Les conditions du dialogue selon l'opposant Lansana Kouyaté

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Les violences se sont poursuivies mardi 14 avril dans la capitale guinéenne où, la veille, les manifestations initiées par l’opposition ont tourné à l’affrontement. Le bilan officiel de ces deux journées fait état de 2 morts et une dizaine de blessés (au moins 30 blessés selon l’opposition dans la seule journée de lundi).

L’opposition, qui a retiré mi-mars ses députés du Parlement, met la pression sur le pouvoir, pour dénoncer l’insécurité et protester contre l’inversion du calendrier électoral qui prévoit la présidentielle en octobre 2015 mais repousse les élections locales derrière la présidentielle.

Pour les trois principaux leaders de l’opposition, le président Condé, élu en 2010, a perdu toute légitimité. Pour en parler, RFI reçoit l’un de ses leaders, Lansana Kouyaté, ancien Premier ministre, à la tête du PEDN (Parti de l’espoir pour le développement national) arrivé 4e à la présidentielle de 2010.

 

RFI : Après les manifestations de lundi, le porte-parole du gouvernement a accusé l’opposition de vouloir créer le désordre. Est-ce que vous ne craignez pas d’être tenu responsable d’un nouvel embrasement du pays ?

Lansana Kouyaté : Ce qui créera l’embrasement du pays, c’est les manquements répétés aux accords signés, l’insécurité qui est galopante, la violation de toutes les lois de la République y compris celle de la loi fondamentale, la Constitution.

 

Que répondez-vous aux responsables du régime qui vous accuse de vouloir provoquer un bain de sang pour finalement attirer l’attention de la communauté internationale ?

Pour éviter le bain de sang, il faut que les fusils ne soient pas utilisés. On a utilisé des armes à feu, tout le monde l’a constaté. Il y a eu un mort au moins, une trentaine de blessés et ce ne sont pas des militaires qui sont blessés, ce sont des manifestants. Il n’y a plus de droit de manifester dans un pays qui se veut démocratique.

 

Le ministère de la Sécurité et de la protection civile a formellement démenti l’usage d’armes à feu par la police ?

 

Pour le savoir, il suffit de demander aux hôpitaux et aux cliniques privées, les personnes blessées qui ont été reçues, si ce sont des blessures à balles réelles ou pas.

Le pays a été paralysé lundi, est-ce que ce n’est pas irresponsable dans une Guinée encore très affectée par l’épidémie d’Ebola, on sait déjà que la Banque mondiale envisage une possible récession dans le pays pour 2015 ?

On accuse Ebola, mais avant ça déjà, quel était l’état de l’économie ? Des entreprises avaient fermé. Fria avait été fermée, la seule usine qui produisait de la poudre d’alumine chez nous. Sans compter Guinomar qui était l’une des plus vieilles entreprises de Guinée, je peux continuer à satiété. Et tout cela, c’était avant Ebola.

Autrement dit, c’est un prétexte selon vous ?

Absolument. On utilise chaque occasion pour expliquer l’échec.

Après les manifestations lundi, le gouvernement a lancé un appel à la retenue et au dialogue, l’opposition répond par un nouvel appel à manifester. Est-ce que ça signifie que vous avez renoncé à toute possibilité de dialogue ?

Ce n’est pas le premier dialogue. En 2013, les accords étaient signés, on a travaillé d’arrache-pied et cet accord là, a été foulé au pied, aucun des points n’a été respecté. Alors on ne va pas continuer à signer et à renier, cela aboutit à des situations que celles d’aujourd’hui.

Et à quelles conditions seriez-vous prêts à reprendre un dialogue aujourd’hui ?

 

Premièrement, qu’il respecte la Constitution. C’est par exemple enlever les maires qui ne sont pas élus. Près de 28 des maires de Guinée aujourd’hui sont nommés par le président depuis qu’il est arrivé au pouvoir, qu’on a appelé délégation sociale, mais qui n’en sont plus parce que ce sont des délégations qui sont là depuis quatre ans. L’une des conditions c’est que ces maires d’abord soient démis parce qu’ils sont là de façon illégale.

Pour justifier ce report des élections locales, le président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) a expliqué que l’administration n’avait pas encore fixé le nombre de conseillers et que pour le moment, aucun opérateur technique n’avait été désigné pour ce scrutin. Selon vous, ce ne sont pas des arguments valables pour justifier un report ?

 

Ce ne sont pas des arguments valables. De toutes les façons pour un président qui croît en la démocratie, quatre ans et demi sans élections communales alors que le mandat est totalement expiré, ça devrait être la priorité de son travail.

Donc vous doutez de la bonne foi du pouvoir avec ces arguments ?

Je n’en doute même pas. Je suis certain que le pouvoir l’a fait intentionnellement pour aller avec ces maires qui sont illégitimes à une élection, où ils serviront d’instruments de fraude et de vol.

Après l’annonce de ce nouveau calendrier électoral vous avez décidé, l’opposition, de ne plus reconnaître la Céni. Est-ce que vos représentants au sein de la Commission électorale sont partis ?

Je veux vous rappeler que la Céni était bel et bien en faveur de la tenue des élections communales. Le chef de l’Etat, comme il sait le faire, a fait injonction dans le travail de la Céni pour l’amener à changer d’avis. Le président met la Céni sous coupe, alors si on ne reconnaît pas la Commission, nos représentants doivent la quitter.

Vous voulez la présidentielle à la date prévue, mais aussi une recomposition de la Céni, l’organisation préalable des élections locales. Or tout ça, ça prend du temps, est-ce que ce n’est pas contradictoire finalement ?

On a toujours pesé sur le temps pour expliquer ce qui est anormal. Vous pensez qu’en cinq ans, on n’aurait pas pu organiser ces élections les unes après les autres ? Vous pensez qu’en cinq ans, on n’aurait pas pu avoir un fichier électoral totalement aseptisé ? Pourquoi en est-on là aujourd’hui ? C’est parce qu’en cinq ans, le président n’a pas voulu toucher à tout ça, pour attendre justement ce moment, créer ce blocage et dire allons aux élections avec des maires qui seront totalement à la merci du pouvoir.

Le président de la Céni estime qu’il faut environ un an pour organiser les élections locales. Est-ce que vous seriez prêt à accepter un report de la présidentielle pour permettre aux élections locales de se tenir avant ?

Nous avons déjà déclaré l’illégitimité du président, tout cela ne fera qu’augmenter encore cette illégitimité.

Et alors quelle solution pour une sortie de crise proposez-vous aujourd’hui ?

Que le président de la République mesure la gravité de la situation et qu’il dissolve le gouvernement et que tous les accords qui ont été signés, qu’il les applique. Il n’y pas 10 000 solutions, quand la justice a été blessée, il faut la soigner.

Source: RFI

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