IIe ROUND DES NEGOCIATIONS INTERGUINEENNES : Forces vives et CNDD en ordre de bataille

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Ce 19 novembre, la deuxième étape de la médiation de la crise guinéenne devrait commencer au Burkina. Les membres des Forces vives de la nation ont rallié la capitale burkinabè en provenance d’horizons divers : Paris, Dakar, Abidjan, Etats-Unis d’Amérique pour les principaux leaders de l’opposition : Alpha Condé du RPG (Rassemblement du peuple de Guinée), Sidya Touré de l’UFR (Union des Forces républicaines), Cellou Dalein Diallo de l’UFDG (Union des forces démocratiques de Guinée), Mouctar Diallo du NFD (Nouvelles forces démocratiques), François Louncény Fall du FUDEC (Front uni pour la démocratie et le changement), Lansana Kouyaté du PEDN (Parti de l’espoir et du développement national).

Par mesure de sécurité et suite aux multiples menaces de mort proférées à leur endroit, ceux-ci ont préféré quitter la Guinée pour « un exil circonstanciel, le temps que les choses rentrent en ordre en Guinée », disent-ils. Dans la nuit du 28 septembre, quelques heures après le massacre du stade du 28 septembre, des militaires ont investi les domiciles des principaux leaders de l’opposition, détruisant meubles et accessoires, terrorisant les familles. « Cela laisse des séquelles et c’est pour cela qu’ils ont décidé de se mettre à l’abri en attendant que les choses rentrent dans l’ordre. Parce que lorsque ces visites nocturnes sont survenues, le président Moussa Dadis Camara a dit qu’il s’agit d’actes d’éléments incontrôlés de l’armée. Alors, ces mêmes éléments incontrôlés peuvent revenir dans les domiciles des leaders et commettre l’irréparable », justifie Misbaou Sow, militant de l’opposition.

Partiront de Conakry, des têtes brûlées de l’opposition genre « s’en fout la mort ». Il s’agit de Jean-Marie Doré, le porte-voix des Forces vives de la Nation, Mamadou Baadikko Bah de l’UFDG (Union des forces démocratiques de Guinée) qui sont parmi les opposants qui disent qu’ils n’envisagent pas de quitter leur pays quoi qu’il arrive et qui ajoutent avec un brin d’humour que « cabri mort n’a pas peur de couteaux ».

La délégation du CNDD devait partir de Conakry le 18 novembre. A quarante huit heures du départ, les acteurs des Forces vives ont harmonisé les violons pour éviter des écueils et des déconvenues enregistrés à Ouaga lors de la première rencontre. Jean-Marie Doré, le porte-voix des Forces vives, par souci de transparence et d’équité, a indiqué à ses collègues que le médiateur, M. Blaise Compaoré, président du Burkina Faso, souhaite pour ce deuxième round, avoir juste un groupe de six interlocuteurs.

Les Forces vives représentées par 12 personnes

La nouvelle a fait grincer des dents. Les Forces vives de la nation regroupent des syndicalistes, des acteurs de la société civile, du Conseil national du patronat, les partis politiques. « Six personnes ne peuvent être représentatives de toutes ces sensibilités engagées depuis le 23 décembre 2008 dans la transition », a indiqué Jean-Marie Doré au président Blaise Compaoré.

Les Forces vives ont demandé à Jean-Marie Doré d’intercéder en leur faveur afin que le médiateur désigné de la CEDEAO accepte de revoir son chiffre à la hausse. Ce qui fut fait. Le président Blaise Compaoré aura été sensible à la demande. Il a accepté 12 participants des Forces vives. Ce n’est pas exhaustif, mais « un douze tiens vaut mieux que trente tu l’auras », jubile un militant de l’opposition. Maintenant, le vrai combat de Jean-Marie Doré, c’est comment jouer la balance pour éviter qu’un groupe au sein des Forces vives ne se sente lésé dans la répartition.

Les partis politiques se disent « prioritaires » dans la chose. Parce qu’on y va pour parler politique ; les syndicalistes soutiennent ne pas être en reste dans la transition d’autant plus qu’ils ont été à l’avant-garde de tous les mouvements sociaux. Les acteurs de la société civile ne tarissent pas de mots non plus pour magnifier leur pouvoir de mobilisation citoyenne et les gens du patronat ne manquent pas de rappeler leur rôle dans le processus. Selon des sources proches des Forces vives, chaque groupe a accepté la conciliation et l’équipe de 12 personnes a été constituée. Maintenant, il n’est pas exclu que l’ensemble des membres influents des Forces vives effectuent le déplacement à leurs propres frais pour camper à Ouaga, histoire d’être proches de la négociation et de continuer le battage médiatique sur les ondes des radios étrangères.

Des sources proches du Camp Alpha Yaya Diallo indiquent que le Capitaine Moussa Dadis Camara entend reconduire la même équipe, dirigée par le Colonel Moussa Keita, Secrétaire permanent du CNDD accompagné des inconditionnels du CNDD comme Idrissa Chérif, le tout nouveau ministre de la Communication auprès de la Présidence de la République et du ministère de la Défense.

