La construction de la Guinée nouvelle sera une oeuvre commune de tous ses enfants

Après des années de galère à combattre les régimes dictatoriaux qui se sont succédés en Guinée et qui lui ont valu le superlatif d’opposant historique, Le Pr Alpha Condé a de façon déterminée et à travers une campagne agressive, su briguer la magistrature suprême du pays, dans le cadre d’élections présidentielles démocratiques, plus ou moins libres et transparentes.

Cette ascension a été il faut le reconnaître, le fruit de l’obstination et d’un certain courage d’un homme politique habile, dont le laborieux parcours semé d’embuches, s’est enrichit des contacts multiples et variés noués avec des personnalités éminentes et influentes, dans le cercle restreint du soi-disant syndicat des (vieux ) chefs d’Etat africains, une organisation quasi-sectaire, dont les membres sont façonnés dans le moule d’une certaine françafrique, avec une vision quelque peu débridée des relations de coopération nord-sud, vision de plus en plus sujette à contestation, d’autant plus que l’hégémonie de la France paternaliste sur le continent, est depuis, tombée en désuétude, dans la mémoire des peuples épris de liberté, qui peinent cependant par l’irresponsabilité de leurs dirigeants politiques, à assumer pleinement leurs destins, par leur émancipation totale, de toute les formes d’aliénation.

Chose déplorable en Guinée, c’est que malgré ce vent de renouveau qui souffle en ce moment sur le pays, avec le retrait des militaires de la scène politique et l’amorce de restauration d’un régime démocratique, le processus qui a aboutit à l’élection du Président de la République, n’a pas favorisé le colmatage des brèches laissées béantes ces derniers temps dans le tissu social, parce que usage maladroit et dangereux a été de nouveau fait, de méthodes pernicieuses de compétition dans la conquête du pouvoir, des politiques ayant tiré profit, à surfer sur le sentiment d’appartenance communautaire, opposant ainsi en désespoir de cause, des populations à jamais liées par un destin commun.

Et pourtant, l’on dit de la Guinée que c’est une famille. Une famille certes, mais qui se trouve aujourd’hui sérieusement ébranlée par les déchirures des querelles fratricides et quoi que l’on dise à propos, le sentiment de haine reste palpable chez les victimes d’injustice, surtout qu’au-delà des discours de bonnes intentions, quelques fois populistes et démagogiques, les nouvelles autorités qui prônent à tout-va la réconciliation nationale et le changement, ne semblent pas prendre la pleine mesure de la situation de défiance qui s’installe petit à petit, chez une frange importante de la population, qui se sent acculée et constamment sous la menace, du fait d’attaques virulentes et répétées du chef de l’Etat, qui en pointant du doigt les dysfonctionnements des anciens régimes, prend en partie pour responsables, ceux qu’il taxe d’appartenance à un clan mafieux de commerçants véreux, dont les affaires auraient prospéré sur le dos des braves populations.

Si vrai que soit admise l’idée qu’avec la complaisance et parfois la complicité d’une administration bouffonne et corrompue, des opérateurs économiques bénéficiaient de substantiels arrangements fiscaux ou d’exonérations qui constituaient un manque à gagner certain et conséquent pour les caisses de l’Etat, faille-t-il pour autant se focaliser sur les manigances d’une seule composante socioprofessionnelle de la nation, alors qu’il est établi que cet état de faits relève d’une pratique généralisée dans la gestion de la chose publique, l’affairisme ayant été à l’époque érigé en mode de gouvernance, avec son lot de scandaleuses malversations financières, qui pour la plupart, ont été dénoncées dans les différents rapports d’audits réalisés par de précédents gouvernements.

C’est en cela que la moralisation de la vie publique devient une nécessité pour le nouveau gouvernement, qui doit prioritairement s’atteler à la restructuration profonde de l’administration, avec en filigrane, la mise sur pied de systèmes performants de contrôle de gestion des deniers publics, pour mettre hors d’état de nuire, tous ces bandits à cols blancs, qui pullulent dans les rouages de la sphère politico-administrative.

Que dire de tous les crimes de sang que l’on semble passer sous silence et dont on évoque à mots couverts, une possible réhabilitation de leurs auteurs présumés, tous libres de leurs mouvements, s’ils ne bénéficient pas pour certains, d’un traitement de faveur, alors qu’aucune attention particulière n’est à ce jour accordée à leurs victimes, murées dans le silence et la douleur.

En outre, dans la perspective de la mise en œuvre d’un processus de réconciliation nationale, il était convenu entre les deux candidats, que quelque soit le vainqueur des élections présidentielles, il se devait de tendre la main au perdant, par la constitution d’un gouvernement dit d’union nationale qui refléterait les différentes sensibilités du pays, pour atténuer les rancœurs et calmer les esprits des uns et des autres.

