Guinée: les barons du football

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Trois hommes d'affaires ont décidé d'investir une partie de leur argent et de leur temps dans trois grands clubs de Conakry. Vaine compétition ou saine émulation ? De l'argent, des ambitions et du temps : ce sont les trois incontournables pour durer dans le milieu du football, où l'on a coutume de dire que, "pour devenir millionnaire, il faut arriver milliardaire".

Ce sport, qui fait tourner les têtes au point d'en ruiner certains, continue d'attirer des investisseurs, prêts à prendre tous les risques pour assouvir leur passion et, accessoirement, assurer leur notoriété.

En Guinée, trois hommes se livrent une compétition acharnée, qui sert aussi les intérêts du football local. "Quand trois des plus grosses fortunes du pays décident d'acheter des clubs, cela rejaillit sur l'ensemble du foot guinéen et crée une émulation intéressante. Mais il faudra juger sur la durée", résume Michel Dussuyer, sélectionneur de l'équipe nationale entre 2010 et février 2015 et témoin privilégié de cette petite révolution.

Antonio Souaré, le PDG de Guinée Games, a ouvert le bal en 2011 en s'offrant l'Horoya AC, l'un des plus grands clubs du pays. Son initiative a donné des idées à Aboubacar Sampil, le patron de Nimba Holding (qui regroupe une dizaine de sociétés), devenu propriétaire de l'AS Kaloum. Puis ce fut au tour de Kerfalla Person Camara (alias KPC), le dirigeant de la Guinéenne de construction et de prestation (GuiCoPres), de se laisser tenter par l'aventure. Début 2013, il a racheté le mythique Hafia FC, lassé de voir le triple champion d'Afrique des clubs (1972, 1975, 1977), formation la plus titrée du pays (15 titres nationaux, dont le dernier en 1985), végéter dans les eaux troubles du classement.

Salaires attrayants

"Tous trois veulent d'abord dominer le football guinéen, puis rayonner en Afrique. Sampil a même l'ambition de voir l'AS Kaloum devenir, à moyen terme, le club numéro un du continent", explique Pascal Janin, qui a entraîné ce club d'août à décembre 2014. "Pour eux, le modèle à suivre est celui du TP Mazembe [de Lubumbashi, en RD Congo, présidé par l'homme d'affaires Moïse Katumbi Chapwe], poursuit l'entraîneur français. Les trois présidents proposent des salaires attrayants et ont fait revenir des internationaux guinéens qui évoluaient à l'étranger pour dynamiser le championnat. Cela prendra du temps, mais ces trois présidents ont la même volonté de professionnaliser les clubs à tous les niveaux, notamment leurs structures sportives et administratives. Pour le moment, Horoya est en avance, mais Kaloum et Hafia progressent." Début novembre 2014, Aboubacar Sampil a ainsi revendu son club à Bouba Sampil Management (BSM), l'une de ses entreprises, pour lui permettre de se professionnaliser en passant du statut de club associatif à celui de société commerciale.

Engouement

Si certains fins connaisseurs du contexte local émettent quelques réserves, cette triple initiative est globalement bien accueillie en Guinée. "Sur la forme, c'est positif. Le niveau du championnat s'améliore, cela crée un engouement du public et on peut espérer qu'à court terme des équipes guinéennes rejoueront un rôle au sein des compétitions entre clubs sur le continent", souligne Morlaye Soumah, l'ancien capitaine du Sily National, qui se réjouit de voir que les joueurs de ces trois clubs ont aussi vu leur niveau de vie s'améliorer. Mais pour cet ancien défenseur guinéen, qui a fait l'essentiel de sa carrière à Bastia (1991-1993 et 1994-2004), "Souaré, Sampil et Camara, très occupés, ne s'entourent pas toujours de personnes compétentes. Certes, ils achètent des joueurs et les rémunèrent bien. Il n'empêche : on se retrouve avec des effectifs pléthoriques et, surtout, les équipes ne s'entraînent pas dans de bonnes conditions".

Même s'il existe des projets, à Horoya et à Kaloum, pour que les clubs disposent de leur propre centre d'entraînement, les équipes de Conakry doivent en effet se partager le terrain du stade national du 28-Septembre. "Enfin, si trois clubs bénéficient désormais de moyens importants, les autres sont quasi démunis. La Fédération ne les aide pas, et un écart très important se creuse", regrette Soumah.

Source: jeune afrique

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