La semaine dernière, M. Chérif était sur les ondes des radios et télévisions étrangères pour donner la position de la junte sur la suite des événements. Il martèle, persiste et signe que le CNDD offre un gouvernement de large ouverture comme entrée en matière de la médiation. A prendre ou à laisser ! Il déplore que les Forces vives de la nation déplacent un problème guinéen, qui devrait trouver sa solution en Guinée, sous d’autres cieux. M. Chérif a demandé aux Forces vives de la nation de cesser « de continuer à s’accrocher à des revendications absurdes », indique-t-il à nos confrères du site Guinée-news.com. Et d’ajouter dans le même site que « les Guinéens doivent se mettre en tête que l’esprit dans lequel le président de la République, Capitaine Moussa Dadis Camara, nous a instruits que c’est seulement par la voie du dialogue que nous saurons retrouver la paix et l’unité de la nation et du peuple ».

Aux dires de bon nombre des militants des Forces vives, les propos de Chérif Idrissa ne mettent pas le baume au cœur de la transition. Au contraire, ce sont des propos qui indiquent clairement que le CNDD n’a pas l’intention d’obéir aux injonctions de la communauté internationale conformément aux recommandations de la feuille de sortie de crise des Forces vives de la nation. Et que le CNDD qui s’est doté d’un nouvel organe de communication qui distille à tout bout de champ des éditoriaux à la radio et à la télévision nationale, n’a pas l’intention de céder le pouvoir.

La CEDEAO veut-elle contrôler les déplacements de la junte ?

Pour leur part, les pro-CNDD continuent d’accuser les Forces vives de rallier le monde entier pour inciter la communauté internationale à opter pour « une annexion de la Guinée » par une force d’interposition. Chose qui, selon eux, ne sera pas de nature à améliorer l’état d’être de la transition. Les Forces vives vont rallier Ouaga par vols réguliers. Chacun partant de son point de départ. L’Union africaine et la CEDEAO commenceraient à prendre au sérieux l’application des sanctions sur les membres du CNDD et du gouvernement. Des sources proches du ministère des Affaires étrangères soutiennent mordicus que les nombreux voyages du ministre guinéen des Affaires étrangères Alexandre Cécé Loua, commencent à taper dans le système de Mohamed Ibn Chambas, président de la Commission de la CEDEAO. Celui-ci aurait écrit à M. Loua pour lui dire de notifier désormais par écrit à la CEDEAO ses déplacements pour les conférences internationales et colloques. Et d’attendre le feu vert de la CEDEAO pour prendre l’avion pour une quelconque destination.

Nous avons téléphoné à un diplomate de la CEDEAO accrédité à Conakry afin qu’il confirme cette information. Il éclate de rire et répond : « Je ne suis pas au courant ! ». Un autre haut cadre du ministère des Affaires étrangères joint au téléphone a coupé court à tout bavardage : « Nous n’avons pas encore reçu ce courrier ».

Selon Jean-Marie Doré, c’est toujours avec beaucoup de plaisir que les Forces vives effectuent le déplacement de Ouaga. Il souhaite que le gouvernement qui sera issu d’élections libres, transparentes et crédibles en Guinée s’inspire de l’exemple burkinabè pour sortir le pays de la misère. « L’une des choses qui m’ont frappé durant le séjour à Ouagadougou, c’est le seul pays que je connaisse en Afrique de l’Ouest, j’allais dire en Afrique, qui soit un pays structuré. Le Faso est une nation qui a créé les conditions de son développement. L’administration est efficiente, l’économie est efficiente. L’ordre règne dans la rue, dans l’administration. Chacun s’impose une discipline à ne pas franchir les limites de ses attributions. Il en est ainsi de l’armée, de la police. Dans les hôtels, le personnel est courtois et se met à la disposition des clients », magnifie Jean-Marie Doré qui ajoute que « le Burkina Faso est le seul pays sahélien que je connaisse où il n’y a pas de mendiants dans la rue. Je pars avec le sentiment que Ouaga n’est pas seulement le cadre de conciliabules pour nourrir la médiation, mais aussi que la solution qui sortira de là-bas s’imprégnera de la façon dont ce pays sahélo-saharien a réussi à sortir de ses entrailles une République fonctionnelle.

Les Guinéens attendent la délibération du round de Ouaga

« Il ne faut pas rêver. C’est seulement les Guinéens qui vont résoudre les problèmes des Guinéens. Le linge sale se lave en famille. La Guinée est un pays spécial, depuis 1958, nous avons trouvé la solution à nos propres problèmes », fait remarquer Mohamed Diallo, membre du MDDR (Mouvement Dadis doit rester). « Nous comptons sur cette médiation pour sortir la Guinée de l’ornière. Depuis 1958, nous n’avons pas connu le bonheur. Nous naviguons de souffrance en souffrance », se plaint Issiaga Dramé, fonctionnaire à la retraite. « Le Syli national qui nous faisait rêver, qui nous faisait oublier notre souffrance a quitté la scène sportive par la petite porte. Tout cela montre que la Guinée ne se porte pas bien. Donc, nous espérons que le président Blaise Compaoré va privilégier l’esprit supérieur de la nation dans sa médiation. Il aura rendu un service inestimable à notre pays », renchérit Mme Rouguiatou Sow de la société civile. Puis d’ajouter : « Si j’avais la parole et si un chef d’Etat pouvait gouverner deux pays à la fois, j’aurais demandé à la CEDEAO de nous amener Blaise Compaoré pour assurer la transition. Je ne suis pas allée à Ouaga, mais j’ai appris qu’il a bien travaillé là-bas. Dommage qu’il n’y ait qu’un président pour un pays ». Et ils sont légion, dit-on, les Guinéens qui pensent de la même façon.

Par Bouba DIALLO (Conakry)

Le Pays


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