Discours du Pdt A.C à l'ouverture de l'Atelier national de validation de la Stratégie Reforme de l'Etat et de la Modernisation de l'Administr

"Mesdames, messieurs les représentants des institutions républicaines
Monsieur le Premier Ministre
Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement
Excellences et Messieurs les ambassadeurs des Pays amis
Mesdames et Messieurs les représentants des institutions bi et multilatérales
Mesdames et Messieurs les invités
Chers participants,
C’est un très grand plaisir d’être parmi vous ce matin à l’occasion de l’ouverture de l’atelier national de deux jours, consacré au thème pertinemment stratégique de la réforme de l’Etat et la modernisation de l’administration.

Ce thème qui rassemble aujourd’hui ce beau monde de dirigeants politiques, de législateurs, de magistrats, de diplomates, de fonctionnaires internationaux, d’élus locaux , de gestionnaires publics, d’acteurs de la société civile et du secteur privé, d’experts d’horizons divers, ce thème, dis-je, se trouve à mes yeux, au point de convergence de toutes les préoccupations nationales.

 

Mesdames et Messieurs,

 

Le 24 octobre 2010, le peuple de Guinée a fait le choix décisif du changement dans le contexte d’une élection transparente, libre, crédible et démocratique, la première du genre en République de Guinée. En effet, pour le quinquennat en cours, j’ai solennellement scellé un contrat, un pacte de changement avec le glorieux peuple de Guinée.

 

Il s’agit là, de ma part, d’un engagement personnel fort, inaliénable et imprescriptible que j’entends suivre et appliquer à l’esprit comme à la lettre. Et je convie tous les acteurs de la vie nationale, notamment les membres du Gouvernement, les hauts fonctionnaires et tous mes collaborateurs à en faire de même.

 

Dans mon entendement, l’ampleur du changement à opérer est à la dimension des besoins énormes et pressants des guinéens à satisfaire : besoin de manger à sa faim, besoin d’eau potable et de courant électrique, besoin d’infrastructures scolaires et sanitaires, besoin d’un habitat commode, besoin de justice sociale, etc.

 

Comme chacun doit le comprendre, tous ces besoins ne sauraient être satisfaits à la fois. Il va donc falloir choisir des priorités, car tout n’est pas possible au même moment; et pourtant, il faut calmer les impatiences. Oui, je comprends bien l’impatience des guinéens.

 

Il vous souviendra qu’en tout temps et en toutes circonstances, je n’ai cessé de rappeler que j’ai hérité d’un pays et non d’un Etat, encore moins une administration. Ceci n’est ni une boutade, ni une clause de style, c’est une réalité ambiante.

 

De nos jours, il n’est possible d’entreprendre et de réussir aucune action de développement durable en Guinée, si l’on ne donne pas pour priorité la restauration de l’Etat et la réforme de son administration.

 

C’est donc dans un contexte de carence généralisée de l’appareil d’Etat et d’inefficacité de notre administration que j’ai décidé de créer un Haut Commissariat à la Réforme de l’Etat et Modernisation de l’Administration.

 

Placé sous mon autorité directe, le Haut Commissariat à la Réforme de l’Etat et la Modernisation de l’Administration a la mission délicate, en relation avec les autres administrations, d’initier, d’impulser, de conduire, de coordonner, de suivre et d’évaluer toutes les mesures de réformes institutionnelles, de réformes sectorielles et de modernisation de l’administration publique guinéenne.

 

Il s’agit, en fait, d’apporter des changements fondamentaux à tous les secteurs d’activités de la vie nationale en vue d’assurer l’adaptation de l’Etat et de son administration aux exigences du développement économique et social de la Guinée.

 

Mesdames, Messieurs,

 

Chers compatriotes

 

Dans les conditions qui sont les nôtres, il importe de comprendre que la réforme n’est pas la boulimie du changement, le bouleversement continuel infligé à une société. La réforme exprime la volonté de changer les choses. On doit la comprendre comme une capacité permanente d’adaptation de l’Etat à une réalité qui change ; pour ce faire, il y faut un peu d’art.

