Insolite : Ces "Moussa'' qui nous ont dirigés...


Les trois grands Moussa - Moussa Dadis Camara, Moussa Keita, Moussa Tiégboro Camara - post Lansana Conté ont tous actuellement des ennuis. Le dernier en date est celui de Moussa Tiégboro Camara actuellement dans le collimateur de la Justice nationale et internationale. Ces trois officiers ont bien marqué leur temps et l'esprit de plus d'un Guinéen.

Moussa Tiégboro Camara est entre autres homme qui a connu une ascension fulgurante depuis que la Guinée est gérée par la junte. Bénéficiant d'une précieuse protection de son homonyme, alors à la tête de la junte, l'officier a vite gravi les échelons provoquant parfois des frustrations au sein même de l'Armée. Les grades qu'il a concoctés alliaient tout de même parfaitement bien avec le va- en- guerre qu'il a engagé contre les bandits, les aventureux cambistes à la sauvette et autres présumés narcotrafiquants.
Seulement, certains ont trouvé dans ces démarches un excès de zèle avec des arrestations extrajudiciaires. La Justice demande aujourd'hui sa comparution aujourd'hui en qualité de témoin dans une sombre affaire de narcotrafic. Comme si cela ne suffisait pas, l'ancien homme fort bardé de dizaines de jeunes gendarmes déambulant ici et là pour dénicher et mettre hors d'état de nuire des hors-la-loi a été récemment démembré par l'Etat major général des Armée. Ses hommes ont été réintégrés dans les différents Escadrons de Conakry. C'est cet officier là, on se rappelle, qui constituait le comité - Pivi, Moussa Keita le M. Dadis ou la mort, etc. - exigeant le retour de Dadis Camara, alors que le ministre El tigre était à Ouaga pour trouver les voies et moyens à la crise guinéenne.
Vu le désamour entre lui et les nouvelles autorités militaires, nombreux Guinéens avait parié que l'homme n'allait point appartenir au gouvernement ou au Cabinet présidentiel. Contre toute attente, le général Konaté qui avait dit auparavant qu'aucun ministre interdit de voyager ne sera dans le gouvernement a finalement préféré l'apaisement que les règlements de comptes. L'on retiendra aussi de Tiégboro, son rôle d'encadreur ( ?) et de pompier ( ?) lors mouvement du stade.
Le second Moussa, lui apparaît plutôt comme un opportuniste. Il s'appelle Moussa Keita. Celui-là même qui a très tôt forgé le fameux slogan ‘'Dadis ou la mort''. De quoi donner d'autres idées noires à la classe politique. Secretaire permanent du CNDD, en remplacement de Idi Amin, actuel chef d'Etat Major adjoint des Armées, Moussa Keita a été un sulfureux, tenant tête à tous les leaders politiques, en maille à partir avec son mentor Dadis. S'exprimant au nom du CNDD, le colonel Moussa Kéita confiait arrogant: « Je suis profondément déçu de Mohamed Ibn Chambas (...) Est-ce qu'il est vraiment Africain? (...) La Guinée appartient aux Guinéens. Notre participation aux négociations de Ouaga n'est pas bannie, mais, elle est suspendue jusqu'à nouvel ordre». Et de poursuivre, «l'Armée guinéenne reste fidèle à son serment de fidélité à l'endroit du président du CNDD, le capitaine Moussa Dadis Camara et à son ministre de la défense nationale, le général Sékouba Konaté ».

Quelques semaines, à la suite de la 3ème visite du groupe de contact international pour la Guinée Moussa Keita avait menacé « Ne nous brandissez pas le spectre de la communauté internationale. Depuis 58 la Guinée n'a jamais cédé à aucune pression venant de l'étranger. Le président de la république le capitaine Moussa Dadis Camara tiendra parole pour le bien du peuple. » Ce qui fut surtout entre poussant c'est le fait de banaliser la cruauté du 28 septembre, arguant que l'Armée n'a pas eu le temps de violer tant l'évènement était important.

