Frontière Mali-Guinée : le dispositif anti-ébola reste en alerte

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Trois cordons sanitaires sont installés dans le village de Kourémalé pour qu’aucun voyageur n’échappe au contrôle. La vigilance reste de mise au moment où on assiste à une résurgence de la maladie chez nos voisins.

11 juin : nous sommes à Nougani (village de Kourémalé) à la frontière avec la Guinée Conakry. Il pleut véritablement des cordes et le vent souffle par rafales rageuses. Ce temps orageux perturbe le fonctionnement du dispositif de surveillance Ebola. L’équipe médicale qui officie ici n’est pas équipée pour travailler sous la pluie. Avec l’hivernage qui s’annonce, sa tâche se complique gravement. Et c’est dommage pour notre protection sanitaire contre la terrible fièvre hémorragique à virus Ebola, au moment où la maladie connaît une résurgence chez nos voisins du sud-ouest.
L’équipe médicale est installée dans ce village frontalier pour qu’aucun passager venant de la Guinée Conakry n’échappe au contrôle. Mais sous la pluie, aucun dispositif n’est visible au poste de contrôle. « Qui nous protège dans ce cas ? », lance notre photographe, intrigué par l’absence des agents chargés du contrôle.
Après le déluge, nos toubibs reprennent leur poste. Alors qu’une brise fraîche balaie Kourémalé, un groupe de passagers se soumet au lavage des mains au savon, à la prise de température et à l’interrogatoire de l’équipe médicale du cordon sanitaire. Certains arrivants dissimulent mal une certaine impatience. Indisposés par la fraîcheur ambiante, ils veulent rapidement accomplir les formalités d’usage pour rentrer au chaud dans leurs minibus.
Au même moment, débouche un autre autobus plein de passagers guinéens. Parmi eux, la jeune dame Mariam Diaby essaie de se soustraire à l’obligation du contrôle anti-Ebola. Elle est immédiatement sommée par l’inspecteur Adama Birama Doumbia et ses hommes du poste de contrôle de Kourémalé, de respecter le circuit du contrôle. Elle fait mine de se plier à l’obligation mais finit, de son propre gré, de faire demi-tour pour rentrer dans son pays. Un policier se dit convaincu que la jeune dame n’a pas renoncé au voyage. « C’est une pratique connue. Elle va simplement changer de vêtements pour emprunter un autre car d’ici le soir », confie l’agent.
Au poste de police, l’équipe du cordon sanitaire travaille admirablement en symbiose avec les policiers. Il en est aussi ainsi au cordon sanitaire installé à la hauteur du poste de douane avec le même dispositif de contrôle (kits de lavage des mains au savon, thermomètre infrarouge). L’équipe médicale s’emploie à vérifier la température de tous les passagers des minibus de transport et autres véhicules de particuliers. Ils sont aussi enregistrés et un ticket portant l’immatriculation du véhicule, le nombre de passagers, l’heure et jour de leur enregistrement, est délivré au conducteur pour attester que les passagers ont été contrôlés.
Ce mécanisme permet aux autres cordons sanitaires de savoir le nombre de passagers dans le véhicule et d’exiger le contrôle d’éventuels passagers qui auraient embarqué en cours de route. Ce recoupement permet de minimiser le risque de voir des voyageurs échapper au contrôle anti-Ebola.
Mais les motocyclistes échappent, eux, à cette surveillance. Ils font un incessant va-et-vient entre les deux pays sans être astreints au moindre contrôle. Kassim Koumaré, le responsable du cordon sanitaire au niveau de la douane, admet l’impossibilité de contrôler les nombreux motocyclistes. « Il faut être réaliste, nous ne pouvons pas contrôler tous ces conducteurs de motos que nous voyons traverser des dizaines de fois par jour les frontières », avoue-t-il.
Une particularité : après le contrôle au niveau de chaque cordon sanitaire, une carte Ebola, comportant les numéros verts est donnée à chaque chauffeur pour qu’il puisse appeler au besoin, c’est-à-dire en présence d’éventuels cas suspects.
A Kourémalé, le calme règne actuellement sur le front de la lutte contre Ebola. On est aussi loin de la psychose de l’année dernière au sein de la population. La situation semble bien maîtrisée par les équipes médicales déployées aux différents cordons sanitaires. Mais les responsables de ces filtres anti-Ebola n’entendent pas crier prématurément victoire et baisser la garde. Ils continuent d’appliquer les directives reçues des autorités sanitaires, en déployant aussi des efforts pédagogiques pour expliquer aux passagers les risques liés au virus Ebola.
Tous les spécialistes s’accordent sur la virulence de cet agent pathogène. Il est clairement reconnu qu’un seul cas peut suffire pour contaminer une région entière si les dispositions utiles ne sont pas prises rapidement.
Boubacar Sidiki Nanakassé, le responsable du cordon sanitaire au niveau du poste de police, est conscient de l’ampleur de la tâche. Mais pour lui, c’est une exigence de santé publique et c’est pourquoi les équipes se relaient 24 heures sur 24. Il assure qu’aucun passager avec une température élevée n’est désormais autorisé à traverser nos frontières. La même fermeté prévaut pour les malades grabataires. Ceux-ci sont systématiquement rapatriés, jure notre interlocuteur.
Au Centre de santé communautaire (Cscom) de Kourémalé, le médecin directeur était mission à Kangaba. Nous avons été reçus par son collaborateur, Mory Coulibaly, qui a tenté de justifier l’absence momentanée de l’équipe du cordon sanitaire de Nougani lorsque les fortes pluies s’abattaient sur la localité. « On ne peut pas travailler sous la pluie dans les conditions actuelles », argumente-t-il.
Sur le chemin du retour, notre équipe s’est de nouveau arrêtée au cordon sanitaire de Nougani. Chaka Coulibaly et son équipe étaient bien là, cette fois. Ils nous soumettent au contrôle anti-Ebola et expliquent qu’ils ont du mal à tenir le poste pendant les grosses averses, actuellement fréquentes dans la zone.
Mais globalement, à la frontière avec la Guinée Conakry, la garde est maintenue haute, pour préserver notre pays d’une nouvelle contamination au virus Ebola.

 

B. DOUMBIA

Source: L'essor

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