Le dialogue n'est plus de mise à Conakry

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Sur fond d'accusations à l'endroit du pouvoir, l'opposition suspend sa participation aux travaux de l'Assemblée nationale et reprend la rue. Le divorce semble donc consommé entre le président de la République Alpha Condé et ses opposants.

Après une réunion ce lundi 9 juin, les partis de l'opposition ont décidé de suspendre leurs activités à l'Assemblée nationale et pour accentuer la pression sur le gouvernement, de reprendre l'organisation de leurs manifestations. Par la voix de son porte-parole Aboubacar Sylla, l'opposition reproche au pouvoir de briser le cadre de concertation "qui aurait pu permettre de discuter des problèmes liés non seulement aux élections, mais à la gouvernance politique, économique et sociale de ce pays". Ce cadre de concertation a pourtant bel et bien été défini au début du second semestre 2013, lorsque le pouvoir et ses adversaires politiques décidèrent de signer un accord devant conduire à la tenue d'élections législatives transparentes à la rentrée suivante.

Signés le 3 juillet 2013, ces accords politiques interguinéens étaient surtout destinés à instaurer un climat de paix sociale dans un pays remué par le rythme des violences urbaines et ethniques durant une bonne moitié de l'année 2013. Des violences qui découlaient d'affrontements entre forces de l'ordre et sympathisants de l'opposition lors de manifestations organisées par cette dernière, apportant son lot de morts - une cinquantaine, selon l'opposition -, dont certaines par balle réelle.

C'est peu de dire que la confiance peine à s'installer

"Les dispositions de l'accord du 3 juillet (...) ont été systématiquement violées et ignorées par les autorités du pays", estime Aboubacar Sylla qui regrette aussi qu'aucun cahier des charges n'ait pas été élaboré pour le recrutement du nouvel opérateur technique devant réviser le fichier électoral. L'actuel opérateur, Waymark-Sabari, est jugé trop proche du pouvoir par l'opposition qui demande sa substitution avant l'élection présidentielle prévue pour 2015. Les opposants réclament également un calendrier transparent pour les élections communales, censées s'être tenues au premier trimestre de cette année 2014. Ces élections locales ne font pas partie intégrante des accords du 3 juillet, mais l'opposition soutient qu'un consensus politique a été trouvé pour leur organisation.

La réponse négative à une requête n'est pas une rupture de dialogue

Du côté de la mouvance présidentielle, on reconnait des défauts de communication, mais on réfute les accusations de rupture unilatérale du dialogue. "L'opposition a envoyé une lettre au Premier ministre, qui lui a répondu. Ce n'est pas parce que cette réponse ne leur convient pas que le dialogue a cessé", défend le porte-parole du gouvernement Albert Damantang Camara. Malgré l'installation en janvier 2014 de l'Assemblée nationale, dominée d'une courte majorité par le parti présidentiel et ses alliés, l'opposition ne semble pas vouloir débattre de ces questions au sein de l'hémicycle. Un comportement que le pouvoir ne manque pas de fustiger et que l'opposition justifie par une absence de séparation des pouvoirs. Albert Damantang Camara suspecte l'opposition de surtout vouloir empêcher la bonne conduite des affaires par le président Alpha Condé, afin d'entacher son bilan en vue des prochaines échéances électorales. "Je constate que les opposants se retirent au moment où la Guinée vient de signer une convention avec Rio Tinto (géant minier anglo-australien, NDLR) qui prévoit la mise en oeuvre de l'un des plus grands projets industriels du continent."

La convention avec Rio Tinto, la vraie raison ?

Cette convention aux 20 milliards de dollars d'investissements devrait tripler le PIB annuel du pays et le mettre enfin sur la voie du développement. Mais auparavant, le projet doit être adopté par les députés, d'où le retrait de l'opposition qui cherche à saper les efforts du pouvoir, selon le gouvernement. Au risque de provoquer de nouvelles violences en ayant recours à la rue. En réponse à ces reproches, les opposants estiment être au pied du mur. "Nous constatons l'immixtion de plus en plus flagrante de l'exécutif dans le fonctionnement des institutions républicaines, qui perdent progressivement leur indépendance", défend Aboubacar Sylla. Ce climat de méfiance permanente rappelle les conditions de la tenue du scrutin législatif en septembre 2013. L'absence totale de confiance entre chaque partie n'a permis une annonce des résultats définitifs que deux mois plus tard.

Fait rare, le parti au pouvoir et les partis d'opposition se sont mutuellement accusés de fraudes massives, rendant tout dialogue impossible. Et la reprise des manifestations, systématiquement entachées d'affrontements entre jeunes et forces de l'ordre, risque fort de creuser un fossé plus profond entre les opposants et le pouvoir, qui semble bien décidé à ne plus rien laisser passer.

Source: LE POINT

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