Les faits selon des habitants de Zowota ‒ Le film de l’histoire, selon mes sources.

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Pour bien comprendre toute cette histoire, permettez-moi une petite présentation de ce petit village situé à une soixantaine de kilomètre de N’Zérékoré, près du fleuve Diani.  Zowo qui est le nom du culte ancien pratiqué en forêt bien avant l’arrivée du christianisme et de l’islam et ta, en kpèlè, qui veut dire ville ou village. Donc Zowota veut dire la ville de zowo et le pratiquant de ce culte est un zowomou ; ce village est habité par les Kpèlès et les Lomas.

Le chef de village qui est de la lignée des fondateurs du village, les Kolié, sentant sa fin, fit venir son  fils Nyakoye qui résidait au Libéria pour sa succession. Quand Nyakoye Kolié arriva au village, juste le temps d’échanger avec son père et le lendemain, ce dernier rendit l’âme.

Il y eut par la suite différents votes pour changer de chef de village mais les gens réclamaient le retour de Nyakoye Kolié, censé résoudre les problèmes de la communauté ; en fin de compte, il fut désigné chef de village à vie.

Le village est au bord d’une montagne riche en minerais que l’Etat a octroyée à la société Vale ; alors le chef du village avec son expérience des sociétés au Libéria et quelques cadres ressortissants du village participent aux négociations car ce sont des champs des villageois que la compagnie a récupérés pour ses installations.

Des accords sont signés et selon ma source, le village veut l’embauche de ses fils, la construction d’un centre de santé car l’arrivée des travailleurs, la pollution et la prostitution qui ne dit pas son nom, apportent des maladies, et surtout l’indemnisation pour les terrains des villageois expropriés. Des accords sont signés et Vale aurait déboursé un milliard de francs guinéens.

Le temps passe, aucun villageois ne voit la couleur de l’argent ; une délégation du village se rend à N’Zérékoré pour rencontrer les autorités ; elle recueille des promesses.

Le temps passe, la grogne monte ; en hivernage, les flaques d’eau sur la route d’accès au village, rendent la circulation difficile pour les autres véhicules sauf ceux de la compagnie Vale qui a des 4x4 tout terrain. Les jours du marché hebdomadaire, l’entrée du village pose problème aux taxis de brousse. Le village réclame la réparation de la route.

Pour ce qui concerne l’emploi, les enfants du village ne sont pas embauchés ; les notables du village s’adressent à la compagnie mais celle-ci est fort étonnée car il y a au moins un millier de Kolié dans leur fichier ; les sages rétorquent que s’il y avait autant de ressortissant de leur petit village, qui se plaindrait.

Le chef du village propose alors de leur présenter ces Kolié et eux seront reconnaître leurs ressortissants. Peine perdue ; ils se rendent alors compte que des Kolié se réclamant de leur village, sont embauchés alors qu’ils ne parlent pas un mot de kpèlè. Zowota est un village de kpèlè et toma.  

Excédés, les jeunes décident de finalement mettre leur menace de grève à exécution ; ils vont sur les installations pour demander aux travailleurs de quitter les lieux ; certains ont volé des ordinateurs portables. Selon leur version, les dégâts n’étaient pas si importants.

Selon un des cadres brésiliens, l’assurance couvrait largement ces dégâts.

Un des ressortissants du village, résidant à Paris, qui suit cette affaire de près, apprend cette nouvelle sur le net et tout de suite, demande à un de ses frères, résidant à N’Zérékoré, de prendre sa moto et d’aller de suite au village pour confirmer la nouvelle.

Ce dernier va effectivement au village muni de son petit appareil photo pour donner les informations ; c’est cette même nuit que les forces de l’ordre font leur entrée au village.

Et selon ce messager, c’est vers minuit que les militaires sont arrivés et ont mis le feu à une petite case à l’entrée du village ; un jeune alla vite réveiller Nyakoye Kolié, le chef du village pour l’informer de l’incendie et de la présence des militaires.

Il serait sorti de son sommeil avec certains de sa maisonnée pour se rendre sur le lieu ; brève discussion avec les militaires à qui il aurait demandé de venir dans la journée si c’est pour une négociation.

C’est là que l’ordre sera donné de tirer. Un des jeunes à l’arrière put s’enfuir et informer les autres ; le messager au village aura le courage de sortir et se terrer dans un coin pour faire des photos.

Voilà pourquoi les cinq tués sont de la même famille, la lignée du chef.

C’est quand les villageois ont commencé à sortir que le contingent a demandé du renfort mais les villages avoisinants informés, ont coupé des arbres pour barrer la route ; l’ordre fut donné de repartir ; c’est à ce moment que trois véhicules eurent des accidents d’où les blessés militaires. Les civils qui étaient sortis à leur rencontre, ne savaient pas ce qui se passait ; donc ils sont sortis de leur sommeil, ils n’étaient pas armés.

Le rapport des ONG indique bien que les véhicules abandonnés par les militaires étaient en position retour du village.

L’envoyé au village ira photographier les corps après le départ des militaires avant qu’ils ne soient déplacés. Les villageois vont par la suite bruler les machines et autres de la compagnie pour exprimer leur colère. Les dégâts sont nettement plus importants cette fois-ci.

Voilà comment, de Paris, ce ressortissant et d’autres ont vécu la fusillade en téléphonant sans arrêt aux familles.

Un des ressortissants de Zowota, résidant à Conakry, un de ceux qui a tous les documents des accords avec Vale, a tout de suite pris le chemin du village ; il a été arrêté à N’Zérékoré. Pour quel motif ? Nul ne sait.

Voilà, les faits selon mes sources et je ne ferai aucun un commentaire là-dessus. Nous attendons les documents sur les accords et les photos de ce messager qui affirme qu’elles ne sont pas bien claires ; cela se comprend.


Paul Théa

Paul THEA

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