Guinée: Le bal des enfants de choeur du RPG

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Les grandes manœuvres sont en cours. Il s'agit , vous ne vous en doutez pas des manœuvres pour l'élection présidentielle en République de Guinée en octobre 2015. Mais qui doute que ces manœuvres sont en cours depuis le mois de janvier 2011?

On ne peut pas se résoudre à croire, je ne peux pas faire semblant de croire qu'un grand nombre de mes compatriotes sont aussi naïfs pour penser que c'est maintenant que le pouvoir d'Alpha Condé a ouvert unilatéralement le bal de la campagne de l'élection présidentielle.

Le Président guinéen très peu satisfait, c'est un euphémisme, quoique vainqueur déclaré des résultats de l'élection de 2010, s'est mis dans la peau d'un candidat en campagne électorale dès son installation à la présidence en janvier 2011. Cela s'est passé comme s'il était à la recherche d'une revanche plus éclatante.
Cette campagne a commencé, faut-il le rappeler, par des voyages inutiles, aux coûts élevés, aux quatre coins du monde, au prétexte du commis voyageur devant débusquer ici ou là des investisseurs à convaincre de venir en Guinée. Qui connaît le continent qui a échappé à ces voyages ? Qui connaît la conférence internationale qui a échappé à ces sollicitations ? Ici, les G7 ou G20, là, les Davos pour ne citer que ceux-là. Mais la liste est longue. Qui connaît des entreprises venues investir dans notre pays ? Dans le même temps , un nombre des unités économiques qui fonctionnaient cahin-caha sous Lansana Conté ne sont plus du monde des entreprises vivantes comme Rusal à Fria . Mais cela n'a pas mis en berne les fanfaronnades du pouvoir. Sur ces sujets, des remarques que certains de ceux qui tirent périodiquement la sonnette d'alarme, étaient faites pour attirer l'attention des gouvernants sur la très mauvaise situation guinéenne qu'ils trouvaient en début de l'année 2011. Mais l'impréparation des nouveaux gouvernants ne leur a pas permis de passer des réunionites de copains à la gestion d'un Etat. D'où des tapages récurrents sur certaines réalisations qui sont en fait toujours à l'état de projets.
 
Les visites aux pays profonds guinéens, pour remercier leurs habitants de leurs votes de 2010 et leur dire et rappeler de vive voix les promesses et les chantiers que le gouvernement du RPG allait incessamment mettre en route, ont été inexistantes. Ces visites pouvaient attendre. Le regard sur le régime guinéen de l'étranger a semblé compter beaucoup mieux que ce que pouvaient penser les Guinéens lambda. D'ailleurs les différents publireportages dans la presse internationale plus à destination du regard de l'étranger sont souvent loin des réalités guinéennes. Et des voyageurs « aveugles » ne rapportent que ce qu'on leur transmet en haut lieu. C'est surtout en cette année 2015 d'élection que le Président Alpha Condé se rappelle aux souvenirs des Guinéens de l'intérieur en leur rendant visite bien avant l'ouverture officielle de la campagne électorale.
 
Et c'est en cette année que le bal somnolent des enfants de choeur du RPG s'endiable. Ils parlent avec emphase de l'accueil triomphal que le Président rencontre dans différentes villes lors de ses déplacements. Mais a-t-on jamais vu , depuis 1958, passage d'un Président guinéen dans une ville sans que des liesses populaires ne l'accueillent ? Les plus âgés des Guinéens qui ont vécu sous la colonisation, peuvent témoigner avoir assisté à de semblables liesses populaires lors de visites du Gouverneur français en résidence à Conakry dans leurs localités. Alors comme indicateurs de popularité, les liesses populaires dans la Guinée profonde ont des limites rapidement atteintes. Ce qui ne veut pas dire qu'elles ne serviront pas à légitimer des fraudes électorales, le moment venu.
 