 

Aujourd’hui, dans la géopolitique contemporaine, chacun le perçoit, un monde est en train de disparaitre, un autre le remplace. Il en résulte que de profondes réformes se révèlent nécessaires au sein de notre pays pour rattraper en cinq ans, une cinquantaine d’années de retard.

 

En la matière, notre vision est de donner à la Guinée un Etat démocratique, respectueux des droits de la personne humaine, un Etat plus proche des citoyens, un Etat moteur de la vie économique et sociale, une administration publique efficace, efficiente, et professionnelle, ouverte aux NTIC. Nous voulons passer d’une« Administration de type patrimoniale à une Administration nouvelle, fondée sur le service aux citoyens».

 

En matière de reforme de l’Etat, j’estime qu’il faut se méfier des approches idéologiques qui conduisent chacun à déplacer la frontière idéale entre sphère publique et sphère privée au gré de ses références ou de ses préférences. La Guinée a déjà fait l’expérience de ces débats stériles dans lesquels s’affrontent en vain les partisans du « Tout –Etat » et les champions du « moins d’Etat »; les uns, sacralisant l’Etat, et les autres, érigeant le marché en puissance régulatrice souveraine.

 

Dans la Première République, durant 26 ans, nous avons vécu dans l’Etat- providence, l’Etat tout puissant, l’Etat-à-tout faire. Nous ne savons que trop l’héritage lourd qui en a résulté.

 

La Deuxième République, quant à elle, a instauré le libéralisme et désengagé l’Etat des principaux secteurs de l’économie par une vague de privatisations incontrôlées. Elle a fait l’apologie du marché tout en ne maîtrisant pas bien les règles du libéralisme. Ce choix a produit des résultats qui ont aujourd’hui une valeur pédagogique.

 

A mes yeux, la question n’est pas de savoir si l’on veut " plus d’Etat "ou "moins d’Etat" ; ce qu’il nous faut, c’est un Etat plus fort, un Etat rejetant cette propension à tout faire qui est une marque de faiblesse, mais sachant choisir l’efficacité en apprenant à mieux sélectionner ses actions, à les décider plus vite, à les conduire dans le respect de la légalité et à en évaluer les résultats avec plus de rigueur.

 

Ce qui est important à mon sens, c’est qu’il faut que les guinéens, quelles que soient leurs ressources, jouissent de la plénitude de leurs droits et libertés, qu’ils soient bien nourris, bien logés, bien soignés, que les réseaux d’eau et d’électricité, de transports et de télécommunication irriguent tout le pays, que nos jeunes soient bien formés, que le secteur privé se développe et génère des emplois, etc.

 

A l’évidence, ceci montre que l’utilisation et la finalité des structures publiques, mixtes ou privées ne touchent jamais qu’aux moyens. En règle générale, l’intervention publique n’est nécessaire que là où le marché est défaillant, par nature ou en raison des circonstances.

 

Cela signifie concrètement que l’Etat a à faire ce que le privé ne peut pas faire, ne fait pas ou fait incorrectement. En tout état de cause, je pense que l’Etat n’a pas à être qualifié de ceci ou de cela.

 

Adapté à son temps, l’Etat doit être à la aune des besoins collectifs, tantôt en expansion, tantôt en repli. L’Etat répond aux besoins des populations et organise la participation de tous les acteurs. Il veille sur les intérêts nationaux, au premier rang desquels il ya l’indépendance nationale, l’intégrité du territoire, la sécurité intérieure et extérieure, l’unité nationale, les libertés publiques et individuelles.

 

Si l’Etat ne peut pas, de son propre chef, créer le développement économique et social, il ne peut pas non plus s’en dérober. Au devoir d’y concourir, s’ajoute celui d’en réunir les conditions et d’en gérer les effets.

 

Il nous faut donc réaffirmer le rôle prépondérant de l’Etat dans tous les secteurs de la vie nationale. Ce qui revient à dire que l’Etat, en Guinée comme partout ailleurs, est essentiel, nécessaire ; il ne saurait être un Etat subsidiaire. L’Etat, dans son enflure comme dans sa décrue, est mû par le mouvement du progrès qui imprime sa marque, engendrant parfois un Etat temporairement presque omnipotent, parfois des conditions favorables à une quasi élision de l’Etat, et entre les deux, toutes les formules possibles.

