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Réaction à l'article d'Ibrahima Kylé Diallo: La CEDEAO patine

La prise de distance de Jean-Marie Doré de l'UPG avec Dadis et le CNDD en est un témoignage. Ce faisant, Jean-Marie renforce sa stature d'homme politique national, se démarquant d'une vision régionaliste obtuse...
Cet article suggestif de Kylé doit donner lieu plutôt à des réflexions qu'à des critiques épidermiques. Kylé a déjà montré à plusieurs fois qu'il est un intellectuel non partisan qui dit ce qu'il croit devoir être dit sur les problèmes guinéens.

Je dirais seulement ici que les critiques habituellement adressées à une organisation comme la CEDEAO, sur ses atermoiements, ne sont pas toujours dénuées de fondements. Cependant, sur la position ferme prise par l'UA et la CEDEAO, après les massacres du 28 septembre à Conakry, il nous faut en prendre acte. Cette fermeté est de la même teneur que celle de l'ONU, de l'UE et des USA. Une telle unanimité sur une situation africaine ne se rencontre pas souvent. Nous Guinéens, devrions encourager les Forces Vives guinéennes à les considérer comme des alliés objectifs pour bouter Dadis et le CNDD de la place illégitime qu'ils occupent actuellement en Guinée. Ces usurpateurs violents, aux méthodes expéditives et les marionnettes qu'ils manipulent constituent un danger pour notre pays;ils doivent quitter le pouvoir.
Sur la constitution de milices privées par le capitaine en chef de ces hommes, il y a tout lieu de croire que les témoignages rapportés sur ce sujet, sont fondés. La prise de distance de Jean-Marie Doré de l'UPG avec Dadis et le CNDD en est un témoignage. Ce faisant, Jean-Marie renforce sa stature d'homme politique national, se démarquant d'une vision régionaliste obtuse. Le chef du CNDD en est donc au stade suprême de la fuite en avant. Dans cette situation, c'est une guerre civile que ceux qui se sont autoproclamés responsables du pays, sont en train d'activer. Les circonstances aggravantes de leur forfaiture seraient que ces milices cherchent un rééquilibrage ethnique de Conakry au détriment des peuhls. Un comportement de ce type doit être dénoncé et arrêté au plus vite. Il constitue une abomination que doivent vilipender avec vigueur tous ceux qui réfléchissent un peu dans notre pays. Sur le territoire guinéen, n'importe quelle communauté de notre nation a le droit de s'installer dans la région de son choix. Ce sont ces principes sur lesquels de vrais responsables politiques veillent. Or et plus précisément sur ce point, certains Guinéens, fussent-ils minoritaires, jouent avec le feu en voulant allumer la guerre ethnique. Ils stigmatisent pour cela une composante nationale du pays.
C’est, en effet, devenu récurrent d'entendre que tel ne deviendra jamais Président en référence à sa communauté d'origine. Beaucoup entendent ces monstruosités antinationales et ne réagissent pas. Où, a-t-on jamais vu dans une République, (res publica =la chose publique, depuis l'Antiquité gréco-latine) de telle proclamation? Peut-on admettre que dans cette république, où tout le monde souhaite la démocratie, des gens se mettent dans la tête que telle catégorie, en raison de son appartenance ethnique ne doit pas avoir accès à la magistrature suprême? L'idée est en elle-même révoltante. L'apartheid sud - africain qui horrifiait tous les Noirs africains, ne disait pas mieux. C'est pourquoi, les Guinéens doivent combattre avec énergie les racistes parmi nous. On peut en venir à bout, je ne les crois pas nombreux.
Je suis d'accord avec Kylé pour dire que le pouvoir de Sékou Touré n'était pas un pouvoir malinké, même si des collatéraux en ont bénéficié plus que d'autres; le pouvoir de Conté n'était pas un pouvoir soussou même si des collatéraux en ont bénéficié plus que d'autres; le pouvoir de Dadis est encore assez « magmatique » pour affirmer que c'est un pouvoir guerzé, même si des collatéraux se font assez voyants qu'auparavant, dans les allées du pouvoir. Mais cela n'a pas beaucoup de chance de durer si les Guinéens le veulent vraiment. A côté de cette énumération, certains ont créé un problème peuhl dont on parle de façon récurrente, mais sur quelle base ? Mystère! Or, nul ne peut concrètement reprocher quoi que ce soit à «un pouvoir peuhl», puisque selon la terminologie de ceux qui se délectent de ce genre de classification, il n' y a pas eu encore de « pouvoir peuhl ». Et la question peut être alors pourquoi pas, d'autant plus qu'il s'agit, pour cette région d'une composante essentielle de notre pays? Et je ne crois même pas sincèrement qu'un grand nombre de nos compatriotes issus de la Moyenne Guinée, apprécieraient et partageraient un tel label. Il ne peut donc pas y avoir un «pouvoir peuhl», même si le Président était issu du Foutah. C'est ce que je crois.
