Mamady Youla, Premier ministre : « Les Guinéens sont les seuls à pouvoir résoudre leurs problèmes »

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Quasi inconnu du grand public avant sa nomination, en décembre 2015, le Premier ministre, Mamady Youla, issu du secteur privé, a pour mission de relancer l'économie. Interview. La voix est basse, presque timide. Elle trahit le profil d’un homme peu habitué à l’exercice des interviews et aux joutes politiques. Choisi par Alpha Condé le 26 décembre 2015 pour conduire le premier gouvernement de son second quinquennat, Mamady Youla, 54 ans, était quasi inconnu du grand public avant sa nomination.

Après un passage par la Haute Administration sous la présidence de Lansana Conté en tant que conseiller au ministère des Ressources naturelles, puis des Mines (1997-2003), et, enfin, du Premier ministre (2003-2004), cet homme discret spécialiste des questions minières et économiques a ensuite rejoint le secteur privé. Directeur général de la compagnie Guinea Alumina Corporation (GAC) de 2004 jusqu’à sa nomination à la primature il y a trois mois, il présidait la Chambre des mines de Guinée depuis 2012. Présenté comme un technocrate compétent, Mamady Youla a aujourd’hui la lourde tâche de redresser la situation économique et sociale du pays, fragilisée par deux années de crise sanitaire.

Jeune Afrique : Quels sont les principaux chantiers de votre gouvernement ?

Mamady Youla : Nous avons vécu deux années extrêmement difficiles avec l’épidémie d’Ebola. L’une de nos priorités est de sortir de ce marasme ambiant. Au-delà des pertes en vies humaines et de l’impact social, les conséquences sur l’économie ont été très lourdes. Dans l’immédiat, nous avons donc mis en place un plan de relance post-Ebola, dans lequel nous avons défini un certain nombre de priorités.

Les grands chantiers du domaine de l’énergie vont aussi se poursuivre, avec notamment le barrage hydroélectrique de Souapiti, de même que d’autres projets d’infrastructures, comme les routes de désenclavement, qui permettront aux activités économiques de se développer en milieu rural.

Certains reprochent à votre équipe de manquer d’expérience, d’être composée de jeunes technocrates. Que leur répondez-vous ?

Rien n’est jamais parfait. Si le président avait reconduit la même équipe, on l’aurait sûrement accusé d’immobilisme. Il a fait le choix d’amener du sang neuf avec des gens qui ont fait leurs preuves dans leurs parcours respectifs. Ce gouvernement est un « mix » entre de jeunes ministres et d’autres, plus expérimentés, qui sont là depuis le premier quinquennat.

Cette critique vous est aussi adressée personnellement, vous qui avez fait l’essentiel de votre carrière dans le privé et n’avez jamais exercé de fonction politique…

Je ne suis pas si jeune. J’ai près de vingt ans d’expérience et j’ai travaillé plus d’une dizaine d’années dans l’Administration guinéenne avant d’aller dans le secteur privé. Je ne pense pas que ce soit le profil de quelqu’un d’inexpérimenté. Une administration, un ministère ou un État, cela se gère. Pour avoir des réussites économiques, il faut avoir des capacités de gestion.

Peut-on être un bon chef de gouvernement sans être un bon politicien ?

Nous sommes dans un régime présidentiel. Le chef de l’exécutif, c’est le président de la République. C’est avant tout un homme politique. Il a souhaité se faire accompagner par une équipe qui mette l’accent sur la gestion de nos administrations et de nos ministères. Ce qui est cohérent puisque l’un de nos principaux problèmes est la faiblesse de notre gouvernance, qui se ressent dans de nombreux domaines.

Est-ce facile d’être le Premier ministre d’un président omniprésent comme Alpha Condé ?

Le chef de l’État est un homme d’action. Il aime s’impliquer et a du mal à se retenir : quand il voit des problèmes, il veut les résoudre. Au-delà de sa personnalité, ma mission, à moi, est très claire : rationaliser et améliorer la gouvernance. Je dois faire en sorte que notre Administration se mette en ordre de marche pour atteindre les objectifs fixés par le chef de l’État.