 

En plus, quelles que soient la dynamique du marché et celle de la société, il est indispensable que leurs interventions soient bordées par l’ourlet d’une action publique, garante de l’intérêt général et apte à en moraliser le jeu. En règle générale, il faut admettre que l’Etat doit agir en fonction de ce qui est nécessaire, d’où le principe de subsidiarité comme une bonne méthode d’organisation des responsabilités.

 

A la lumière de ce principe, je vous invite à examiner, avec soin, secteur par secteur, les avantages et les limites du marché dans le contexte national et aussi dans celui international, théâtre d’affrontement des intérêts de toutes sortes. Cette réflexion paraît difficile, mais elle constitue un préalable à la révision en profondeur des missions de l’Etat et des services publics.

 

L’Etat, en Guinée comme ailleurs, est comptable du développement économique et social du pays. Si hier le marché était passé comme meilleur instrument de régulation et de répartition des ressources pour l’optimisation à court et moyen terme des activités de production et pour l’organisation de la distribution, il s’est révélé incapable, cependant, de prévoir la grande crise des banques occidentales qui ont failli effondrer toute l’économie mondiale en 2010.

 

Règle de la conjoncture, le marché est imparfait et impuissant pour décider des grands choix de structure, par exemple. Il faut que quelqu’un voie plus loin pour anticiper le développement en maintenant les grands équilibres sans lesquels des ruptures préjudiciables à tous menacent de se produire au sein de la société. C’est à l’Etat, instance la plus englobante, habilitée à agir de façon neutre et au nom de l’intérêt général, que revient le rôle de pilote et de moteur du développement dans une vision stratégique.

 

Pour être crédible, la réforme a besoin de succès. Le bilan mitigé des premières réformes opérées depuis 1986 a fait beaucoup d’illusions blessées dans l’esprit des guinéens qui ont cru au progrès et qui se reprochent leur naïveté. Ils doivent certainement avoir tort, car est légitime, toute entreprise qui tend à améliorer le sort des hommes. Il faut se défier du scepticisme.

 

Dans la vie des peuples et des nations, il est des moments où tout paraît possible, parce que les tenants du statu quo, ceux qui refusent le changement, sont en perte d’audience et l’opinion réalise que les choses ne peuvent plus aller comme elles vont. D’ailleurs, tous les malheurs de l’humanité sont dus au refus du changement.

 

A cet égard, les graves événements en cours en Afrique du Nord et au Moyen Orient et ceux survenus en Guinée ces dernières années, sont suffisamment révélateurs de la crise liée à la politique d’immobilisme, au refus du changement. La juste mesure des réalités, des difficultés et des obstacles est la seule manière d’assurer à la réforme le succès escompté avec les moindres frais.

 

D’un certain point de vue, la recherche éperdue de l’unanimité, de l’accord de tous, conduit à une impasse. L’équilibre de la société n’est-il pas fondé sur l’opposition des intérêts, souvent contradictoires, des hommes et des femmes qui la composent ? J’estime que c’est de leur confrontation, organisée dans la tolérance mutuelle, c'est-à-dire la démocratie, que peut naitre le progrès. Il serait inutile d’abolir leur rivalité, moins encore de les concilier parfaitement les uns les autres.

 

Le rôle de l’homme public est d’agir, de les soumettre à une règle, d’en moraliser le jeu, d’en aménager l’affrontement. Notre ambition est de parvenir à créer cet équilibre au sein de la société guinéenne, au grand bénéfice de la justice sociale, de la paix et de la stabilité.

 

L’homme public, tout en ne pouvant tout changer d’emblée, doit tantôt innover, tantôt maintenir ce qui est positif, tantôt reconstruire ce qui doit l’être. Il n’ya pas d’avenir pour la réforme si elle ne repose sur la compréhension et l’adhésion de ceux dont elle prétend améliorer le sort.

 

Il est des réformes qu’on doit mettre en œuvre même lorsqu’elles d’abord mal perçues, en comptant sur le temps pour les faire accepter, car l’homme public doit aussi accepter de prendre souvent le risque d’impopularité passagère.

