La presse libre, un contre-pouvoir indispensable en Afrique

Alors que les médias sont au cœur de la crise ivoirienne, Eric Mwamba, président du Forum des journalistes africains d'investigation (FAIR), défend le rôle fondamental du journalisme sur le continent. Ce célèbre journaliste insiste sur l'importance des médias face à la défaillance des institutions.

Pouvez-vous présenter le FAIR?
Le Forum des journalistes africains d'investigation (FAIR), dont le siège se trouve à Johannesburg, en Afrique du Sud, a été créé en 2003 à l'initiative de quinze confrères de différents pays africains. Son travail essentiel est la promotion des normes afin de faire du journalisme d'investigation une profession à part entière. Parmi nos innovations figure l'organisation d'enquêtes transnationales sur des sujets qui touchent directement la population mais qui ne font pas forcément l'objet de dépêches de grandes agences de presse. Aujourd'hui, le FAIR compte 187 membres présents dans 29 pays africains, anglophones, francophones et lusophones.

Quel serait l'intérêt du public pour le journalisme d'investigation et en particulier pour le travail du FAIR ?
Le journalisme d'investigation soulève de vraies questions sur de vrais problèmes sociaux dans l'objectif de changer les choses. Par exemple, notre enquête sur la corruption dans le football africain était devenue un thème de campagne lors de la dernière élection présidentielle en Côte d'Ivoire. Avant le scrutin, plusieurs journaux indépendants et d'opposition en avaient fait leurs manchettes, alors que le dossier avait été publié plusieurs mois avant. Une stratégie éditoriale qui aurait contribué à la perte du président sortant, Laurent Gbagbo. L'enquête avait mis en lumière le système de détournements massifs des fonds publics, recyclés dans le football dans le but d'être redistribués entre les dirigeants avec la complicité de la FIFA. Alors que le football ne se développe pas et que cet argent, en principe, devrait financer des infrastructures de base et renforcer le développement dans les pays. Notre équipe avait enquêté dans les fédérations de huit pays africains, y compris ceux dont les équipes participaient au Mondial 2010. Les résultats étaient les mêmes dans tous ces pays. Une autre enquête en cours de publication porte sur le développement illégal, également dans huit pays africains.


Pourquoi pensez-vous qu'il est important de promouvoir le journalisme d'investigation ?
Dans bien des pays africains, nous assistons à l'absence de contre-pouvoirs réels. La justice et le Parlement sont souvent à la botte de l'exécutif. Le gouvernement a tendance à tout régenter. La plupart des médias ne sont pas indépendants par manque de moyens et à cause de la bipolarisation du paysage politique : ils sont les tenants soit du pouvoir, soit de l'opposition. La plupart du temps, il n'existe pas de société civile organisée et structurée du fait de la pauvreté généralisée. Dans ces conditions, le journalisme d'investigation pourrait jouer le rôle de contre-pouvoir représentatif. Il donne la parole aussi bien aux personnes souvent privées de droit et de parole qu'à d'autres acteurs majeurs de la communauté afin de faire changer les choses. Comme vous le savez, le droit du peuple à s'exprimer à travers une presse libre est une caractéristique de la démocratie. Dans le contexte africain, le journalisme d'investigation peut remplir cette fonction.

Quels sont, selon vous, les obstacles à la pratique du journalisme d'investigation en Afrique ?
La loi sur la diffamation, l'accès aux sources officielles, le manque d'argent, les menaces, la culture de l'oralité et l'absence de bases de données statistiques, mais aussi le manque de collaboration entre journalistes travaillant sur les mêmes questions sont parmi les difficultés souvent rencontrées. L'usage d'Internet et la mise en réseau, le projet Arizona du FAIR, qui consiste à poursuivre le travail d'un journaliste qui fait l'objet de menaces ou a été assassiné, le système de financement appelé "petites bourses", en faveur de reportages qui n'auraient pas vu le jour sans cela, la recherche d'opportunités de carrière et la mise à disposition de banques de données constituées par des confrères occidentaux sont autant de réponses apportées par le FAIR face à ces difficultés.

Propos recueillis par Reece Hermine - La Prospérité

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