L'africanisation de l'Eglise

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En 1961, le premier prêtre guinéen du diocèse de N’Zérékoré, Père Raphaël Kpakilé TEA, assistait avec enthousiasme aux festivités de la fête nationale ; fête célébrée avec faste par toutes les diversités ethniques et folkloriques sur tout le territoire guinéen À la fin de la fête, en rentant à la mission, le jeune prêtre enthousiaste a déjà en tête les mots qu’il faut pour décrire cet événement aux missionnaires blancs mais il retrouva ceux ci très inquiets et la nouvelle le consternât et lui fit oublier sa fameuse fête ;

en effet, pendant qu’il assistait à la fête, les missionnaires eux, écoutaient à la mission, la radio nationale qui passait le discours de Sékou Touré annonçant le départ immédiat des missionnaires de la Guinée. Malgré les interventions de l’intérieur et de l’extérieur de la Guinée, rien n’y fit ; Sékou Touré resta campé sur sa position.

Alors deux versions à cette histoire ; pour le jeune prêtre, la raison de cette expulsion est purement politique et pour l’État guinéen ; c’est l’africanisation de l’Eglise. Nonobstant ces deux versions, voyons de plus près la suite des événements. Sans aucune préparation, du jour au lendemain, Père Raphaël TEA, est désigné successeur de l’évêque suisse Mgr Eugène Maillat et il prend le titre de Mgr Raphaël TEA ; en plus de ce challenge administratif, il se voit devant un fait plus coriace ; l’État saisit et nationalise la plupart des biens de l’Église c'est-à-dire ses sources de revenu. Au bord de l’asphyxie, Mgr Maillat et Mgr TEA décideront de coordonner leurs actions pour la survie du diocèse de N’Zérékoré ; à Mgr Maillat de travailler en Europe et de soutenir financièrement Mgr TEA dans la pastorale : Formation des catéchistes, organisation des paroisses ; construction des Eglises.Les déplacements se faisaient d’abord à vélo puis par la suite en voiture et périodiquement, Mgr TEA écrivait de longues lettres à Mgr Maillat pour l’évolution du diocèse et des constructions. Les deux réussirent leur pari et si le diocèse de N’Zérékoré est aujourd’hui ce qu’il est, c’est grâce à ces deux hommes de foi. Je ne connais pas les détails des autres diocèses mais la traversée du désert semble être la même pour toute l’Église de Guinée. C’est au changement de régime que le président Lansana Conté autorisera l’Église à reprendre ses biens. Mon Analyse : L’africanisation a été en réalité un abus du pouvoir étatique pour arnaquer tout simplement une institution religieuse ; cela se fit aussi avec des particuliers dont je parlerai dans un autre article. J’ai décidé de relater ces faits pour exprimer ici des doutes et même faire des suggestions car méconnaissant notre histoire ou feignant de l’oublier, nous refaisons souvent les mêmes erreurs préjudiciables au pays. 1. Le décret de fermeture de la société GETMA par exemple et d’autres décrets me font penser au temps d’un Etat fort comme sous Sékou Touré ; une telle décision n’est pas bonne pour l’image de notre pays auprès des investisseurs ; qui voudra investir dans un pays qui ne respecte pas les règles de droit? Ensuite, toute entreprise qui ferme rallonge encore plus la liste des chômeurs. 2. La décision de confier la vente du riz aux coopératives de femmes n’est pas une bonne solution à mon avis ; des dissensions vont vite apparaître entre elles, la gestion sera chaotique et surtout l’État n’aura pas les moyens de subventionner le riz, à long terme. Du temps de Sékou Touré, le riz importé était subventionné, eh oui ; pendant que les guinéens s’habillaient en blanc comme des anges et insultaient en longueur de journée l’impérialisme, les contribuables américains, eux, travaillaient pour nourrir ces insolents révolutionnaires. En 1970, peu avant l’agression du 22 novembre, l’aide alimentaire de l’Amérique en faveur de la Guinée, s’élevait à 4,7 millions de dollars. Sékou Touré n’hésita pas aussi à se faire soigner dans une clinique de l’oncle Sam ; le pays le plus impérialiste par excellence bref. Ne cherchez pas la contradiction. Suggestion : j’ai déjà abordé cette question il y a bien longtemps, dans un article intitulé « propositions concrètes » ; je redis ici que j’avais observé des vendeuses de poissons de Conakry ; des femmes dans l’atelier de teinture de Kindia, les vendeuses de lépi de Labé, les vendeuses de miel de Faranah et les vendeuses d’huile de palme de N’Zérékoré, pour ne citer que celles-là; qui font un travail remarquable ; des micros crédits même d’un milliards, à ces femmes seraient plus bénéfiques pour notre économie que 20 milliards aux coopératives de femmes pour vendre le riz. En conclusion : Dans mon article « Mon choix au second tour », je disais qu’en Guinée, c’est le système qu’il faut changer ; je n’avais pas choisi le président Alpha Condé mais je souhaite sa réussite pour le bien du pays ; c’est pour cela que je trouve normal d’activer parfois, les sonnettes d’alarme pour ne pas remarcher sur les traces du PDG (parti démocratique de Guinée) qui laissa une économie lamentable. La Guinée qui exportait des tonnes de fruits et qui avait relativement une autonomie alimentaire, était devenue un pays mendiant. Plus jamais ça.

Paul THEA

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