Imbu de sa personne, l'officier s'est invité à Ouaga pendant que El tigre cherchait auprès de Blaise Compaoré à arrondir la tension. Un couac inévitable a eu lieu entre Moussa et Konaté : « Si nous étions à Conakry, je t'aurais fait enfermer ! », avait lancé selon JA El tigre à l'endroit du chef de la délégation Moussa Keita dépêchée à Ouaga par Pivi et Tiégboro en vue d'exiger le retour de Dadis Camara. Cette menace sera mise à exécution, puisque, ironie du sort, ce sont les hommes de Tiégboro, l'autre fidèle allié qui sont allés le cueillir pour l'Etat major de la Gendarmerie. Il sera relâché avec le concours de Compaoré. Le secrétaire permanent qui ramait jusque là à contre courant s'est alors assagi ainsi que ses deux acolytes que sont Pivi et Tiégboro. Eux, éconduits selon des sources, comme des mal propres chez El tigre par la garde rapprochées : « Repartez d'où vous venez », auraient intimé des hommes de Konaté. C'est pourquoi, interrogé par un confrère de rfi, Claude Pivi avait déclaré lui que s'il n'est pas retenu dans le prochain gouvernement, il retournera dans la caserne. Revirement de la situation, loyauté ou aveux d'impuissance ? La question était ouverte.

En venons au cas de Moussa Dadis Camara. Il fut le chef de la junte, bien applaudi au lendemain du décès de Lansana Conté, cela jusqu'au jour où la phrase choc de Boulbinet a été lâchée, puisque dit-on excédé par le comportement de la classe politique: «Vous avez cherchez le pouvoir pendant 24 ans (Les ‘'faux'' leaders politiques, NDLR), vous ne l'avez pas eu. Si vous ne faites pas attention (...) Respectez-nous, politiciens, sinon j'enlèverais la tenue pour me présenter à l'élection présidentielle ». Le sort du pays était ainsi scellé. Et bonjour les blocus et les regards en chiens de faïence. « Tout leader politique qui tentera de saper la démocratie en s'opposant au nouveau chronogramme sera arrêté et traduit en Justice. Tout candidat politique qui tentera d'organiser des mouvements contre le chronogramme de 2010, sera purement et simplement rayé de la liste électorale », avait proclamé Dadis Camara à ces anciens alliés. A qui il avait pourtant promis ceci : «Je ne braquerai jamais une arme contre un Guinéen. Le jour où je le ferai, je demande à tout le peuple de Guinée de se soulever pour me chasser du pouvoir ».

On comprendra que le mariage n'aura pas eu du temps pour enfanter quelque chose. D'où l'assaut contre les anciens PM de Conté : « Aucun ancien Premier ministre ne pourra s'en sortir. Pour être Président de la République, il faut avoir un passé propre. C'est pour cela que nous allons faire les audits avant les élections. Je vais très vite interpeller d'abord tous les anciens premiers ministres, puis les ministres». Dadis Camara avait brandi ainsi une menace, aggravée du reste par cette autre accusation : « Les leaders politiques sont des assoiffés du pouvoir ». Faux avait répliqué dans la presse, coup sur coup Cellou Dalein Diallo: «Faire la politique c'est servir le pays. Nous ne sommes pas des assoiffés du pouvoir. Nous voulons venir au secours de notre peuple pour le sortir de l'obscurantisme et de la misère pour que les droits de tous les Guinéens soient défendus. Nous avons la conviction. (...) En nous engageant nous savions qu'il y a des forces rétrogrades. Mais nous allons les vaincre».

Dadis aura terrorisé avec sa maladive émotivité et en même temps il a frappé et étonné dans sa frénésie à restaurer tout dans le pays. Son obsession, cette simple paraphrase chrétienne : « Servir le peuple et donner sa propre vie en rançon, pourvu que les bonnes œuvres auxquelles il s'identifie s'immortalisent ». Le prix à payer devrait être lourd, très lourd avec des risques de dérapages sans précédent. Mais, c'est apparemment l'antichambre de toutes les perfections attendues de l'homme. Des perfections qui ont fait hélas déjà de nombreuses victimes collatérales. Il y avait bien de l'eau dans le gaz, à l'heure même où on s'interroge sur la perte de lucidité et du self-contrôle du chef des putschistes en Guinée.