Ce n'est pas de gaîté de coeur que je suis amené, dans la période actuelle à discuter de ce problème fondamental dont il faudra parler les yeux dans les yeux et de façon apaisée. Il ne s'agit pas d'allumer ici des querelles. J'ai parfois écrit que le meilleur Président guinéen, les meilleurs Serviteurs de l'Etat guinéen, peuvent venir de n'importe quelle région, sans qu'on parle de «tour» mais que l'important devrait être qu'ils soient les meilleurs pour relever la Guinée de son état de sous-développement en tout. C'est pourquoi ceux qui posent, à propos de la Présidence, la question en terme de «tour» ne semblent pas l'avoir posée dans une perspective nationale. Quand certains de nos compatriotes forestiers vont jusqu'à dire qu'on a créé des difficultés à Dadis parce qu'il est forestier, on voit qu'ils sont complètement à côté de la vision rationnelle de la gestion d'un pays. Seul un lamentable complexe d'infériorité peut amener à ce genre de réflexe.
Un pays n'est pas un plat de riz qu'on se partage. Autrement dit, l'Etat ne peut pas se comparer à un plat de riz où chacun vient prendre sa poignée, il doit être au service de tous ses citoyens par une gestion et un fonctionnement assurés par les plus compétents des citoyens. Aux compatriotes Forestiers, je dis que Dadis n'a ni les compétences,ni les dimensions intellectuelles et morales, ni d'autres capacités pour sortir la Guinée Forestière de son enclavement encore moins pour embrasser les nombreux problèmes complexes de l'ensemble de la Guinée. Si des Forestiers estiment qu'ils doivent faire « leurs tour » dans les hauts lieux de la République (j'ai dit que je n'apprécie pas cette notion de «tour»), eh bien! ils peuvent trouver de meilleurs candidats que Dadis à Kissidougou, Guékédou, Macenta, Beyla, Lola, Nzérékoré, Yomou. Ces candidats accèderaient à ces hauts lieux de la République par la voix du peuple guinéen ou par leur compétences techniques et non comme Dadis qui s'est servi des armes que l'ensemble du pays a payés pour que des militaires le défendent contre les attaques venues de 'extérieur. Vous devez donc comprendre qu'il ne fait que retarder le règlement inéluctable des problèmes guinéens.
Aussi chers compatriotes Forestiers, ne vous faites pas d’illusions, Dadis n'est pas là pour longtemps. Souvenez-vous, surtout, des tristes et dramatiques mésaventures de Samuel Doe et de Charles Taylor au Libéria, de Foday Sankon en Sierra Leone, de Robert Gueï en Côte d'Ivoire, de Joao Bernardo Vieira en Guinée-Bissau, etc. Mais l'obstination dans la quête du pouvoir fait croire à ceux du Camp Alpha Yaya qu'ils sont à l'abri de mésaventures semblables.
Encore sur cette question de « tour ethnique », je vais ajouter ceci. Par mon expérience professionnelle, j'ai été amené à écrire pas mal, dans le cadre de travaux universitaires, sur la Région que j'habite depuis longtemps, la Bourgogne et sur d'autres Régions françaises. Le recours à des sources de documentation historiques m'a montré qu'à partir de l'avènement de la République française (1792-1804;1848-1852;1871-1940;1944...),il n'a jamais été question de tour régional et les Présidents de la République sont sortis des plus petits villages aux plus grandes villes du pays sans aucun ordre précis mais selon les mérites personnels. En me référant à cet exemple, il ne s'agit nullement de copier des ailleurs mais de rapporter des constats. Tant qu'on n'aura pas trouvé des solutions aux problèmes ethniques, le boulet à traîner qu'ils constitueront dans le développement national, nous handicapera encore longtemps. (Pour curieux voir:
www.bm-dijon.fr:cf Recherche documentaire, Bourgogne, rechercher : auteur : Ansoumane DORE)
Comme autre point de son texte Kylé parle de gouvernement d'unité nationale et non d'union nationale. Dans un article du 15 janvier 2008: «L'unité nationale (suite et fin)», j'avais écrit alors que trois choses importantes, à mes yeux, avaient été méconnues dans la gouvernance en Guinée, depuis l'indépendance: l'esprit de Loi, le souci de l'unité nationale, la pratique du gouvernement d'union nationale et de démocratie. Je souhaiterais donc faire une mise au point commune ultérieure avec Kylé sur ces questions.

Enfin, l'une des priorités qu'il mentionne sur la sécurité des populations civiles ne peut que faire l'unanimité compte tenu de l'insécurité volontairement entretenue pour soumettre les Guinéens au diktat

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