La Guinée en ''pilotage automatique''

L'année 2009 est sur la point de s'achever avec la Guinée en situation encore plus précaire qu'il y a un an. En plus, en examinant la situation que nous subissons, vous conviendrez avec moi que depuis au moins 2005, le Pays est comparable à un avion sans pilotes, laissé en pilotage automatique à la dérive. En effet, Lansana Conté gravement malade ne gouvernait plus déjà et avait laissé un équilibre de la peur s'installer entre les différents clans, fait de bluffs, décrets et contre-décrets pour s'intimider les uns les autres.

La particularité de ces factions est qu'elles ont essayé de s' inféoder des pions militarisés qui les ont laissé tomber le moment venu pour se servir eux-mêmes (qui est fou?). Il n'est donc pas surprenant pour les plus avertis d'entre nous que les plus audacieux aient osé se réclamer de l'héritage de ce dernier à sa mort et s'imposer par l'intimidation de tous ceux qui ont tenté d'émettre des réserves ou s'opposer. Ainsi, celui qui a pris par audace la tête du CNDD s'est autoproclamé « Chef d'État » de la Guinée. Bien que hâbleur, en 10 mois, il n'a osé s'aventurer hors de Conakry qu'une seule fois par défi mais en prenant soin de faire envahir ses lieux de déplacement par ses milices. La peur l'a obligé à se mettre lui-même en ''résidence surveillée''au camp Alpha Yaya avec des escapades en ville: le tragique évènement, pour ses supporteurs, du 3 décembre 2009 lui donne raison. Avant le ''magistère'' de Dadis, des Premiers ministres s'étaient succédés mais sans avoir de pouvoir exécutif. Néanmoins, certains se sont tenus coi en meublant simplement de leur personne la Primature (sans insolence de ma part!), d'autres ont tenté, à leur péril, d'entreprendre des réformes; et particulièrement l'un d'entre eux, plus futé, a utilisé les avantages de la fonction pour rapidement et insidieusement amasser des ressources financières et humaines en tentant de s'acheter des alliances parmi les forces armées espérant le moment venu, soit s'imposer ou éventuellement alors déposer le vieux Général, si ce dernier s'accrochait trop longtemps à la vie*: mais c'était mal connaître les clans de Conté qui l'ont cueilli avec un décret bien ''assaisonné à la sauce Conté'' comme ils en étaient devenus experts.

La Guinée a donc connu la particularité, presque unique dans le Monde, d'avoir une relative paix sociale (à stabilité précaire) bien qu'aucun exécutif (gouvernement) n'ait été véritablement en charge de la gouvernance depuis au moins 5 ans (2005). Dans les mêmes conditions, au Zaïre, il y a eu une rébellion; en Tunisie, Bourgiba a été déposé par Ben Ali. Chez nous, rien! Ni de l'intérieur encore moins de l'étranger!  La terreur répandue par l' Autre avant 1984 ni l'intimidation par Conté ni la religion ne suffisent, à elles seules, à expliquer de façon ''intelligible'', pourquoi nous, Guinéens, sommes si amorphes, résignés et fatalistes. Politiquement parlant, nous sommes comparables à la Somalie (vide politique) à la très grande différence que nous ne sommes pas des terroristes islamistes et belliqueux : nos armes sont verbales et écrites par la diffamation, la compromission, le mensonge politique et autres bassesses démagogiques qui minent le tissu social et la nation en construction mais pouvant conduire à des affrontements inter-communautaires à terme, si rien n'est fait. Autre singularité de la Guinée: la Communauté internationale nous prie de l'aider à nous aider (sic). Mais cela relève du domaine d'un leadership politique entreprenant et téméraire (comme lors du regrettable et tragique 28 septembre 2009). Le Pays est toujours sans Exécutif légitime et légal (en fait, sans Exécutif tout court!), sans Armée régulière digne de ce nom; et l'opposition est sur ''silence radio'' depuis que Dadis a été mis hors-jeu par un de ses amis. Or en politique, le silence est signe de faiblesse tactique et de manque d'initiative sur le terrain: la communication permet d'entretenir l'espoir et de maintenir les militants galvanisés; sans mentionner la guerre psychologique qui consiste à faire douter l'adversaire.

2010 s'annonce donc avec beaucoup d'incertitudes pour l'avenir de la Guinée dans la mesure où les principaux acteurs politiques du Pays regroupés au sein des Forces vives semblent s'en remettre entièrement à la Communauté internationale pour nous débarrasser du CNDD à cause de ses armes.  Bien que ce soit un élément de poids qui change complétement le rapport de force sur le terrain, nous devons innover et surtout ne pas nous montrer timides face à ''l'obligation morale'' d'être secourus et l'intérêt qu'ont nos alliés à éviter une dictature de plus en Guinée. Et quant-aux souteneurs du CNDD et leurs sites complices, la procédure de crime contre l'humanité engagée, il sera plus facile de leur mettre la loi sur le dos.

Pour finir, il faut avouer que prédire quoi que ce soit sur le plan politique concernant le retour à un régime constitutionnel et éventuellement à la démocratie est très aléatoire vu le manque évident de rigueur et de coordination de Forces vives qui semblent s'essouffler déjà.  La Guinée pourrait donc continuer son chemin vers l'inconnu comme elle le fait depuis quelques années sans gouvernance: des places sont occupées et des titres distribués pour la forme et satisfaire des égos; et chacun se débrouille au dépend du peuple qui souffre en silence (jusqu'à quand?).  Le Pays est peut-être « commandé » mais certainement pas gouverné !


Bonne année 2010 et une Guinée libérée!


*: ce ne sont pas que des supputations, il y a de forts indices dans ce sens.

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