Malheureusement, l’ossature de la nouvelle équipe dirigeante, laisse paraître qu’il n’ya eu ou peu d’ouverture dans le partage des responsabilités, ce qui contribue à coup sûr, à la radicalisation de l’opposition, qui si elle a accepté bon gré, mal gré sa défaite, n’en garde pas moins un goût amer et plus que jamais, elle se repositionne en revanchard, galvanisée par le sentiment d’injustice et d’exclusion qui anime la majorité de ses militants, principalement ressortissants du Foutah, qui s’estiment victimes de ségrégation et deviennent de plus en plus obsédés, à l’idée de défendre leur droit inaliénable d’appartenance naturelle à une des composantes sociolinguistiques essentielles du pays, que l’on ne cesse à leurs yeux de diaboliser à tord et à raison, surtout que le leader de l’UFDG explique depuis la proclamation définitive des résultats, que c’est juste pour préserver la paix qu’il s’est plié à la décision de la cour suprême, puisqu’il estime qu’en réalité, sa victoire lui a été spoliée par le truchement des autorités de la transition, principalement le Général Sékouba konaté ex-Président par intérim et son Premier Ministre d’alors, Jean-Marie Doré, coupables selon lui de favoritisme à l’égard du Pr Alpha Condé et de cette attitude de rejet de sa communauté, que d’aucuns qualifient de "foulaphobie".

De ce qui précède, les élections législatives à venir, ne peuvent que laisser planer le doute quant à la non-observation du principe de stricte neutralité de l’administration, qui semble aujourd’hui par pur intérêt stratégique, entiièrement acquise à la cause de la mouvance présidentielle Arc-en-ciel.

Cependant, les différentes révoltes populaires qui ont émaillé le combat politique, prouvent si besoin en était, notre idéal commun qu’est l’avènement de la démocratie dans notre pays et dans cette lutte acharnée, le peuple a su dresser un front uni contre la tyrannie, au-delà des clivages ethniques. C’est vraiment dommage de constater, que cette volonté commune de paix et de liberté qui nous animait tous sans exception, ni distinction, soit maintenant battue en brèche, car malgré ce qui se clame dans les discours politiques, la fracture sociale est clairement et nettement visible au sein de la population.

Il est donc plus que temps, d’en finir avec les règlements de compte et autres stigmatisations, manipulations et instrumentalisations, qui mettent en péril la cohésion sociale. Le Pr Alpha Condé, en se hissant au faîte du pouvoir, ambitionne légitimement on l’imagine, de marquer l’histoire de façon positive, en opérant comme promis, une rupture totale d’avec les méthodes de gestion étatique passées.

Pour ce faire, son premier devoir est d’incarner l’unité du pays, en rassurant au-delà des mots, par les actes, les guinéens de tous bords politiques, pour qu’ils se sentent concernés et responsabilisés et cela, contrairement à ses prétentions de vouloir faire marcher les gens au pas, car en définitive, il est depuis son élection, le Président de tous les guinéens et à ce titre, il a plus que jamais besoin de l’adhésion massive des populations au projet de société qu’il propose, si en tous cas, il en espère une construction pleinement réussie.

Le retour de la Guinée dans le concert des nations, s’annonce plein d’espoirs, car la principale des conditionnalités auxquelles sont assujettis les pays pauvres, pour bénéficier de l’aide au développement, à savoir l’instauration d’un régime démocratique et la pratique de la bonne gouvernance qui en découle, est en passe on l’espère, de devenir une réalité. Et surtout, la supposée convoitise dont elle fait l’objet, doit être mise à profit par les nouveaux dirigeants qui bénéficient de l’appui de toute la communauté internationale, pour poser de façon définitive, les jalons d’un développement intégré, qui permettra à long terme, d’atténuer le rôle prépondérant joué par l’occident dans la gestion de nos états et dont la coopération basée principalement sur l’assistanat, souffre terriblement des méfaits de l’exploitation financière et de la dépendance technologique, du fait du manque criard de capitaux et d’expertise technique adéquat, pour l’exploitation de nos immenses ressources naturelles.

La démocratie est un processus en construction permanente, qu’il faudrait concevoir, assimiler et inculquer dans les mentalités, comme étant un ensemble de pratiques sociales, basé sur des valeurs d’égalité, de liberté et de justice et en la matière, il est évident qu’on a encore beaucoup à apprendre.

Que Dieu protège la Guinée !

BAYO Abidine

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