Hommage aux victimes du 28 Septembre 2009 - Soif de Justice (partie 3)

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Bonne fête d'indépendance, pour l'ensemble de nos martyrs tombés sous le poids de l’oppression externe et interne, afin de nous conquérir une parcelle de liberté. Notre fête Nationale aurait été plus belle si cette année nous la célébrions avec le sentiment que Justice et Solidarité ont été reconquises en Guinée. Voici la troisième partie de la série que republie depuis le 27 Septembre 2012 en hommage à ces victimes, je rappelle que cette série fût écrite le lendemain de ces douloureux évènements.

« Point de négociation, il faut arrêter la bêtise collective (3eme partie) »:

J'ai retiré l'avant propos de cette partie, qui s'adressait aux leaders d'opinion, pour ne présenter que l'essentiel qui est en lien avec l'actualité. De même, je ne republierai pas la 4ieme et dernière partie.

3— Organiser la résistance : pourquoi ?

À mon avis, il faut éviter de vouloir absolument sortir de crise, sur la base de compromissions « intelligentes » comme ce fut le cas en 2007 : Lansana Conté, en situation de faiblesse, s’était vu offrir une porte de sortie qu’il a vite fait de saisir. Nous savons le reste !

Ne perdons pas de vue que l’objectif de la communauté internationale CI, notamment la CEDEAO, n’est pas nécessairement ce qui préoccupe le peuple guinéen. Elle veut tout simplement éviter une nouvelle déstabilisation du pays qui entrainera indubitablement celle de toute la sous-région. En témoigne, la déclaration suivante concernant la mission de Blaise Compaoré (Président du Burkina Faso et médiateur désigné par ses pairs de la sous-région) :

« son objectif est de voir comment il peut aider à trouver les moyens de baisser la tension, redynamiser le processus de transition en Guinée, reprendre le dialogue entre les autorités et les forces vives et voir comment on peut aller vers des élections crédibles et transparentes en Guinée ». Selon les sources, cette déclaration est attribuée au Président du Nigeria, Umar Yar’Adua, ou celui de la commission de la CEDEAO, Mohamed Ibn Chambas. Quoiqu’il en soit, le problème est que dans la zone CEDEAO et en Afrique en général, bon nombre de conflits sont « résolus » sur la base de compromis qui n’arrangent que la classe dirigeante et les carriéristes de ces organisations régionales. Le peuple, et ses préoccupations, est souvent laissé dans le plan parce que, comme dans chaque emploi, ces « facilitateurs » ont aussi des « critères d’évaluation » (auxquels ils doivent se soumettre) et le principal dans leur cas est celui de la réussite du maintien de la paix ou de la stabilité géopolitique. Preuve : La relative paix en Côte-d’Ivoire et au Togo est attribuée à notre facilitateur du Faso, en retour, son passé ne compte plus et les conditions de cette paix importent peu, pourvu que le peuple avalise et reste tranquille.

Ainsi, si les Guinéens baissent les bras et que cette communauté internationale estime que le maintien d’un fou, comme Dadis, permettra de stabiliser le pays, elle encouragera ce scénario que nous redoutons tous. Elle ne mènera pas notre lutte à notre place. (Nous savons maintenant que c'est le principal critère qui a conduit au soutien dont Alpha Condé a bénéficié de la part de ladite « communauté internationale »...Autre débat, autre texte, bientôt).Par ailleurs, il faut s’inquiéter lorsque le club de copains de la CEDEAO décide de devancer le reste de la communauté internationale (en proposant des négociations dirigées par ledit club, avec Compaoré comme facilitateur), alors que cette dernière parle de sanctions et de mesures

d’urgence telles que l’envoi d’une force d’interposition. Nous savons quels sont les membres de ce club et tous les blasons qu’il faut redorer dans la sous-région. Le gouvernement libérien vient d’ailleurs de démontrer que leur paix est plus importante que celle de notre pays en niant la présence d’anciens rebelles Libériens dans notre territoire alors qu’il y a quelques années, et même jusqu'à présent, il était reproché à la Guinée d’héberger leurs rejets. Cette attitude les oblige, de facto, à soutenir le mensonge du groupe de Conakry quant à l’existence d’une milice secrète (étrangère), malgré les témoignages de nos leaders politiques (entres autres). (Revoir ce témoignage dans la première partie).

La stabilité de la sous-région et de certains pays ne doit pas se maintenir au prix de l’impunité chez nous.

Aux leaders politiques : Ne vendez plus nos morts.

Après le mémorandum que les Forces Vives viennent de soumettre à l’attention du président Blaise Compaoré (à cet effet, j’ai dû revoir le contenu de ce texte) on ne peut qu’exprimer son « adhésion totale » au contenu du document dont certains points sont des préalables à toute forme de négociation : il ne s’agit donc pas de points à discuter, mais de conditions à remplir par l’autre partie avant de s’inviter à la table, comme dans toute négociation.

La position exprimée par certains d’entre vous n’est pas que « radicale », elle est essentielle et fondamentale pour éviter toute bavure.

* Étant leaders politiques, vous êtes certainement soumis aux règles du jeu international qui veut privilégier le dialogue et la négociation en toute situation de crise. Toutefois, dans chaque négociation, les règles et les arguments des uns et des autres doivent être définis : si certains de ces arguments peuvent faire l’objet de compromis, les compromissions sur les crimes de sang et contre l’humanité n’ont jamais fait le bonheur d’un peuple à long terme. En témoignent nos disputes des cinquante dernières années et la division que suscitent tous les crimes restés impunis jusqu’à nos jours : Chaque Guinéen estimant que ses morts sont plus importants que ceux des autres. Il y va donc de l’avenir de la Guinée.

