Les mines d'Alpha Condé : encore des mensonges

Barry haroun gandhi 2 3

Dans un article publié le 30 janvier dernier dans le quotidien suisse Le Temps, et relatant un entretien d’Alpha Condé avec une journaliste à Davos, celle-ci évoque de façon erronée une opération mains propres de la Guinée sur ses contrats miniers. La journaliste aurait dû plutôt – mais le sait-elle ? – signaler une opération de communication, pour tenter d'exproprier la société BSGR de l'israélien Beny Steinmetz du site de Simandou.

En effet, les opérations concernant Rusal, Rio Tinto et Valé pour ne citer qu'elles, sont très nébuleuses, mais ne mériteraient pas selon lui, les mêmes éclaircissements.

Alpha Condé rappelle à juste titre que le FMI et Oxfam1, plaident pour une intensification de la lutte contre la corruption, et que la Guinée est concernée, notamment dans le secteur minier. Il ose affirmer que « son peuple » réclame des résultats, oubliant au passage que ce dernier n'est associé à aucune décision dans ce domaine, puisque tout s'effectue – comme toujours d'ailleurs – en complète opacité.

Alpha Condé rappelle que « BSGR d'une part, avait une concession pour la mine de Zogota, et qu'il lui était donc impossible de vendre sans l’accord du gouvernement guinéen, et d'autre part pour les sites de Simandou 1 et 2, BSGR n’avait qu’un permis de recherche. L’ancien et le nouveau code minier précisent que ce type de permis ne peut être cédé, ni vendu. BSGR ne pouvait donc vendre à Vale [une société minière brésilienne] ».

Il ajoute que « nous n’exproprions personne, nous appliquons la loi ». Alpha Condé oublie de préciser – sans doute sa non pratique du droit, ou sa mauvaise foi le justifie – que BSGR n'a pas vendu la mine de Simandou, qu'elle ne possède pas. Ce sont généralement des Guinéens qui vendent plusieurs fois un terrain ne leur appartenant pas, Alpha Condé est même bien placé pour l'illustrer, puisque depuis le début de son mandat, les mines de Simandou ont été proposées à des Sud-Africains (Palladino), à AIOG, à une autre société brésilienne (BTG Pactual SA), à Rio Tinto, à Vale, voire à des intérêts moyen-orientaux et aux Chinois... Qui dit mieux ?

BSGR a vendu des parts de la société qui exploite un permis de recherche et non la mine de Simandou. Pour des analphabètes, Alpha Condé peut aisément se présenter comme un chevalier blanc qu'il n'est pas, mais sa démonstration ne convainc personne. Ce ne sont pas ses gesticulations concernant des enquêtes et/ou perquisitions menées aux États-Unis ou en Suisse, qui changeront quoi que ce soit au fond du problème. Il ne faut pas mélanger les conditions d'acquisition du permis de recherche, qui ont pu être faites dans des conditions douteuses (mais quid des autres entreprises, le fameux peuple aimerait sans doute être édifié sur ce point ?), et la vente supposée mais non réelle, des mines de Simandou. D'ailleurs Alpha Condé le sait bien, lui qui précise ultérieurement dans cet entretien que « BSGR aurait peut-être investi jusqu’à 165 millions de $ dans Simandou, et a revendu la moitié de sa part [de société et non la mine !!!] pour 2,5 milliards de $ ».

Quant à critiquer les opposants qui ne le soutiennent pas dans ce combat, il faudrait être inconscient pour descendre aussi bas. L'opération de communication fait plouf.

Alpha Condé précise que « BSGR affirme que je veux prendre ses mines pour les donner à mes amis. Or, depuis que je suis arrivé au pouvoir, je n’ai pas octroyé le moindre permis à des sociétés qui me sont proches ». Évidemment personne ne connaît la coquille vide dénommée Sable Mining Africa, créée il y a moins de 10 ans dans des paradis fiscaux (Alpha Condé disait lutter contre la corruption), et dont la presse guinéenne suppose qu'elle lui appartient (via son fils Alpha Mohamed Condé associé à Aboubacar Sampil, officiellement directeur non exécutif de ladite compagnie), et qui vient d'obtenir sans appel d'offres un marché sur cette même mine de Simandou. Bizarrement on confie généralement à une société, un permis de recherche (ce que possède BSGR par exemple), avant de lui octroyer un permis d'exploitation. Ici sans aucune expérience, ni référence internationale, cette coquille vide serait directement opérationnelle, on se demande bien pourquoi et comment.

Lorsqu'on lui pose la question de savoir « quand fixerez-vous le sort de Simandou ? », il répond qu'il ne sait pas (un procès prendrait du temps), mais que « si les licences sont retirées, il y aura un appel d’offres, réalisé de manière transparente ». On vient de voir ci-dessus avec l'octroi d'une licence à une coquille vide, qu'il n'en était rien.

Enfin sa conclusion est pathétique, pour ceux qui vivent les événements de près, lorsqu'il déclare que « il n’y a pas de corruption sans corrompus : les sociétés minières paient des grands cabinets d’avocats, financent des campagnes électorales. Grâce à ces fonds occultes, les dirigeants achètent des villas en France ou aux États-Unis et cachent leur argent sur des comptes en Suisse… Je veux mettre fin à cela. »

???


Gandhi
Citoyen guinéen


NB : pour satisfaire certains internautes qui trouvaient mes textes trop longs, j'ai décidé depuis 2014 d'en faire également des plus courts.


« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace » (Robespierre, Discours sur la liberté de la presse, mai 1791).

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1. Une ONG de lutte pour l'éradication de la pauvreté, des injustices et des inégalités.

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