Êtes-vous, comme on l’entend à Conakry, aussi proche des leaders politiques de la majorité que de ceux de l’opposition ?

J’aime bien me décrire comme un homme de consensus. Je ne suis pas forcément un adepte de la confrontation… Au cours de ma carrière, j’ai eu à rencontrer personnellement la plupart des différents leaders politiques et j’ai eu avec eux des relations tout à fait normales et courtoises. Et ceux qui m’ont connu alors ne peuvent certainement pas dire que je suis une personne difficile.

Sidya Touré a rejoint le camp de la majorité, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) est en crise depuis la grâce présidentielle accordée à Bah Oury… Alpha Condé a visiblement réussi à affaiblir l’opposition. Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle ?

Pour son second mandat, le chef de l’État a souhaité instaurer un climat d’apaisement et envoyer des messages de rassemblement aux Guinéens, pour que le pays puisse travailler dans la quiétude. C’est comme cela qu’il faut comprendre ses décisions. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’intentions malicieuses destinées à affaiblir qui que ce soit.

Quel doit être le rôle de Sidya Touré en tant que haut représentant du chef de l’État, un poste qui n’existait pas jusqu’à présent ?

Il est désormais un allié du président. Mais il ne fait pas partie de l’équipe gouvernementale que je dirige. En tant que haut représentant du chef de l’État, il effectuera les missions que ce dernier voudra bien lui confier.

Quel regard portez-vous sur la crise au sein de l’UFDG ?

Je serais tenté de vous dire que c’est le problème de l’UFDG, mais je ne veux pas m’arrêter là parce qu’il s’agit du principal parti d’opposition. Comme dans n’importe quelle formation politique, il peut y avoir des dissensions et des courants différents. Je suis cependant mal placé pour exprimer un avis tranché sur cette question.

Comment faire pour compenser l’impact de l’épidémie d’Ebola sur l’économie ?

C’est une question majeure. Il faut bien comprendre qu’au cours des deux dernières années des régions entières de la Guinée ont été désertées de toute activité économique. Toutes les sociétés, notamment étrangères, qui y évoluaient ont purement et simplement arrêté de fonctionner pendant deux ans. Imaginez le coût que cela représente pour une économie fragile comme la nôtre. Nous avons présenté notre plan de relance 2015-2017 aux principales instances internationales de soutien au développement, mais il n’est financé qu’en partie. Nous lançons donc ici un appel à la communauté internationale pour le soutenir.

2016 est-elle une année d’austérité pour la Guinée ?

Si année d’austérité il y a, ce n’est pas de la volonté du gouvernement. Comme je vous l’ai dit, les deux années de crise Ebola ont eu des conséquences désastreuses pour notre économie. Nous avons eu des manques à gagner très importants sur les recettes fiscales et les revenus extérieurs.

Comment interprétez-vous le déclenchement d’une grève générale, la première depuis qu’Alpha Condé est au pouvoir, quelques semaines seulement après le début du second mandat ?

Il faut que les Guinéens comprennent que nous sommes les seuls à pouvoir résoudre nos problèmes. J’ai utilisé cette formule en m’adressant aux syndicalistes : il vaut mieux essayer de se battre pour agrandir la taille du gâteau plutôt que de se battre pour le partager. Ce gâteau, c’est notre PIB. Je pense que nous devons trouver un consensus pour accroître ce PIB plutôt que de continuer à nous battre entre nous. Cela fait plus de dix ans que nous sommes dans un cycle de grèves qui n’en finit pas. Chaque année ou presque, nous avons des mouvements sociaux, des grèves, des mouvements politiques… Accroître le PIB, c’est accroître la richesse nationale et, donc, accroître la possibilité pour la Guinée d’améliorer l’éducation, la santé, etc. Nos efforts doivent aller dans cette direction.

Benjamin Roger

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