* Concernant ces crimes : partout où ils furent punis, la négociation portait sur les mécanismes juridiques à mettre en place pour éviter que le peuple se fasse justice en faisant

sombrer le pays dans un chaos indescriptible. Si cela devait arriver dans notre pays, nous ferons face à un conflit complexe. De même, si vous pariez sur une solution venant de l’armée, notre pays risquerait de sombrer dans un conflit multi-factionnel entre groupes ethniques armés. Vous devrez avoir commencé à comprendre cette situation et ce n’est pas en niant la possibilité d’une telle guerre, que la Guinée en évitera : certains d’entre vous portent les stigmates encore frais d’une atrocité que beaucoup de Guinéens disaient, hier encore, impossible chez nous (Des leaders politiques furent eux même victimes d'atrocités ce jour). Ce qui me ramène à insister sur l’obligation d’unité qui vous incombe et si vous êtes vraiment patriotes vous pourrez sauver la nation du chaos : c’est l’autre volet de votre mission. Le Guinéen ne peut plus reculer, il est déjà dos au mur et réclame justice.

* Dans le bras de fer qui s’annonce, vous devez être les avocats du peuple et non des pacificateurs comme le font nos « sages » : si ces derniers ont un rôle à jouer dans la société, c’est celui d’accompagner moralement et spirituellement les victimes et leurs familles : on se doute qu’ils n’en voudront pas parce qu’il n'y a aucune rémunération et cela ne fait pas (d'eux) « officiel » de la nation, mais la comédie n’a que trop duré, à chacun sa place dans la

société.

* Évitez d’encourager ou tolérer des opinions qui suscitent la division et la crainte d’une récupération : en communiquant abondamment pour taire les rumeurs et éviter la formation « de légendes urbaines ». Nous n’en avons que trop souffert et personne n’en est sorti vainqueur, excepté les opportunistes. Nous ne devons pas faciliter un sondage d’opinion à vos adversaires : leurs leaders et partisans ne doivent pas avoir besoin de « faire campagne » pour qu’ils rejoignent le lot auquel ils appartiennent (au tribunal). L’avantage pour nous est qu’il sera facile d’indexer et dissocier les coupables des victimes, sans ambigüité.

* Plus important, invitez vos partisans et « comités de soutien » à s’abstenir de toute discussion politique en faveur de l’un ou l’autre ; évitez les querelles de leadership et de positionnement de vos partis respectifs : C’est l’occasion, pour vous, de dire au peuple qu’il est indivisible avec des actes concrets à l’appui; qu'il n’y a pas d’ethnie, pas de parti politique. Aujourd’hui, il n’y a que deux parties : le peuple martyr de Guinée, d’une part, et ses assassins, de l’autre.

* Retenez que nous ne sommes pas en campagne électorale car nous ne sommes même pas en démocratie : lorsque notre pays redeviendra normal, chacun pourra faire campagne pour son parti, vivement, sur la base de programmes de société que vous nous présenterez, cette fois, parce que votre solidarité et l’action commune permettront certainement de renforcer la fragile unité nationale qui est assez malmenée. Ceux qui luttent (meurent) ensemble savent vivre ensemble !

* N’hésitez pas de disqualifier Compaoré, et tout le club de la CEDEAO au premier écart : Ils ne doivent pas se faire une carrière ou redorer leur blason souillé d’échecs au prix du sacrifice de nos martyrs.

Vous ne pourrez pas clamer que vous ne saviez pas, ou que vous aviez été trompés : comme l’on fait les syndicalistes après les manifestations de Janvier et Février 2007.

Fin de la 3ieme partie (la dernière pour cette republication).

PS: Il me peine de constater que nos politiciens n’ont pas beaucoup appris de ces évènements, et que le seul changement, depuis, est que d'autres ont pris la place de certains pour la même bêtise collective : en ce mois de Septembre 2012, deux jeunes Guinéens sont assassinés (trois aux dernières nouvelles) et de nombreux autres brutalisés, par les mêmes forces de l'ordre aujourd'hui dirigées par ceux qui les dénonçaient et condamnaient hier. Seuls les carriéristes de la « communauté internationale » semblent avoir réussi leur mission. Pouvoir, opposition, sages, société civile communauté internationale, etc.., peu importe les visages et noms propres qui les incarnent aujourd'hui, sont tous restés dans leur rôles respectifs : ceux que je dénonçais, dans cette série, malheureusement. Le principal bénéficiaire de cette tragédie, et actuel président Alpha Condé tue lui-même, protège et partage son pouvoir avec ceux qui étaient considérés bourreaux à l’époque. Les victimes, de plus en nombreuses, continuent d'errer entre ciel, terre, CPI et promesses démagogiques.

De « ma haine contre Alpha Condé » : en réalité, après «la honte » qu’ils nous ont ramenée d’Ouagadougou et ce qu’ils en ont fait, j’étais prédisposé à haïr n'importe quel leader (à chacun son tour) des forces vives qui, une fois président(e), se comporterait comme lui. Sans état d'âme!

« Grâce à eux » les Guinéens qui ne regardent jamais dans le rétroviseur, même si tous sont capables de donner des cours d’une histoire souvent tronquée au gré de leurs convoitises, se disputent et se partagent ethniquement même leurs cadavres ; en réalité, très peu se soucient des martyrs qu’on brandit à l’occasion comme des trophées.

J’ai honte!

Boubacar Barros Diallo

Un enfant de « l'Axe du Mal », secteur de Bambéto-Cosa

Boubacar Barros Diallo

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