L'ONDG contre toute interdiction de manifestation (déclaration)

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Suite aux événements regrettables lors de la marche de l’alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) et du Collectif des partis politiques pour la finalisation de la Transition, le 27 Août 2012 à Conakry, l’Observatoire National de la Démocratie en Guinée, exprime ses vives préoccupations pour la construction d’une société démocratique en Guinée. Fidèle à notre engagement d'aborder la problématique démocratique nationale avec lucidité et rigueur, l'Observatoire National de la Démocratie en Guinée, croit que la démocratie ne se construit pas de façon automatique, mais par un effort politique, social et intellectuel soutenus et sans relâche.

Nous restons convaincus qu'il est possible de construire en Guinée une société de liberté, de justice et d'égalité. Que pour cela, les différents acteurs doivent assumer honnêtement leur responsabilité, en faisant de la loi et de son esprit, du consensus et de l'équité, le pivot de leurs actions.

 Ici, nous exprimons notre désaccord avec le pouvoir face à cette logique d'interdiction générale et absolue des manifestations politiques, qui aggravent les possibilités de violence et de contre violence. Et surtout, cela fragilise notre dynamique démocratique.

 Nous exprimons notre préoccupation face à l'incapacité problématique du pouvoir à régler définitivement cette crise conjoncturelle relative à l'organisation des élections législatives.

 À L'ONDG, nous défendons les principes, sans jamais oublier les complexités de la situation guinéenne et les difficultés inhérentes à la construction de la démocratie dans une société sans culture démocratique, ni expériences historiques démocratiques.

 La fidélité à ces principes nous commande de rappeler au gouvernement qu'il a le devoir de protéger et de garantir les droits démocratiques de l'opposition et de tous les citoyens sans lesquels toute dynamique démocratique sera vouée à l'échec.

 L'ONDG rappelle une fois de plus, que nos défis structurels pour une démocratisation réelle sont plus graves et plus cruciaux que les crises conjoncturelles auxquelles nous faisons face, avec tant de maladresses. Et en conséquence, il serait grave, au motif de régler les crises conjoncturelles, d'accentuer et d'amplifier nos problèmes structurels qui sont sans commune mesure avec ces crises passagères qui doivent être abordées avec sérénité et calme.

 Notre pays est fragile, et nous courons de très gros dangers avec cette dynamique de violence, de crispation et d'humiliation. Cette logique d'interdiction des manifestations, n'est ni légale ni politiquement productive.

 Dès lors, l'Observatoire national de la démocratie en Guinée, exprime ses vives préoccupations face à la situation sociopolitique qui prévaut en Guinée.

 Dès lors, l'ONDG condamne et désapprouve ces interdictions de manifestation, car le droit de manifester est un droit constitutionnel et un acquis essentiel pour tout système démocratique. LONDG ne fait point abstraction, ni ne nie les risques réels d'affrontements entre militants. Mais l’ONDG estime que malgré cela, il est du devoir de ceux qui sont investis de la responsabilité de gouverner la Guinée, de faire en sorte que ces risques évidents soient maîtrisés, afin de permettre l'exercice de droits et libertés fondamentales.

 Dans ce cadre, il n'est pas acceptable ni justifiable que le but des contre manifestations soit simplement d'empêcher l'expression d'opinions et de courants politiques différents. Car, ce sont les contre manifestants qui se placent, de par leur motivation, en dehors de toute légalité. Une telle démarche n'est favorable ni à la paix ni à la construction de la démocratie en Guinée.

 Le mieux serait de sensibiliser les Guinéens sur la nécessité et même le devoir légal d'accepter et de respecter l'expression des opinions contradictoires, y compris par les manifestations publiques d'un courant politique ou groupe de courant politique.

 C'est une fuite en avant sans issue que de s'installer dans une politique de dramatisation de toute manifestation. Il n'y a pas d'unanimisme en démocratie encore moins dans le contexte guinéen. Mieux vaut l'accepter et d'en faire une force démocratique que de vouloir le nier, le cacher ou le faire disparaître.

 Chacun a le droit de manifester dans le strict respect des lois, et personne n'a le droit d'empêcher les autres de manifester, au motif qu'ils seraient en désaccord. Seule la loi peut justifier une interdiction à manifester, et ce, pour des raisons sérieuses, objectives et de façon exceptionnelle.

