Protocole d'entente : Au-delà des engagements

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Les deux candidats au prochain scrutin présidentiel guinéen du deuxième tour se sont engagés le week-end dernier à Ouagadougou, à œuvrer dans le sens de la retenue et de la légalité. Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé ont en effet signé un protocole d’entente, sur invitation du médiateur burkinabè, le président Blaise Compaoré. De quoi féliciter la médiation pour ses résultats. Mais MM. Diallo et Condé ont-ils bien mesuré le poids de leur engagement ?

A priori, il n’y a rien à craindre si effectivement les deux leaders politiques respectent leur signature. D’ailleurs, pourquoi s’inquiéter quant aux suites de cet accord ? Les engagements ont été pris en plein mois de carême musulman, par deux acteurs politiques musulmans, provenant d’un pays où la foi musulmane est fort présente. A eux de tenir parole. Quel que soit l’élu que les urnes désigneront au soir du 19 septembre prochain, la Guinée ne devra connaître aucun remous. En cas de fraudes par exemple, engagement a été pris de suivre la voie légale pour contester les résultats. Il faut l’espérer. Mais à la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de mesurer aussi le poids de ses responsabilités et d’agir de manière à convaincre l’opinion, qu’elle a su tirer leçon du passé. Dans cette optique, le chef de l’Etat par intérim, le général Sékouba Konaté, devra de son côté agir avec fermeté, s’agissant de la gestion des rapports entre l’administration centrale, les acteurs politiques et la CENI. La CENI de la Guinée a fait preuve de faiblesse dans l’organisation du premier tour de l’élection présidentielle. De sérieuses lacunes ont été relevées par l’ensemble de la classe politique guinéenne qui a cru bon de donner l’alerte. Certes, les premiers responsables de la CENI ont fini par faire leur autocritique. Mais c’est bien sur le terrain qu’on s’apercevra s’ils ont réellement bien compris la délicatesse de leur mission et s’ils savent tout autant se hisser à la hauteur de la tâche. Celle-ci, au demeurant, se révèle chaque jour encore plus gigantesque qu’on ne l’avait pensé. Mais chacun des Guinéens le sait. Car il s’agit, à cette phase du processus, d’écrire une nouvelle page d’histoire que personne ne devrait prendre la responsabilité de salir face à la postérité. Reste que les événements survenus en Guinée et que d’aucuns imputent le plus souvent aux faiblesses organisationnelles de la CENI, ne devraient pas étonner. Comme partout ailleurs sur le continent, quelques exceptions faisant la règle, ce pays a fait les frais de la naïveté et du manque de vigilance de la part de certains dirigeants politiques.

L’Afrique, écrivons-nous régulièrement, souffre beaucoup de l’incurie, de la mauvaise foi manifeste et de la démission de bon nombre de ses élites. Et lorsque des éléments de cette nature se retrouvent à des postes stratégiques, comment ne pas voir se perpétuer la médiocratie qui retarde le continent ? Indépendamment des questions de compétences et d’éthique, l’itinéraire des personnes qu’on voudrait commettre à certaines tâches, devrait être sérieusement scruté. Il ne faut pas, par le jeu de la représentation mécanique, fût-ce au nom de la démocratie, permettre à des individus n’ayant jamais convaincu personne de leur probité, leur savoir-faire et leur sens du bien commun, d’envahir des structures dont dépend le destin de toute une communauté. Des structures devant décider du sort de millions de gens, doivent être gérées avec plus de précaution. Elles ne devraient pas s’ouvrir à des fonctionnaires véreux, des représentants carents de partis politiques et de la société civile, et même des crève-la-faim. Ceux-ci ne viennent généralement que pour monnayer leur présence alors qu’on attend d’eux juste un peu de sacrifice pour aider la communauté à sortir de l’ornière.

Il importe de savoir prendre les devants. Des textes appropriés et consensuels, permettront sûrement d’éviter d’emprunter des voies sans issue, et mettre les pays africains à l’abri de certains drames. Un bon travail permettra assurément de mieux suivre le travail effectué par la CENI de la Guinée, et d’éliminer les fraudes dénoncées précédemment. La route est longue et le processus n’en est qu’à ses débuts. L’apprentissage est peut-être douloureux, mais ce n’est pas la fin du monde. Chaque étape qu’on franchit, constitue une victoire sur ses propres insuffisances. Les Guinéens ne doivent pas l’oublier ni oublier d’où ils viennent. Ce fut long et pénible pour en arriver là. Et des échéances sont à venir : élections législatives et municipales, en particulier. Il faut s’armer de patience et travailler encore plus. La CENI guinéenne a été décriée au point de pousser le premier ministre Jean Marie Doré à vouloir prendre de manière unilatérale des initiatives en vue de rattraper les choses. Cela, avec le tollé général qu’on sait. Mais, de ces CENI et autres organisations du genre qui pullulent sur le continent, combien sont-elles vraiment à se distinguer de la CENI de la Guinée ? Combien sont-elles à forcer le respect et l’admiration ? En dépit de leur âge et de leurs expériences, on se demande parfois si leur existence ne fait pas plus de mal que de bien à la marche de la démocratie et du progrès ? Pour ces différentes raisons, on ne peut qu’encourager les Guinéens à faire preuve de beaucoup de sagesse et de retenue. L’essentiel étant que celui qui s’installera dans le fauteuil présidentiel, ne vienne pas grossir les rangs des tripatouilleurs de la Constitution.

Tout compte fait, l’appel du médiateur semble avoir été entendu et il faut s’en féliciter. Cependant, tout le monde doit se sentir concerné par l’accord de Ouagadougou : le contribuable, la classe politique guinéenne, la communauté internationale et la médiation. Un tournant décisif vient donc d’être amorcé. Il revient surtout à Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé, d’honorer leur signature et de respecter les engagements pris. En présence des représentants de la communauté internationale, les deux leaders guinéens se sont engagés à jouer chacun son rôle face à l’histoire, à l’Afrique et au monde. Chacun a sans doute signé les documents dans l’espoir qu’il remportera la victoire à l’issue du scrutin. Pas dans l’éventualité d’une quelconque défaite. Cela est humain. A la CENI de prendre ses responsabilités et de relever les défis qui sont les siens dans une phase aussi délicate : défis de la transparence d’un scrutin à la hauteur des attentes du peuple guinéen. Les deux leaders ont fait un grand pas en avant. A la démocratie d’en faire bien plus.

"Le Pays"

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