Guinée / Lutte contre Ebola: La pandémie qui empoisonne la vie guinéenne

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Depuis l’apparition du virus Ebola en Guinée, il y a de cela plus d’une année, le gouvernement de ce pays multiplie les actions en vue d’éradiquer définitivement cette pandémie qui a fait plus de 10 000 morts principalement dans trois pays de l’Afrique de l’Ouest à savoir : le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée Conakry.

En plus de ses conséquences économiques (absence d’investissements adéquats, transactions commerciales nulles, embargos aériens et sur les produits alimentaires d’exportation), Ebola risque de s’inviter dans le débat politique guinéen puisque le pays prépare l’élection présidentielle le 15 octobre prochain. Faut-il, dans ces conditions, ramener le bilan du quinquennat du président actuel, Alpha Condé, à la lutte contre cette fièvre mortelle ou à la pacification du pays ? Un pays exsangue, ayant tout mais qui manque de tout.

« La Guinée is back ». Ce slogan de campagne du président Alpha Condé, élu en 2010, au terme d’un scrutin transparent, pluraliste et démocratique, pour la première fois depuis l’indépendance de ce pays en 1958, raisonne encore dans la conscience dans millions de Guinéens qui ont voté pour lui ainsi que des centaines de milliers de personnes à travers le monde qui ont été témoins de cet événement historique. Qu’en est-il de la réalité aujourd’hui à deux mois et 28 jours de l’élection présidentielle ? En effet, le 15 octobre prochain, les Guinéens seront appelés aux urnes pour élire leur président. Alpha Condé, qui est candidat à sa propre succession, devra affronter des challengers notamment les chefs des partis d’opposition.
La réalité est que le bilan du chef de l’Etat actuel est plombé par l’effort colossal qui a été consacré à la lutte contre Ebola au détriment des autres secteurs d’activité socioéconomique. Déjà, avant son accession à la magistrature suprême, Alpha Condé a trouvé un pays surendetté, une économie laminée pour ne pas dire en lambeau. Après quatre ans de pouvoir, il a fait sortir la Guinée de la liste des PPTE (pays pauvres très endettés). Avant la découverte de la pandémie Ebola, le pays avait renoué avec les bailleurs de fonds, les institutions financières internationales et les organisations de défense des droits de l’homme à l’échelle planétaire, faire entrer la Guinée dans le cercle restreint des pays recommandable en Afrique. Son partenariat avec les pays de la sous région, du continent et de plusieurs autres Etats mondiaux ont connu une envolée spectaculaire dont le Maroc. Un pays avec lequel la Guinée entretient des relations économiques et politiques exemplaires.
Faut-il rappeler, à ce sujet, que le royaume chérifien a accueilli, en septembre dernier à Casablanca, le forum économique Maroc-Guinée, au pire moment de sa lutte contre Ebola sans oublier le maintien les dessertes Casablanca-Conakry par son partenaire maghrébin.
Mais pour les opposants à Alpha Condé, le bilan du premier président démocratique élu n’est pas satisfaisant car, à part la capitale, les autres villes de la Guinée manquent cruellement d’eau potable, d’électricité, d’infrastructures routières et d’habitat sans oublier la pauvreté et la cherté de la vie à cause d’un pouvoir d’achat inexistant. Sont-ils dans leur habit de critiquer pour critiquer ? La réponse à appartient à tous ceux, particulièrement les Guinéens, qui ont connu ce pays d’avant 2010 et aujourd’hui.
Mais une chose est sûre, et on ne peut être d’accord qu’avec le président sortant et candidat à sa propre succession quand il dit, dans un entretien accordé à une chaîne internationale que « Ebola a fait fuir les investisseurs », avec ses conséquences que l’on sait. Et c’est d’ailleurs, avec satisfaction, que le président guinéen salue la « mobilisation exceptionnelle » des donateurs pour aider les trois pays les plus touchés par le virus Ebola : le Liberia, la Sierra Leone, et donc la Guinée. C’était à l’occasion d’une conférence organisée à New York sur la question, au cours de laquelle a l’ONU a annoncé avoir reçu des promesses de financement à hauteur de 3,4 milliards de dollars sur deux ans pour redresser leurs économies dévastées par l’épidémie de fièvre hémorragique.
Cependant, le président guinéen reste prudent en soulignant : « le véritable problème est qu’il ne faut pas que les annonces soient des effets d’annonces, mais que ça soit suivi concrètement. Très souvent, nous avons vu qu’on faisait des annonces, mais concrètement on atteignait à peine 20 % de ce qui avait été annoncé. Nous espérons que cette fois-ci, étant donné que tout le monde a vu les conséquences d’Ebola sur notre économie, les chiffres annoncés, ce seront les chiffres réels qui seront déboursés ».
Partant de ces constats, Alpha Condé se laissera-t-il se distraire d’une éventuelle alliance entre le chef de l’opposition Cellou Dalien Diallo (candidat malheureux de 2010) et Moussa Dadis Camara (ancien chef de la junte militaire guinéen, aujourd’hui inculpé pour les événements du 28 septembre ayant fait 158 morts et une centaine de femmes violées) ? A cette question, Alpha Condé ne manque pas d’humour politique : « Non, pour moi c’est un non-évènement. Je ne m’occupe pas de ça pour le moment, je m’occupe de guérir d’Ebola et de faire avancer la Guinée ».


Verbatim

Question : En quoi la crise Ebola est-elle une crise particulière ?

Alpha Condé : C’est une crise particulière parce que, un, elle fait peur ; deux, elle a fait fuir tous les investisseurs au moment où la Guinée partait ; et trois, ça fait peur aux populations parce que c’est contraire à toutes nos habitudes et ensuite c’est une maladie inconnue. Quand vous avez une maladie inconnue qu’on ne sait pas comment guérir, ça panique tout le monde.

Question : Vous êtes le président d’un pays meurtri. Aujourd’hui, quelle est la situation en Guinée d’un point de vue moral, économique et du point de vue de son secteur de santé ?

Alpha Condé : Du point de vue du secteur de santé, Ebola a mis en lumière les carences de notre système sanitaire, tout le monde se rend compte aujourd’hui que nous devons radicalement changer notre système sanitaire. Deuxièmement, notre économie est à terre parce qu’au moment où on a signé tous les contrats miniers pour plus de 35 milliards de dollars, Ebola est venu mettre la plupart de ces contrats à terre, les gens sont partis. Et aujourd’hui, l’économie et les finances sont à terre sans compter le coût humain, parce que non seulement il y a des morts, mais il y a des orphelins, des veuves, etc. c’est vraiment une catastrophe pour notre pays.

Source: l'Opinion

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