 Dès lors, l'ONDG condamne aussi l'agression des journalistes lors de l'exercice légitime de leur métier, par des militants du pouvoir selon les victimes. Si cela était prouvé, ce serait un acte grave et inadmissible. On ne peut parler de démocratie sans garantir l'exercice de la liberté de la presse et rendre effectif le droit à l'information.

 L'ONDG estime qu'il est extrêmement dangereux pour la paix sociale de monter les Guinéens les uns contre les autres. Cette logique met en péril et menace gravement la construction de la démocratie et la préservation de la paix en Guinée.

 Il appelle donc toutes les parties à faire preuve de responsabilité et de mesure. L'ONDG demande à ce que justice soit faite, que tous les auteurs de violences soient sanctionnés conformément à la loi, que justice soit rendue à toutes les victimes de ces violences.

 Ceux qui  croient que la solution de la crise politique en Guinée se trouve dans la provocation et la violence se trompent et surtout prennent une énorme responsabilité devant le tribunal impitoyable de l'histoire. Ceux qui font de la force et de l'intimidation un instrument politique et un moyen de règlement politique font preuve d'une très grande légèreté et surtout d'une irresponsabilité politique dangereuse.

 Face à la crise politique, qui handicape la vie sereine de la Guinée et des Guinéens, il n'y a de solution autre que le dialogue et le consensus, dans le respect de l'esprit de la loi et de l'équité politique.

 En attendant cette solution inévitable, L'Observatoire National de la Démocratie en Guinée, exprime par le présent communiqué ses vives préoccupations et inquiétudes.

    Pour l'Observatoire National de la Démocratie en Guinée:

  Vouloir stigmatiser, et traiter de non patriotes et ennemis du pays, tous ceux et toutes celles qui veulent exprimer d'autres opinions, des opinions différentes et leurs désaccords, dans le respect des lois, relève de procédés non seulement dangereux,mais surtout intellectuellement antidémocratiques.

 Vouloir désigner ceux et celles qui ne soutiennent pas le Président et le gouvernement actuels comme étant des ennemis de la Guinée, des traîtres ou d'ennemis du développement de la Guinée, c'est faire preuve d'un comportement profondément inquiétant et contraire aux règles démocratiques.

 L'ONDG condamne cette tendance à la stigmatisation politique, à l'ostracisme politique, à la diabolisation et à la dramatisation, d'où qu'elle vienne.

 L'ONDG désapprouve tous les discours belliqueux, ethnocentriques, claniques, haineux, et ce d'où qu'ils viennent.

 L'ONDG exprime ses plus vives inquiétudes face à la récurrence et à la prolifération de tous ces discours hypocrites, démagogiques, opportunistes, qui abîment notre espérance démocratique et le vivre ensemble.

 La démocratie, c'est la diversité des opinions et des approches. Peu importe qu'on n'est raison ou pas. Vouloir le contraire, vouloir l'unanimisme, c'est sortir de la logique démocratique. Car, on ne peut défendre le pluralisme politique et démocratique, et vouloir un unanimisme politique, ou faire taire toutes les opinions divergentes et contradictoires, déplaisantes.

 La démocratie libérale et le pluralisme sociopolitique qu'elle incarne, implique que soient admises, reconnues, acceptées et garanties, l'existence et la possibilité ( la nécessité même) de leurs expressions, des idées et des opinions différentes...dans le respect des lois.

 Peu importe que l'opposition ait raison ou pas, peu importe que les uns et les autres partagent ou pas les démarches de l'opposition guinéenne, qu'on aime ou pas cette opposition, peu importe. Ce qui importe, c'est le respect et la défense des principes et des idéaux démocratiques. Ce qui importe,  que l'opposition ait le droit de manifester, et ce droit doit lui être reconnu et garanti...sans obstacles, ni dramatisation, ni catastrophisme. Qu'il soit exercé dans le respect des lois.

L'opposition doit manifester dans le respect de la loi et des autres droits et libertés, qui doivent être aussi garantis et protégés. C'est ce qui dit notre loi fondamentale. C'est ce que recommandent les principes démocratiques les plus élémentaires.

 L'observatoire national de la démocratie en Guinée exhorte le Président de la République à veiller à l'avenir au respect des droits et libertés de tous les Guinéens sans aucune exception et à éviter que notre pays la Guinée ne s'installe dans une dynamique handicapante et dangereuse pour sa transition politique et démocratique.

