Hommage aux victimes du 28 septembre 2009 - Soif de justice

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Pour commémorer, à ma façon, les évènements du 28 septembre 2008, j'avais commencé la rédaction d'un « texte thérapeutique ». Après avoir couché quelques paragraphes, une soudaine sensation de déjà-vu me frappa : de mes archives j'ai déniché cette série, rédigée et publiée à l'époque, dans laquelle j'avais dit tout ce je voulais réécrire. Au lieu de massacrer dans le texte, je vous le soumets tel quel, avec quelques légers amendements et corrections, toutefois. En attendant (quoi?) Je vais donc me contenter de :

Prier le Tout Puissant de leur accorder la meilleur des places auprès de Lui, parce qu’ils étaient les meilleurs d'entre-nous ! Ils sont tombés sans calculer pour qui, nous laissant le loisir de négocier leurs cadavres et manifester notre ingratitude. À eux, toute ma loyauté et mon engagement citoyens. Merci à tous ceux qui refusent d'oublier !

« Merci » aussi aux « forces vives », qui se partagent aujourd'hui pouvoir, institutions et opposition politiques : À l'époque ce n'était que des frères et sœurs unis pour le « changement et plus jamais ça ! ».

En lisant, interrogez-vous svp: Qu' est-ce qui a changé, depuis, outre quelques noms, titres et sigles ? Voici donc, cette série pour hurler ma soif de justice, pour nos morts, et de thérapie collective.


« Point de négociation, il faut arrêter la bêtise collective (1ère partie)

Le 23 décembre 2008, en réagissant à un article de M. Sy Savané de Rouen, dont le titre était « urgent commentaire à l’intention de la Fraction républicaine en uniforme et de la jeunesse dans son ensemble », publié sur GuineeActu.com, je disais ceci : « Ceux qui sont présentés comme putschistes ne sont qu’une interface, M. Sy Savané je crois que vous vous trompez d’interlocuteurs, attendez que l’horizon s’éclaircisse et vous découvrirez les vrais nouveaux maitres, je crains que vous ne soyez alors très déçu ».

Bien évidemment, avec l’euphorie et le championnat de soutien et d’allégeance au CNDD et son sanguinaire de président, ces paroles ne pouvaient être que celles d’un excité. Depuis, l’horizon s’est assez éclairci et bon nombre de nos compatriotes se sont remis de la naïveté qu’ils exprimaient au départ.

Avez-vous écouté les récents témoignages? Notamment de Sidya Touré : « ceux que j’ai vus hier… que j’ai vus en face de moi, qui nous menaçaient de mort, n’ont rien à voir avec une armée régulière… vous avez des hordes, je ne sais pas d’où est-ce qu’elles sont sorties, mais c’était des gens drogués qui ne répondaient à aucune instruction particulière sauf à la violence ». À la question du journaliste : « ... On sait qui sont les meneurs de ces hordes qui ont déferlé au stade? », Sidya Touré répond : « c’était l’aide de camp du capitaine Dadis, Toumba, et le commandant ou capitaine Tiegboro, je dois vous dire que, à un moment donné, ces ceux-là, paniqués ont essayé de nous protéger et c’est là où j’ai vu des sans-grades… venir leur donner des instructions qu’ils ont été obligés de respecter…, ce que j’ai vu hier, est un désordre complet, une anarchie totale, aucune organisation, aucune discipline, rien que de la haine et un déploiement…de violence» (Le témoignage de M. Touré a été recueilli par RFIcliquez sur le lien pour revoir l'axe Hamdalaye- Bambéto-Cosa dans sa gloire: « Au moins trois jeunes tués mardi » lendemain de la manifestation, comme le vendredi 21 septembre 2012, « 25 % de magasins saccagés »).

Ce qui précède confirme ce que je disais plus haut, parlant des vrais putschistes, je n’en dirai pas plus. Cependant, tous les autres ont profondément adhéré à tous leurs idéaux.


1- Rétrospective et commentaires :

Tout le monde se souvient du soulèvement militaire de 2008 qui s’est soldé par un renvoi du général Bailo du gouvernement qu’il venait à peine de rejoindre à la tête du ministère de la Défense nationale. Une vaste campagne de règlements de compte fut lancée contre des officiers influents de l’armée : pendant que tout le monde s’indignait de la tournure que prenaient les évènements, des compatriotes bien connus des médias envoyaient des e-mails à d'autres pour leur intimer de rester tranquilles parce qu’il y aurait de « jeunes patriotes » qui ont décidé d’en finir avec le régime de Conté.

