Etonnant Sénégal !

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La période pré électorale agitée aura duré des mois pour savoir si Abdoulaye Wade a le droit d’après la constitution, de se présenter à l’élection présidentielle de 2012. Elle a connu son épilogue avec la décision controversée rendue par la cour constitutionnelle le 12 février dernier et qui dit que le Président sortant pouvait être candidat malgré les deux mandats qu’il avait déjà exercés.

Les différents leaders de l’opposition et de la société civile, regroupés au sein du Mouvement du 23 juin (M23) auront lutté jusqu’à la dernière heure pour que A. Wade retire sa candidature, en vain ! Ils étaient partagés entre le désir d’aller à l’élection, notamment Macky Sall, et l’idée d’un report de celle-ci vu l’entêtement du Président et le risque de mouvements incontrôlés le jour du vote, eu égard à la quinzaine de morts qu’il y avait déjà suite à la colère des militants de l’opposition, qui affrontaient les forces de l’ordre principalement à Dakar et dans ses environs. Des violences d’une telle ampleur ne s’étaient jamais produites au Sénégal.

La divine surprise fut le calme dont ont fait preuve les populations sénégalaises le 26 février, jour du vote du premier tour, et qui contredisait ainsi toutes les appréhensions que les uns et les autres avaient eu. Avec un taux de participation de 60%, ce qui semble énorme vu la tension qui régnait.

Les prédictions catastrophiques ne se sont pas avérées, et c’est mieux ainsi car le coup de force du président sortant était lourd de périls pour le Sénégal.

Le camp présidentiel (FAL 2012) prévoyait une victoire dès le premier tour de scrutin, comme en 2007, avec 53% de voix. Mais à l’heure où nous en sommes et avant les résultats officiels, tout le monde semble d’accord pour dire que A. Wade sera contraint à un deuxième tour, malgré la multitude de candidats qui étaient en face de lui, treize au total.

C’est donc une première victoire pour les opposants que d’avoir contraint le candidat du pouvoir à subir un deuxième tour.

D’aucuns pensent que l’opposition sénégalaise à Wade aura pris un risque en allant dispersée au premier tour au lieu d’une candidature unique. Le candidat sortant ayant toujours une prime car il bénéficie de l’appareil d’Etat avec tous ses moyens. Elle aurait fait preuve de naiveté pour le premier tour et espèrent qu’elle se rattrapera en se regroupant autour du candidat le mieux placé pour le second tour, en l’occurrence Macky Sall.

D’autres au contraire estiment que la stratégie d’une multitude de candidats face à Wade aura été la gagnante. Pour eux aucun candidat pris individuellement n’aurait pu ratisser large au premier tour pour faire le plein de voix face au sortant.

Selon les résultats officiels communiqués le 29 février 2012, par la  Commission électorale nationale autonome (Cena), Abdoulaye Wade a recueilli 34,82%. Macky Sall 26,57%. Dans ces conditions, il nous semble difficile voire impossible que A. Wade puisse renverser la tendance actuelle au soir du deuxième tour, surtout que Moustapha Niasse est arrivé troisième avec 13,60%. Tous les leaders de la famille libérale, qui étoffaient l’écurie du président il y a quelques années comme Idrissa Seck et Cheikh Tidiane Gadio, Aminata Tall, Amadou Lamine Bah, etc., se retrouvent aujourd’hui dans le camp adverse.

Un coup de chapeau à la Cena qui a réussi le tour de force d’égrener quelques résultats partiels quelques heures à peine après la fermeture des bureaux de vote. Alors qu’en Guinée et en R.D.Congo, il a fallut attendre quelques semaines pour le même résultat. Comme pour dire que quand il y a la volonté de bien faire on peut y arriver.

La crise sénégalaise est pleine d’enseignements dont d’autre pays Africains pourront s’inspirer :

D’un problème juridique concernant le nombre de mandats effectués par A. Wade, problème dont aurait pu sortir grandie la cour constitutionnelle par l’intermédiaire de ses sages, nous avons assisté à une interprétation subjective de la constitution. Ce qui a fait régresser le Sénégal au rang de banal pays africain à la recherche de sa voix, alors que le Sénégal demeure le porte étendard démocratique en Afrique francophone au sud du Sahara. Ayant déjà connu un départ volontaire du pouvoir de son premier président poète Léopold Sédar Senghor, ainsi qu’une alternance ayant emmené le même Wade au pouvoir après vingt six ans dans l’opposition au parti socialiste.

Cette crise aurait pu tout emporter sur son passage. Heureusement que les fondamentaux du terrain sont bons.

Les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) ont agi de manière républicaine et responsable avec une fermeté alliée à un certain bon sens, d’où le nombre limité de blessés et de morts, des morts qui sont de trop. Elles étaient armées de balles en caoutchouc, à la différence des répressions qui ont eu lieu dans des pays voisins comme la Côte d’Ivoire et surtout la Guinée où en général ce genre de manifestation aurait entrainé des dizaines de morts.

L’Armée ne s’est pas mêlée du jeu politique, laissant les acteurs de celui-ci aller jusqu’au bout de leurs contradictions. Un risque de coup d’Etat n’étant pas exclu en cas de blocage ou de contestation des résultats.

Comme en Côte d’Ivoire, les membres du Conseil constitutionnel n’ont pas joué le rôle que l’on attendait d’eux en disant le droit et rien que le droit. Ils ont tous été nommés par le président A. Wade soi dit en passant.

Il faudra, une fois cette élection terminée, revoir le mode de désignation des membres de cette institution ainsi que le fonctionnement. Pourquoi ne pas envisager un mode de désignation par leurs pairs ?

Le peuple sénégalais nous a administré la preuve de sa maturité politique, malgré le climat délétère qui règne en ce moment. Il aura surtout démontré l’enracinement et la vivacité de la démocratie dans ce pays.

Aboubacar Fofana

Préident d’honneur du Club DLG

Email :aboufof2@yahoo.fr

Blog :www.perspectives.over-blog.net

Aboubacar Fofana

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