que justement le peuple ne veut plus mettre son destin entre les mains d’un seul homme et laisser à ce dernier le loisir de refonder la gouvernance en Guinée : avril 1984, mars 2007 et décembre 2008 suffisent largement au peuple pour ne plus commettre cette erreur.  Mieux vaut  prévenir que guérir!  M. Tibou semble être parmi les derniers Guinéens à n’avoir pas encore compris.

Pourquoi  un mauvais président élu avec une constitution ‘’Conté’’ d’un mandat de 7 ans avec tous les pouvoirs qu’elle lui confère s’empresserait-il de la reformer surtout s’il est majoritaire à la future Assemblée qu’il pourrait aussi faire élire le plus tard possible?  Avec de la mauvaise foi, tout  prétexte est bon.  Quitte à en fabriquer comme Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire : cela n’arrive pas qu’aux autres!

Pour finir, disons que M. Tibou Kamara s’est dévoilé un peu plus et confirmé nos doutes. Son explication pour se dédouaner est galimatiesque, hors sujet et forcément peu convaincante.  La crise actuelle ou la  tentative de déstabilisation du processus électoral en cours n’est ni un problème de textes ou institutionnel mais plutôt créée par les mauvaises pratiques de la CENI et entretenue par des hommes politiques incapables de mettre l’intérêt supérieur de la nation avant leur ambitions personnelles. Or nul n’est indispensable! Et M. Tibou aurait plutôt dû exhorter la CENI à sanctionner et porter plainte contre ses membres qui ont au niveau des bureaux de vote contribué à créer cette atmosphère délétère soit volontairement ou par incompétence : pourquoi les membres de la CENI ont refusé de signer et faire signer des procès-verbaux par exemple? Où est la sanction?  Les conséquences de leurs actes sont trop graves pour le Pays pour rester impunis. Et les partis politiques devraient aussi au delà de la Cour Suprême porter plainte contre la CENI et ses membres devant la justice : il doit bien existé un moyen légal de la faire. Voila le problème, M. Tibou!  Tout le reste est hors sujet car même si les elections étaient programmées pour 2020  avec cette façon de travailler de la CENI, le résultat serait le même.

Ibrahima Diallo- ‘’Ollaid’’    

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