 Cette espérance démocratique est une attente fondamentale du peuple de Guinée. Elle doit être prioritairement placée au cœur de tous les projets, de toutes les décisions et de toutes les politiques.

 L'Observatoire National de la Démocratie en Guinée, rappelle à tous que pour la construction d'une paix durable, il faut plus d'actes que de paroles, plus de gestes que de prières dans les mosquées ou les églises, plus de respects et d'écoutes que de stigmatisations ou d'humiliations.

 L'Observatoire national de la démocratie en Guinée, conscient de nos obstacles et de nos défis structurels profonds, estime que l'échec de cette transition et du gouvernement qui a la charge de la parachever sera pour la Guinée un handicap majeur pour son avenir. Par conséquent, l'ONDG souhaite la réussite de ceux qui gouvernent aujourd'hui dans l'intérêt de la Guinée.

 Mais il revient au pouvoir en place, au président de la République, d'agir dans ce sens et de donner les preuves indiscutables de leur détermination positive et de leur bonne foi. La volonté de respecter la Constitution, sa lettre et son esprit demeure comme étant le premier signe tangible de cette bonne foi. L'esprit manifeste de tolérance et de considération mutuelle, sont aussi de l'ordre de l'expression indispensable de cette bonne foi. Ces actes de bonne foi doivent toujours favoriser l'esprit de liberté, d'égalité, de justice et de paix sociale.

 Il faut trouver les voies et moyens consensuels qui respectent l'esprit de nos normes et l'éthique démocratique, afin d'organiser le plus rapidement possible ces élections législatives tant attendues par les Guinéens. Et il faut que ces élections soient libres et transparentes pour que la Guinée en finisse avec cette transition politique et démocratique.

 Il n'y aura pas de paix, ni de développement socioéconomique solide, sans une société de liberté, de justice et d'égalité. Ceux et celles qui pensent le contraire, sont dans une dynamique inversée l'histoire.

 La meilleure façon d'éviter ces manifestations, serait de régler définitivement les différends qui les engendrent, dans le respect de nos lois, de leurs esprits et de la morale démocratique.

 La meilleure façon d'éviter cette logique de crise sans fin et de violence sans limite, serait d'apprendre et d'intégrer l'esprit de tolérance politique et de respect démocratique. Le refus d'entendre des opinions contradictoires, l’incapacité politique et intellectuelle à accepter l'expression d'opinions hostiles et différentes, est le stigmate des sociétés malades et le signe d’une incapacité démocratique.

 Une société dans laquelle l'idée d'opposition n'est pas comprise, ni acceptée, ni respectée, est une société qui ne peut se prétendre démocratique.

Une société dans laquelle la force, la violence, les coups de forces, les intimidations, les extrapolations, les dramatisations et les rapports belliqueux et violents font office de solution, est une société moralement et politiquement malade.

 

Il n'y a pas de démocratie, sans opposition. Il n'y a pas de démocratie sans état de droit. Et, parce qu'ils ont justement la charge de gouverner, ceux qui gouvernent ont l'impérieuse responsabilité et le devoir fondamental de respecter les lois qu'ils ont la charge de faire respecter par ailleurs.

 L'Observatoire national de la démocratie en Guinée juge insupportable et inadmissible cette spirale infernale de la violence doit laquelle notre pays s'installe. La violence est le cancer de la démocratie. La paix et la stabilité ne sont plus possibles par des paroles, il faut des actes concrets.

 Les populations guinéennes sont fatiguées de la chose politique et des hommes politiques, censés leur garantir un avenir meilleur, et le disent à tout moment. Il est encore temps de les écouter avant qu'il ne soit trop tard...

 L’ONDG appelle les hommes politiques à oeuvrer au rétablissement de la confiance entre eux d’une part, et entre eux et la population d’autre part.

 Nous appelons donc toutes les parties au calme, à l'esprit de responsabilité et à privilégier le dialogue dans le respect et la considération mutuelle pour sortir notre pays de cette transition et organiser très rapidement des élections législatives libres et transparentes. Afin de redonner vigueur à l'espérance d'un vive ensemble paisible et démocratique.

 Vive la Guinée

Vive la paix

Vive la Démocratie

 ONDG

 Le Président

 M Diaby Gassama Kalifa 

Conakry le 28 Août 2012

Source: ONDG

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