L'adresse à la Nation, de nouvelles perles

Pour la fête nationale, Alpha Condé s'est adressé au pays. Comme à l'habitude, je décortique son discours (en gras et italiques) pour cerner les aspects qui posent problème.

« Il nous fallait d’abord faire l’état des lieux afin de mieux cerner les problèmes à résoudre. Il ressort de cet état des lieux une situation catastrophique des finances publiques : la Banque Centrale était en quasi faillite ; l’inflation était à 21% ; le poids exorbitant de la dette, tant intérieure qu’extérieure, pèse lourdement et cet endettement s’explique entre autre par la multiplication anarchique des contrats de gré à gré du passé ; nous n’avions, d’autre part, plus de relations avec les institutions financières internationales ».

 

Lorsqu'on s'adresse à la population, il est tentant de leur en mettre plein la vue, parce que cela ne portera pas à conséquences. Ce ne sont pas nos compatriotes analphabètes qui iront relire ce discours pour tenter d'en extraire les tenants et aboutissants.

 

On a constaté que la BCRG était en quasi faillite, et on en connait les raisons, mais rien n'a été fait pour sanctionner les auteurs de cette situation. Pire on a félicité le Ministre de l'Économie et des finances du régime de transition (Kerfala Yansané) en le renommant dans ce nouveau gouvernement. Cherchez l'erreur. En outre, faire l'état des lieux avec celui qui a une vue d'ensemble sur la situation nationale est une manière de justifier a posteriori, son inaction.

 

Quant aux marchés de gré à gré, ils ont été gelés, ce qui explique que la dette de 3,5 milliards de $ dont l'origine est antérieure, n'a rien à voir avec la situation actuelle. Certes Alpha Condé n'en est pas responsable, mais le principe de continuité de l'État l'oblige à faire avec, que cela lui plaise ou non.

 

L'inflation était à 21%. Le PRG a oublié de rappeler que rien n'a changé, ce taux est toujours supérieur à 20%.

 

Quant aux relations avec les IFI, elles n'ont pas été coupées, ce sont les financements qui étaient gelés et qui le seront désormais en Afrique à chaque fois que des militaires occuperont illégalement le pouvoir.

 

 

« Dans le système judiciaire, le mauvais fonctionnement des cours et des tribunaux a fini par créer la méfiance des justiciables guinéens et la fuite des investisseurs étrangers ».

 

Rien n'a changé, et les récentes décisions judiciaires (annulation d'un contrat emphytéotique et d'un contrat de concession suite à un appel d'offres international par décret présidentiel, non lieu pour Louncény Camara en appel, refus d'ouvrir une information pour poursuivre les meurtriers de Zakariou Diallo, révocation administrative des conseillers communaux, condamnation ciblée à Galakpaye et parmi les manifestants du 27 Septembre....) en font foi. Bref des décisions qui ne rassurent personne, car elles sont le fait du prince et peuvent concerner tout un chacun.

 

 

« Le gouvernement a dû prendre les mesures de réformes structurelles qui s’imposaient : l’établissement du principe d’unicité de caisse, le redressement de notre monnaie nationale ».

 

On se rappelle que Dadis Camara en déménageant symboliquement la BCRG au camp Alpha Yaya, avait fait de même. Il était l'unique détenteur de la Caisse. Alpha Condé est aujourd'hui l'unique détenteur des 700 millions de $ de Rio Tinto, des 15 millions d'€ d'Areeba, des 150 millions de $ angolais et des 50 millions de $ congolais. La meilleure preuve est qu'Alpha Condé dit qu'il (et non pas l'État guinéen) a investi dans le barrage de Kaléta par exemple. J'ignorais que devenir PRG vous faisait devenir millionnaire en $ du jour au lendemain. Ceux pour qui l'argent est la seule finalité de la vie, n'ont qu'à se préparer pour 2015.