 

Une réforme heurte toujours des intérêts, légitimes ou non légitimes d’un groupe catégoriel, dont la propension naturelle est de se manifester souvent, avec fracas, par le refus du changement. Ceci est vrai de la réforme des forces de défense et de sécurité ; c’est vrai de la réforme en faveur de l’unicité des caisses de l’Etat, c’est vrai de la réforme des changes monétaires, c’est vrai de la réforme du code minier, du secteur pétrolier, c’est vrai de la réforme du fichier de recensement électoral et c’est également vrai de la refonte du fichier de la fonction publique etc.

 

Quoiqu’il en soit, l’adhésion est indispensable. Elle n’a pas besoin d’être générale, elle peut même être faible à l’origine, mais doit tendre à s’élargir si l’on veut que la réforme aboutisse ; elle est rarement spontanée et ne dispense jamais d’un effort d’explication et de persuasion.

 

Alors, à quel scenario de réforme je voudrais vous convier ?

 

 

 

1°) Le scénario de l’inertie

 

Si au cours de la réforme, celle –ci heurte de front les intérêts des lobbies, les pouvoirs ne doivent pas céder à la tentation du renoncement. Il serait dangereux qu’ils abdiquent ou temporisent, esquissant ici quelques réformes, ébauchant là quelques retouches, procédant à des adaptations de second ordre sans rien changer au fond des choses ; ou pire, lançant quelques gadgets médiatiques pour mieux masquer le refus de se mettre en cause. Injecter de petites doses de reformes superficielles est périlleux et conduit à l’inertie, source de crise.

 

2°) Le scénario de la réforme radicale et brutale

 

Ce fut le cas des réformes de 1986, menées de façon autoritaire et généralisée, conçues comme une panacée devant résoudre tous les problèmes. Fondées sur l’apologie du marché, ces réformes ont dépouillé l’Etat de ses missions de régulation sociale. De l’Etat omnipotent, il en a résulté un Etat faible, un Etat subsidiaire.

 

3°) Le scénario de la réforme différenciée, progressive et participative :

 

Je vous convie à militer pour ce scénario de réforme qui se veut pragmatique et cohérente, mue par quelques principes d’action de portée générale, initiée et négociée à la base par ceux qui sont prêts à la mettre en œuvre pour peu que soit reconnue leur responsabilité et acceptée leur capacité d’initiative.

 

Cette stratégie est certainement celle qui est capable de fonder une nouvelle légitimité de l’Etat et de satisfaire les aspirations des agents publics comme celle des citoyens. Pour réussir dans ce contexte, le réformateur a besoin du temps pour agir, car le bon usage du temps joue un rôle essentiel dans le succès de la réforme.

 

 

 

Mesdames et Messieurs,

 

Après ce long développement sur ma vision et les principes directeurs sur la réforme à mener en Guinée, je dois vous inviter à plus de rigueur, de courage et de lucidité dans l’examen critique du diagnostic établi, des axes de réformes prioritaires pour la mise en œuvre du cadre stratégique de réformes institutionnelles et de modernisation.

 

Il me plaît d’exprimer à l’endroit du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), la satisfaction du Gouvernement guinéen pour la promptitude et la diligence avec lesquelles cette institution a bien voulu apporter son assistance technique et financière pour la formulation du document de réforme qui doit faire l’objet de validation au terme du présent atelier.

 

Mes remerciements et mes félicitations s’adressent également à la Banque Mondiale et à la Coopération française pour leur appui financier à la tenue de cet atelier.

 

Je lance un appel pressant à tous les partenaires techniques et financiers afin qu’ils s’engagent substantiellement dans l’accompagnement du Gouvernement guinéen pour la mise en ouvre de la stratégie de réforme de l’Etat et de modernisation de l’administration publique, en tant que document de référence pour toutes les interventions en la matière.

 

J’invite et encourage tous les ministères, notamment le Haut Commissariat à la Réforme de l’Etat et Modernisation de l’Administration, à faire preuve de diligence et d’abnégation dans la mise en œuvre, la coordination, le suivi et l’évaluation des différentes mesures de réformes projetées.

 

En souhaitant plein succès à vos travaux, je déclare ouvert l’atelier de validation de la stratégie de réformes institutionnelles et de modernisation de l’administration publique en Guinée.

 

Je vous remercie"

 

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