Gueguerre autour des fichiers électoraux : l'Afrique doit grandir

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Les polémiques liées aux fichiers électoraux sont décidément le sport favori des Africains. Ces bases de données qui servent à identifier les électeurs régulièrement inscrits sur les listes ont toujours été récusées par les partis politiques de l’opposition et les organisations de la société civile.

Quant au pouvoir en place dont l’Administration est l’acteur principal de l’élaboration de l’élément contesté, il a toujours ou presque rejeté en bloc les critiques quand bien même les imperfections relevées crèveraient l’œil. Certes, le principe du débat contradictoire est à saluer en ce sens qu’il témoigne de l’existence d’une liberté d’opinion et d’appréciation, et peut également susciter des propositions diverses et enrichissantes. Mais le dépassement de soi et l’auto-critique nécessaires à une analyse objective des idées et arguments émis par les différents camps font malheureusement défaut de part et d’autre.

Si fait que cette montagne de guéguerre dressée autour des fichiers électoraux en Afrique finit toujours par accoucher d’une petite souris. Chaque partie tient coûte que coûte à avoir raison en tirant la couverture de son côté. Toutes ces gesticulations généralement sous forme de positions radicales autour d’un instrument qui, il faut le reconnaître, joue un rôle central dans l’organisation d’un scrutin, finissent par convaincre que chaque protagoniste veut avant tout tirer le meilleur parti de ce jeu. Les listes électorales dans les pays africains sont mises en place et contrôlées par une administration dont la dépolitisation demeure un vœu pieux.

Ces fichiers font difficilement l’objet de vérification indépendante en vue d’écarter toute erreur évitable. Tout porte à croire que les pouvoirs en place créent et/ou maintiennent les irrégularités pour rendre le système vulnérable. Ils auront ensuite le loisir d’exploiter ces failles pour réussir leur supercherie dont la base a été posée dans le recensement électoral qui, à dessein, n’aura permis de faire aucune distinction entre vivants et morts.

Cette incurie sciemment cultivée s’appuie sur le retard accusé par les administrations dans la réduction de la fracture numérique. Car, les informations qui servent à constituer les fichiers électoraux informatisés sont généralement elles-mêmes collectées, traitées, stockées et gérées manuellement. Les états civils fonctionnent avec des moyens et des méthodes antédiluviens qui ne permettent pas leur mise à jour systématique et infalsifiable. Et le réflexe de la magouille est tellement ancré dans les habitudes de bien des dirigeants africains que même quand ils peuvent remporter en toute transparence une consultation électorale, ils ont du mal à se départir de leur penchant de tricheurs. En guise d’illustration, l’on se rappelle que l’une des taches ayant assombri le tableau de la récente présidentielle burkinabè était la liste que la promesse de croisement non tenue a délestée d’une bonne partie de sa crédibilité. Les tâtonnements involontaires ou conscients sur la construction des fichiers électoraux sont visiblement l’apanage des gouvernants africains.

Car l’exemple du pays des Hommes intègres est loin d’être isolé. Des cas précédents plus ou moins graves ont déjà été enregistrés au Togo et au Bénin, et il n’est pas à exclure que le Gabon et la Guinée Conakry emboîtent le pas à ces mauvais exemples. Malgré les contestations et les contre-propositions faites par les opposants au système, l’option des régimes en place consiste, apparemment, à faire passer la caravane malgré l’aboiement du chien. Toutefois, cette situation déplorable qui fait planer et subsister le doute sur la transparence des scrutins en Afrique ne saurait être entièrement ou exclusivement responsable de l’échec des oppositions du continent. Celles-ci oublient le plus souvent leur mauvaise préparation caractérisée d’une part par leur incapacité à s’unir pour être plus percutantes, et d’autre part par une campagne de dénigrement de l’adversaire. Au lieu de présenter aux électeurs des programmes convaincants, nombre d’opposants africains essaient, sans scrupules, de noyer l’opprobre de leur piètre performance dans un océan de critiques.

Il est donc temps que les leaders africains de tous bords se montrent plus conséquents et plus responsables en assumant leurs actes et leurs conséquences. Si celles-ci sont fâcheuses au point qu’ils ne veuillent point les subir, il reste une solution, et la meilleure, sinon la plus noble d’ailleurs, qui est de les éviter. Ce n’est pas leur donner la mer à boire que de demander aux gouvernements africains de faire preuve de bonne foi et de bonne volonté en fournissant des fichiers électoraux exempts de critiques justifiées. L’Afrique doit grandir à travers ses acteurs politiques dont les opposants qui doivent apprendre à faire leur autocritique.

Le débat fait actuellement rage au Mali où l’opposition réclame un fichier biométrique dont l’élaboration, à en croire le gouvernement de ce pays, serait impossible dans les délais impartis pour l’organisation des prochaines élections générales. Les Maliens trouveront-ils enfin le remède adéquat à ce mal africain qu’est le problème des fichiers électoraux ? Leurs chances de réussite sont d’autant plus grandes que, même si le parti du président en exercice est partant pour la course à la présidentielle, le chef de l’Etat lui-même n’est pas candidat à sa propre succession. Il lui appartient, dans le but de quitter le pouvoir, la tête haute, de rechercher une solution consensuelle et surtout honorable à cette question qui risque de diviser ses concitoyens.

Les Africains doivent faire désormais preuve de maturité en évitant de s’attacher aux échéances qu’ils ont la mauvaise habitude de prendre comme alibi pour refuser tout report dans les calendriers électoraux. La position de l’opposition malienne n’est du reste pas figée. L’essentiel pour elle étant d’avoir l’assurance d’aller aux élections sur la base d’un fichier plus fiable que l’actuel qui date d’une décennie et dont des experts disent qu’il ne tient pas du tout la route. A l’administration malienne de saisir cette brèche pour, à défaut de reporter les élections pour reprendre tout le fichier, faire au moins le toilettage nécessaire pour rendre le fichier incriminé plus crédible. Si elle réussissait cet exploit, et si son exemple faisait école sur le continent, plus que le Mali, c’est toute l’Afrique qui y gagnerait et qui en sortirait grandie.

"Le Pays"

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