 

 

« Tous ces efforts fournis ont permis d’obtenir des accords et d’avoir les appuis financiers de nos bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux ».

 

Ce ne sont pas les efforts (lesquels ?) du gouvernement qui ont permis la reprise des financements. Sans entrer dans le détail, il existe certaines lignes de crédit (financements) qui subsistent quels que soient les régimes en place et d'autres qui restent gelés. Le FED, le financement le plus important de l'UE par exemple, est bloqué jusqu'à la fin des élections législatives, ce qui n'empêche nullement l'UE de procéder à d'autres financements. Certains financements ont repris du seul fait qu'un régime civil ait été mis en place, et non du fait d'un travail quelconque de ce régime. On attend d'ailleurs la réaction officielle du FMI et de la Banque mondiale face à l'augmentation de la dette guinéenne (voir les 215 millions ci-dessus), ainsi que les perspectives d'endettement dus aux projets chinois.

 

 

« Seule une gestion rigoureuse de nos ressources et l’application stricte de nos propres règles peuvent sauver notre pays ».

 

On aimerait comprendre ce que signifie cette promesse, qui n'engage que ceux qui les écoutent avec une illustration concrète, l'affaire des engrais du Ministère de l'agriculture.

 

 

« En Septembre 2011, nous avons adopté un nouveau code minier … Ceci est un pas important vers la croissance et l’émergence économique ».

 

On ne savait pas qu'un bout de papier allait développer la croissance d'un pays. Il faut donc proposer Alpha Condé pour le prix Nobel de l'économie et dire à tous les pays de réviser leur code minier, pour stopper la crise internationale.

 

 

« Ce barrage (de Kaléta) … sera en partie financé par la Guinée à hauteur de 110 millions de dollars, soit 25% du coût total ».

 

Comme ces fonds ne font pas partie du budget, la transparence voudrait qu'on nous indique l'origine de ces 110 millions (Rio Tinto ?) et qu'on rappelle que le prêt chinois n'est qu'un prêt (395 millions) qui viennent donc mécaniquement augmenter la dette. Il est curieux de proclamer une gestion rigoureuse et de dépenser l'argent que l'on a pas (la dette), sans chercher à  vérifier si l'annulation de la dette via l'IPPTE sera effective, ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui.

 

Dans différents domaines des projets sont annoncés, cela fait  plus de 50 ans que des projets sont présentés et on gagnerait à ne pas nous endormir avec ces serpents de mer. On sait ce que valent les promesses, y compris celles d'Alpha Condé. L'amélioration de l'électricité ne veut rien dire. Des annonces comme 2 heures par jour au lieu d'une heure, ou tel quartier de Conakry sera éclairé est beaucoup plus parlant.

 

En matière de transport, certains projets datent de la colonisation (chemin de fer Conakry-Kankan, port en eau profonde de Benty, schéma directeur pour la ville de Conakry...).

 

 

« Si nous le voulons, la Guinée, peut non seulement atteindre l’autosuffisance alimentaire mais aussi devenir un des greniers du monde ».

 

Ce n'est pas en subventionnant le riz importé que l'on envoie un message fort aux agriculteurs, en vue de l'autosuffisance alimentaire. Ce n'est pas en brûlant le champ d'un investisseur agricole que l'on va encourager les investissements dans ce secteur. Au lieu de leur fournir ce qu'ils n'ont pas demandé (engrais qu'ils achètent de toutes façons, tracteurs pas toujours utiles), il est nécessaire d'associer le monde paysan, à travers ses organisations, à la définition d’une nouvelle politique agricole, ce qui passera obligatoirement par la capacité de stockage des produits (d'où les problèmes prioritaires d'énergie).