Dadishows comme rançon à la transition...

Le capitaine Dadis avait glorifié sa vaillance sur nombreux cadres de l'Etat et dans une large mesure du secteur privé pour les rappeler publiquement à l'ordre. Amadou Mouctar Baldé, premier vice-président de la commission d'audits. Comme un effet de contagion, Dadis se glisse dans l'impulsion. Deux ministres ont été suspendus pour absence lors de l'ouverture du forum minier : le ministre de la Coopération et de l'intégration africaine, Abdoul Aziz Bah et celui du Plan et de la promotion du secteur privé, Mamadouba Max Bangoura. Puis ce fut le cas de Frédéric Kolié de l'Administration du territoire et des affaires politiques. Qui ne se souvient pas par ailleurs, de la colère noire aspergée contre le numéro 2 du régime, le Général Mamadouba Toto Camara ou les débâcles à l'emporte pièces, du ministre secrétaire du CNDD Colonel Aboubacar Sidiki Camara Idy Amin lui, limogé, puis traqué, enfin interpellé. Le capitaine Mamadou Sandé des finances quant à lui aussi a été suspendu, avant d'être réintégré dans le gouvernement.

Habitué à mettre le bistouri dans la plaie pour la soigner, Dadis a fait d'autres victimes : Panchenko, l'ancien représentant de Rusal en Guinée a été qualifié comme escroc international. Menacé d'arrestation, l'ex-homme fort sous Conté était obligé d'aller se réfugier à l'Ambassade de Moscou à Conakry, avant de quitter le pays. Les téléspectateurs avaient auparavant vécu l'historique douche froide du ministre du commerce, le Colonel Mamadou Korka Diallo, un ami. Motif : apport de soutien à la fille de Dadis dans une demande d'obtention d'un code de transport d'hydrocarbures auprès de Total Guinée. Dans les colères, impulsion et décisions hâtives du chef de la junte d'alors, une femme licenciée pour des raisons obscures à la SMD a été réhabilitée et promue au poste de DGA ; un expatrié membre de la Direction générale de la CBG, humilié et pestiféré, etc. L'ancien ambassadeur et magistrat Eric Thiam a été traité de tous les noms d'oiseau : ‘'impérialiste, escroc, perturbateur''. L'autre diplomate, Karl Prinz de la République fédérale d'Allemagne : « Vous et moi, on est pas des égaux. Ne me prenez pas comme un enfant. Je suis Président d'une République et quand j'arrive en Allemagne, j'ai affaire avec la chancelière. Ce n'est à vous de me dicter ce que je dois faire. »

Sacré Dadis !Populiste pour les uns, homme de parole et patriote pour les autres et désynchronisé pour un troisième groupe. Bernard Kouchner en sait quelque chose puisque « La Guinée n'est pas une préfecture de la France ». L'ordre des avocats s'était aussi fait taper. ‘'Femme Wrangler'', ça vous dit ? Non cela heurte les sensibilités. Et Komara dans tout ça ? « Le Premier ministre là est gonflé moi je ne suis pas dans la démagogie avec le CNDD, il n'a pas ce pouvoir là, il n'est pas culotté pour recevoir un Directeur d'une zone aurifère sans me tenir informer, parce que ce n'est pas lui qui a pris le pouvoir. Il est venu, il a pris le beurre. (...) s'il se croit Premier ministre, super Premier ministre, mais nous, nous allons mettre de l'eau dans son vin. » Ce déchaînement des passions a fait le tour du monde. Komara avait plié sans jamais rompre.
Des leçons peuvent tout de même être tirées du déchaînement des passions du Capitaine: ambiguïté dans la conception de la rigueur et de la dictature ; déficience au niveau des conseillers en communication ; affaiblissement certain du régime sous l'effet de la cyclique risée publique à laquelle on était presque coutumiers; possible division au sein du gouvernement de transition ; risque d'isolement du président autoproclamé, etc. Un cocktail bien explosif qui s'est soldé par la tentative d'assassinat de l'homme du 23 décembre 2008. Un acte diversement apprécié mais qui a donné à la Guinée une nouvelle configuration sociale et politique.

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