L es réformes énumérées par la Cellule de Communication du Programme de la Réforme de l'Etat et de la Modernisation de l'Administration (PREMA) et les réalisations alignées sur du papier ne sont souvent dans la réalité qu'écran de fumée au bilan du quinquennat. Heureusement qu'est intervenue fin mai 2015 le lancement du barrage hydroélectrique de Kaléta dont il faut se réjouir de la réalisation. Souhaitons seulement que Kaléta ne connaisse pas le type de mauvais fonctionnement qu'avait connu en son temps le barrage de Garafiri. Salué très bruyamment lors de son inauguration en 1999 sous Lansana Conté par l'ancien Président français Jacques Chirac, ce barrage a montré des signes de défectuosité moins d'une décennie plus tard. Selon des spécialistes de ce genre d'ouvrage, c'est sa mauvaise mise en œuvre qui a conduit à son incapacité de fournir même à Conakry seul, assez d'électricité. Aussi tout en saluant la réalisation de Kaléta, sachons raison gardée, en nous souvenant, entre autres, de la formidable tentative d'industrialisation du Plan triennal 1960-1963 qui n'a pas survécu à la Première République (1958-1984). Par la suite d'autres projets mirobolants ou réalisations sont demeurés ou dans les cartons ou ont tourné court alors que des fêtes leur avaient été dédiées. Pour le quinquennat finissant, il est indéniable que l'irruption de l'épidémie de fièvre à virus Ebola, en fin d'année 2013, a et aura encore des effets négatifs sur la socio-économie guinéenne. Mais même sans Ebola, il était à prévoir, sans grand risque de se tromper que les résultats du quinquennat 2011-2015 ne seraient pas bons pour la Guinée. J'en ai donné des explications dans des chroniques précédentes. Les deux principales raisons de l'échec du quinquennat, de mon point de vue, résidaient, d'abord, dans la totale impréparation d'Alpha Condé et de son équipe (à part un ou deux dont Yansané Kerfala) qui n'avaient pas une idée précise du travail gouvernemental ; ce qu'on a appelé la longue opposition politique du Président guinéen n'était que du vent ; c'est ensuite l'autre ferment de cet échec qui était la trop forte propension du chef de l'équipe pour la politique politicienne. Et celle-ci s'est renforcée avec la tentation ethnocentriste de son pouvoir. Diviser pour régner est une réalité qui se constate . Le phénomène de l'ethno-stratégie était inconnu en Guinée sous la colonisation, son utilisation comme adjuvant à la politique de ségrégation dans la population n'est intervenue que quand les politiciens guinéens sont entrés en scène. Qui aurait cru à un recours à cette stratégie de la part d'un universitaire, en ce XXIe siècle mais qui,  jugeant tout de même cette situation indigne, jure par tous ses Dieux qu'il a eu des copains peuls de tous les pays africains du sud - Sahara ? Avoir eu des copains quand on n'était responsable de rien et comparer ce cas de figure à celui d'un Chef d'Etat, responsable de la cohésion de toute une nation, cette comparaison ne tient pas la route.
 