 

En matière d'éducation et de santé, beaucoup de mots, et de vœux pieux, mais peu de concret. Certes les diagnostics sont bien posés, mais cela ne suffit pas, il faut mettre ensuite les moyens pour parvenir à mettre en œuvre une politique digne de ce nom et conforme aux attentes. Saupoudrer tous les secteurs ne permet pas à l'un d'entre eux de devenir performant. Il faudrait par exemple se concentrer sur les problèmes énergétiques et l'agriculture, pour rendre ceux-ci complètement opérationnels. Mais il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles. Non cultivé ne veut pas dire inintelligent. Beaucoup de pédagogie pour expliquer où on va, et pourquoi on y va, permettrait aux Guinéens de se sentir concernés par les projets, à moins qu'on ne veuille que les tenir écartés.

 

On parle de formation depuis 50 ans, mais ion n'en voit pas les résultats. La meilleure preuve est que dans des secteurs de base (transport, assainissement, électricité …), nous en sommes encore à solliciter l'aide de sociétés étrangères pour faire à notre place.

 

 

« L'État a doté les services déconcentrés de 40 véhicules neufs pour renforcer la mobilité et le contrôle du système éducatif ».

 

L'éducation nécessite des moyens non pas pour les fonctionnaires de l'Éducation Nationale, dont le rôle est souvent nébuleux, mais pour les enseignants et/ou pour équiper les établissements.

 

 

« La transparence et l’équité, le respect des règles et des procédures, sont des facteurs indispensables à l’édification d’un Etat de droit. L’indépendance de la justice doit être garantie ».

 

Alpha Condé se doit de rappeler ces règles, mais en tant que PRG (ou président du seul RPG ?), il ferait mieux de se les appliquer à lui-même. Tout le monde se rappelle les violations de la procédure concernant son pseudo-attentat et consistant à annoncer certains faits qui ressortent du secret de l'instruction. Tout le monde n'oublie pas les nombreuses violations constitutionnelles qui ont jalonné son parcours.

 

Par ailleurs, on se rend compte que la formation et l'équipement des militaires (avion cargo de transport par exemple) n'est pas négligée, alors qu'elle ne constitue pourtant pas une priorité, à moins qu'Alpha Condé qui insulte nos voisins (Sénégal, Gambie) envisage des conflits régionaux ?

 

 

« L’avènement de la démocratie dans notre pays a permis son retour dans la communauté internationale. La voix de la Guinée est entendue de nouveau dans les instances sous régionale, régionale et internationale ».

 

Il n'y a qu'Alpha Condé qui s'imagine que la Guinée est devenue une démocratie parce qu'il en est devenu le chef d'État. Chaque jour qui passe, montre qu'on est loin du compte.

Si on se limite à quelques principes, elle suppose :

-        la liberté des individus (on a vu le 27 Septembre qu'ils n'avaient pas la liberté de manifester pacifiquement, droit pourtant reconnu constitutionnellement et que le Secrétaire général de l'ONU s'est senti tenu de rappeler) ;

-        l'existence d'une Constitution (j'ai signalé à plusieurs reprises que le PRG la violait régulièrement, alors qu'il en est le garant) ;

-        la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire (le CNT vote à mains levées ce qui est proprement anti-démocratique) et l'indépendance de la justice (on l'a déjà évoqué ci-dessus).

 

On ne comprend pas ce que veut dire le retour de la Guinée dans la Communauté internationale, étant donné qu'elle en a toujours fait partie. Quant à la voix de la Guinée, il est vrai que la Gambie et le Sénégal l'ont entendu (la prochaine rencontre à la Cedeao risque d'être animée), pour le reste je n'entends rien d'autre que les condamnations régulières de l'ONU, du Département d'État et du Quai d'Orsay.

 

 

« L’Angleterre était sur le point de perdre la guerre contre Hitler à cause de dirigeants incompétents lorsque l’on a fait appel à Winston Churchill, qui a eu le courage aussitôt de dire au peuple anglais : « je ne vous promets que du sang et des larmes mais la victoire sera au bout ». Cela a permis à l’Angleterre et aux alliés de vaincre Hitler ».