Ce même général Bailo nous a été récemment présenté comme un héros national, après toute l’humiliation qu’il a connue. Et seul Dadis sait pourquoi il a dû demander pardon au défunt. Ce dernier était, à l’époque, inconnu du grand public, tout comme Claude Pivi qui était beaucoup plus connu dans certains milieux comme un convoyeur et fournisseur de drogue. Des officiers de l’armée ont été arrêtés au lendemain du coup d’État, pour motif : ils seraient plus narcotrafiquants que les voyous qui sont actuellement au pouvoir. Qu’avons-nous fait ?

Débattre, sans réclamer une justice exemplaire et transparente, nous les avons ignorés sans chercher à comprendre. Nous préférons appeler ça: la chasse aux narcotrafiquants, initiée par Dadis.

Une autre supercherie appelée audit est lancée : une seule personne fait officiellement l’objet de poursuites judiciaires. Motif : il aurait détourné un fonds que tous les ministres qui se sont succédé à ce fauteuil se sont relayés. Du « toute personne qui a participé à la gabegie financière sera poursuivie et châtiée », nous voilà au « un ministre en exercice ne peut être poursuivi ». Qu’avons-nous fait ?

Débattre, et appeler cela : les audits de Dadis, dont il fallait être fier. Personne n’interroge sur l’origine de ce fonds. Qui l’a créé, ou autorisé ? Des individus qui, comme Fodé Tass Sylla, prétendaient détenir des dossiers compromettants qui auraient aidé à clarifier la situation ont retourné leur veste. Shut!! « Dadis a pris le pouvoir sans effusion de sang, avec de bonnes intentions » et la RTG résonne.

Mais le plus grand subterfuge que cette bande de voyous a réussi en Guinée demeure celui entourant la prise du pouvoir :

Ils ont réussi à convaincre civils et militaires qu’ils étaient un groupe organisé ayant « toute la troupe » avec eux. L’armée de trouillards qu’est la nôtre a marché, des championnats de soutien et d’adhésion « aux idéaux » du CNDD furent organisés, partout. Leur champion fut son premier ministre Kabinet Komara qui, dès sa descente de l’avion qui le ramenait d’Égypte, a vite fait d’adhérer à tous les idéaux non encore formulés et formalisés de Dadis et sa bande d’amateurs, qui sont dictés et ajustés, selon leurs besoins du moment, au fur et à mesure par son think tank de « shadow cabinet », dont la presse s’est récemment fait échos, grâce à une enquête de Cheikh Yerim Seck de Jeune Afrique. Un cabinet dirigé par Papa Koly Kourouma, semble-t-il, dont les membres ne sont pas tous à Conakry. Il est des individus, qui paraissent souvent anodins parmi nous, mais plus « puissants » que bon nombre de ceux que nous voyons à la télévision. Shut! « Dadis a fait preuve de bonne foi et magnanimité » (c’est Komara qui le dit).

Dadis déclarait qu’il a été patient pour accéder au pouvoir et qu’il a protégé Conté à quelques reprises, il fallait comprendre ceci :

  • Il n’était pas prêt à sacrifier ses relations privilégiées avec la famille Conté pour une mission qui lui paraissait utopique, voire impossible, à l’époque.
  • Son groupe et lui craignaient la réaction imprévisible des officiers, notamment de la garde présidentielle, qui étaient très proches de Lansana Conté; il fallait donc être prudent et éviter d’attirer tout soupçon de la famille du président. En attendant la bonne occasion, il faut faire le bon fils.
  • L’occasion fut une surprise, le groupe n’était pas organisé et pendant que des messages d’allégeance et de soutien fusaient de partout, les acteurs principaux n’y croyaient pas encore. Il fallait l’adhésion du peuple et un bon nombre de militaires-figurants sur une liste qui susciterait l’adhésion de l'armée. Cette dernière finit par s’agenouiller et prêter serment (littéralement).

Mais, mes compatriotes voulant absolument choisir entre « peste et choléra » ne pouvaient se lancer dans la quête d’un remède aux deux : Il fallait d’abord y goûter ! Obnubilés par ce choix « indéfectible », ils durent opter pour la moins connue des deux maladies. Finalement, laquelle des deux est plus nuisible ? Nous ne le saurons jamais. De Dadis et Somparé, qui est peste ou choléra ? Bien malin, qui le dira.

Tous les signes avant-coureurs qui devraient alerter mes concitoyens, quant au gros mensonge que symbolise Dadis, furent interprétés comme des déclarations de bonne foi, de bonnes intentions avec un peu de maladresse, mais rien de grave, d’intolérable. Ce fut l’époque des « espérons/souhaitons » : on rêvait tellement du militaire modèle de la « frange républicaine de l’armée » que son visage fut offert au diable. De la pourriture armée, la gangrène fut dénichée et parée de beaux superlatifs en « espérant/souhaitant » qu’elle se métamorphosât en idole purificatrice. Le nouveau-né n’a commis aucun péché. Oye, c’est un messie ! « Le beau capitaine » de Hadja Aicha Bah, fils d’Abdoulaye Wade du Sénégal, nouveau prince de Labé, gardien de Kaloum, le prophète qui aura unifié le Coran et la Bible, « le rossignol trompettiste qui déchire les voiles qui obscurcissent la vision » de Koumanthio Diallo, « l’enfant de Koulé qui distribue du riz à Kouléwondi ». Béni soit-il, par les saintes coordinations régionales et religieuses, au nom de la drogue, de l’alcool et des orgies.