Le problème majeur dans notre pays est sa cohésion sociale et c'est de la question peule dont il s'agit, non pas du fait des Peuls en tant que tels, mais de l'action nuisible de quelques-uns des décideurs du pays qui entraînent beaucoup d'autres avec eux. L'hypocrisie ambiante en Guinée ne veut pas voir en face cette réalité. La détestation irrationnelle, pas toujours ouvertement avouée, envers nos compatriotes Peuls a été fortement cultivée dans les rangs du RPG qui est presque devenu un Parti-Etat en République de Guinée. Les Guinéens parlent tous d'unité nationale, mais peut-être à la condition pour certains que d'autres s'alignent derrière eux. Toutes les supputations, les ragots de caniveau et les mesquineries à faire honte au diable sont concentrés sur El hadj Cellou Dalein Diallo , leader du principal parti en face du pouvoir, L'UFDG, pour le détruire politiquement. Cet homme aux qualités humaines et politiques rares dans le paysage politique guinéen est devenu la cible de nombreux militants ignorants du parti du pouvoir, parce qu'en haut lieu de ce pouvoir, on sait qu'il est l'homme qui peut donner du fil à retordre au Président actuel. Cellou Dalein Diallo a plus de qualités d'un humaniste que d'un ethnocentriste borné. Je suis convaincu que s'il avait été au pouvoir depuis 2011, les principaux personnages de l'encadrement sociopolitique du pays n'auraient pas été les seuls Peuls. Depuis cette date, il aurait, à présent, réalisé plus de consolidation pour la nation guinéenne. Toute la hargne que des meutes lui adressent est sans aucun fondement. Il a des qualités élevées et la tendance est vieille de vouloir piétiner l'homme de qualité dans notre pays. Quand on lui reproche que le gros de ses électeurs sont des Peuls, qui a reproché à Alpha Condé que le gros de ses électeurs sont des Malinkés ? Ces faits de la sociologie électorale sont des réalités que des politiciens préoccupés par leur carrière ont exacerbé dans notre pays. Je l'ai répété plus d'une fois que l'intelligence au service de la politique aurait fini par conduire des partis politiques quasi ethniques en partis politiques nationaux. Cela a été le processus normal de la formation de partis politiques nationaux dans des pays multiethniques. Cette compréhension des choses aurait conduit les Guinéens à se pénétrer de l'idée que chacune de nos pauvres vies n'est rien en face de ce que la Guinée éternelle pourrait représenter. Chaque fois que je retourne dans ma tête l'absurde haine que distillent sans gêne contre les Peuls guinéens des compatriotes limités et manipulés par leur parti politique, je n'arrive pas à en comprendre les fondements. Pendant les cinquante sept ans d'existence de la République de Guinée, aucun dirigeant politique peul n'a exercé la magistrature suprême du pays et commis des vilenies contre le peuple pour qu'on ait gardé une dent dure contre son ethnie. Pourtant les hommes de qualité n'ont pas manqué et ne manquent toujours pas au Fouta. Nous, Guinéens, sommes encore à une étape de notre évolution en tant que nation où les symboles comptent dans la tête des citoyens même et surtout des citoyens lambda. L'un de ces symboles reste le Chef de l'Etat en Afrique même si cela ne change matériellement rien à la vie de tout un chacun . Il faut que survienne enfin, partout en Guinée ce symbole pour un apaisement des cœurs et des esprits et pour l'édification d'une nation solidaire et fraternelle. La Présidence de la République est passée par les trois autres régions, pourquoi pas La Moyenne-Guinée ? Il ne s'agit pas d'octroyer la présidence à une région, mais de faire en sorte que le libre choix des électeurs ne soient pas faussé où que ce soit par des fonctionnaires publics et autres délégués territoriaux en mission commandée. En prônant cette ligne , est-ce que je reprends la thèse prêtée en son temps au Doyen Ba Mamadou, (paix à son âme) ? Toujours est-il que le goulet d'étranglement que constitue cette question doit avoir des adeptes toujours plus nombreux pour en venir à bout et trouver une solution à plus de consolidation de l'unité guinéenne. Aucune élection ne réglera cette réalité guinéenne si les politiciens de tous bords ne s'y attaquent pas franchement. Alors les mots unité nationale guinéenne ne demeureront que de vains mots.
 
En fait, en l'état actuel des mentalités et des consciences, la consolidation nationale semble loin de vue encore, car toutes les manœuvres subalternes dans lesquelles excelle Alpha Condé, le conduiront à n'en pas pas douter, à avoir son deuxième quinquennat sans vraiment rencontrer de problèmes majeurs.
 
L'Opposition en face... Mais quelle Opposition, son problème d'unité d'action est gravement mis en cause. Des prises de position d'un des principaux leaders, en l'occurrence Sydia Touré me paraissent incompréhensibles et je ne dirais pas plus là-dessus.
 
Puisque la réélection est déjà acquise selon la camarilla qui entoure le pouvoir, Guinéennes et Guinéens ! Circulez, il n'y a plus rien à voir ! Le bal des enfants de choeur du RPG peut se poursuivre joyeusement , ils peuvent même fêter dèjà la réélection de leur héros car même si l'Opposition en morceaux venait à opter pour la non participation à l'élection, certaines de ces exigences n'ayant pas été satisfaites comme le calendrier électoral, le pouvoir a sans doute déjà prévu des candidats opposants de substitution pour se donner une apparence démocratique. Depuis 2009, le capitaine Moussa Dadis Camara relégué en résidence forcée au Burkina Faso , vient, brusquement, de sortir de son silence pour éventuellement envisager d'être candidat. Alors qu'il avait été empêché de passer par Conakry pour les obsèques de sa mère en Guinée-Forestière , il devra sillonner tout le pays y compris Conakry pour sa campagne électorale. D'ailleurs n'ayant pas été poursuivi comme Chef du CNDD pour les massacres du 28 septembre 2009 à Conakry, pas grand monde n'avait compris pourquoi le pouvoir en place l'empêchait de rentrer dans son pays. Sa sortie du bois avait été précédée par des manifestations de femmes à Nzérékoré en faveur de son retour au pays alors que dans le même temps d'autres manifestations populaires avaient été interdites à Conakry. Encore de la tactique politicienne, ce poison qui englue toute l'évolution sociopolitique de la Guinée.
 
Ansoumane Doré, Dijon, France.
 
 
 

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