 

Alpha Condé est particulièrement arrogant se comparant tantôt à Obama, tantôt à Mandela, maintenant à Churchill, et croyant que la Guinée se fait entendre sur le plan international, alors qu'elle ne fait que mendier des moyens techniques et financiers. De plus Alpha Condé ne connait pas l'histoire de la seconde guerre mondiale, car si les Britanniques auraient du être reconnaissants à Churchill en 1945, pour avoir gagné la guerre, ils ne l'ont pas élu en 1945 !!! Et si ce dernier est revenu à la politique ensuite, ce n'est qu'à l'occasion d'une nomination comme Premier Ministre (en 1951) et non à la suite d'une élection. Moralité quand on promet du sang, on en récolte les fruits.

 

D'ailleurs, les métaphores d'Alpha Condé sont malvenues. Le sang, il l'a effectivement apporté (Zakariou Diallo, et les 2 à 5 morts officiels du 27 Septembre), les larmes sont corrélatives. Quant à la victoire, on a peine à comprendre  si le pays est en guerre et contre qui ?

 

 

« Peuple de Guinée, nous aurons encore quelques mois difficiles durant lesquels nous devrions nous serrer la ceinture et accepter des sacrifices ».

 

J'avoue que l'objectivité consisterait à ne pas évoquer que les mensonges d'Alpha Condé (mais c'est le choix que j'ai fait), alors qu'il lui arrive de dire la vérité.

 

 

« Rien n’est possible, absolument rien sans la paix, sans l’unité et sans la concorde nationale ... la réconciliation nationale est la clé de voûte de mon programme de société ».

 

Il est dommage que la lucidité d'Alpha Condé ne soit qu'éphémère, et qu'il se croie obligé lorsqu'il dit la vérité (à propos des sacrifices), d'enchainer son discours par des contre-vérités.

 

 

« Aux partis politiques et à leurs militants, je renouvelle l’offre de dialogue... Aucun obstacle n’est insurmontable, aucune divergence ne peut résister devant notre attachement commun à la liberté et au respect des lois. .. Je souhaite, en tant que garant du respect de la constitution, que tous les partis politiques participent à cette élection et que tous les électeurs aient la possibilité de voter ».

 

Là encore, Alpha Condé n'a même pas honte de parler de respect de la loi et de la constitution qu'il viole allègrement. Quant à la participation des partis politiques aux élections, qu'il se rassure, personne ne lui fera plaisir d'un boycott. Et il ne tient qu'à lui que ces législatives aient lieu de manière crédible et transparente.

 

 

« Je voudrais lancer un appel à tous les Guinéens de l'Intérieur comme de l'Extérieur, quel que soit leur origine ou leur appartenance politique, de faire de ce mandat, un temps de construction et de réconciliation ».

 

Pourquoi faire une distinction entre les Guinéens ? Qu'on soit de la diaspora ou pas, qu'on ait des origines ou des sensibilités politiques diverses, tous les Guinéens le sont. En outre, parler de la diaspora en les écartant des élections législatives constitue une nouvelle provocation inutile.

 

Enfin n'est-ce pas Alpha Condé lui-même qui a commenté le système politique guinéen antérieur, en indiquant que le poisson pourrit toujours par la tête ? A lui de montrer qu'il peut rassembler et à défaut d'être apprécié, ce que personne ne lui demande, qu'il fasse en sorte que la Guinée en ressorte apaisée.

 

A titre personnel, j'ai du mal à croire que quelqu'un qui travaille en solitaire, et qui n'a jamais voulu travailler avec d'autres Guinéens, puisse mettre de l'eau dans son vin à 75 ans. Mais j'aimerais pouvoir me tromper sur son compte...

 

 

 

 

Gandhi, citoyen guinéen

 

« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au

moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace ». (Robespierre, Discours

sur la liberté de la presse, Mai 1791).

Haroun Gandhi Barry

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