Puis, il fallait l’aider à trouver les grands thèmes de sa transition-infinie : eau et électricité, audits, narcotrafic, Al-Qaida, rébellion… Tiens, il connait Sartre et Montesquieu, parle allemand, a sauvé la vie d’un de ses « confrères-journalistes » en Sierra Leone, par ubiquité ; un exploit dont l’évocation lui provoque à peine un sourire du coin des lèvres. Il a été au front du Pont 8 novembre en janvier et février 2007 (autre période de drame national ou l'armée canardait des jeunes désarmés) ; est moins intelligent et compétent que tous ceux qui l’ont formé, mais plus intègre et patient. Pourquoi cet être, aux exploits réalisés dans le présent et écrits dans le passé, omnipotent et omniscient ne serait-il pas notre seigneur à vie ? Il est bien né et « a cette probité morale » de démolir les maisons de civils et bâtir des palaces pour des « militaires patriotiques » qui boivent Sobragui. Il offre des forages aux civils et envoie ses ministres racheter les inondations (1 Mrd de FGS pour les inondations de Kankan).

Naïfs, mes compatriotes répètent et débattent : l’homme ‒ né dans une case qui n’a jamais rêvé de palais ‒ ne peut pas mentir, attendons de voir, peut-être qu’il ne se parjurera pas, il nous a promis de nouveaux audits. Tiens, répétons collectivement : nous lui faisons confiance, nous savons qu’il va respecter sa parole, ce sont les autres qui le trompent…

Ses acolytes inventent des débats et contradictions pour bousculer et préparer les mentalités : il ne peut plus être comparé à A.T.T. du Mali ou Rawlings du Ghana. Il lui faut la Bastille et la Tour Eiffel, Pearl Harbour et Lady Liberty, Normandie-Paris-Berlin. C’est ainsi qu’ils ont inventé cette histoire de Charles de Gaulle, Eisenhower et même Chirac qui seraient tous « militaires-présidents ». Personne pour dire faux, mes compatriotes débattent : Oui-Non-Mais-Contexte-Histoire-Démission. Aucun NON catégorique !

Réparons cela très vite :

  • De Gaulle fut chef du gouvernement PROVISOIRE de la France, d’APRÈS GUERRE. Il dut démissionner à cause des désaccords avec les principaux partis politiques après moins de deux ans d’exercice. Ce n’est qu’une douzaine d’années après ce mandat, qu’il revient en tant que civil et comme président de la République de France, NORMALE.
  • Dwight Eisenhower était président de l’Université de Columbia, après avoir quitté l’armée avec le grade de général, lorsqu’il fut contacté pour être colistier de Harry S. Truman en 1948, ce qu’il refusa. Plus tard, il démissionna de son poste de commandant de l’OTAN pour devenir candidat des républicains aux présidentielles américaines de 1952.
  • Jacques Chirac fut brièvement militaire durant la deuxième guerre mondiale. Faut-il rappeler qu’il ne devint président qu’une quarantaine d’années plus tard ?

Ce qu’ils ont en commun : aucun d’entre eux n’a fait un coup d’État pour se présenter à des élections présidentielles. Ils se sont battus pour et non contre ‒ leurs peuples respectifs. Ils n’ont pas attendu que leurs nations se meurent pour « ramasser le pouvoir » et ne se sont jamais imposés à la tête de leurs pays. Pour vérifier, cherchez la biographie de ces messieurs dans n’importe quel moteur de recherche internet. Il est, certes, inutile de revenir dessus, mais l’exercice se veut pédagogique : pas de débat sans arguments !

Si l’intention vaut l’action, le mensonge n’a jamais témoigné d’une bonne foi/intention et l’indécis n’est que proie facile pour son adversaire : NON C’EST NON!

P.S : J’aurais pu dire beaucoup plus, mais nous savons tous ce qui a précédé les évènements de lundi dernier (28 septembre 2009), et ceci n’est pas un livre. Loin de moi, l’idée de tourner le couteau dans la plaie. L’objectif est de faire comprendre ce qui suivra. »


Boubacar Barros Diallo
Un enfant de l'AM de Bambéto-Cosa

Boubacar Barros Diallo

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