Réaction à « L'ONU recolonise l'Afrique », par Tierno Monenembo

L'article de Tierno Monenembo fait une analyse confuse pour nous en termes d’objectif au point que son message devient équivoque: chacun y trouve son compte ; les dictateurs qui instrumentalisent les sentiments anti-impérialistes pour se défendre et ceux qui luttent pour la démocratie.

Nous pensons qu’il aurait mieux fait de choisir son camp clairement (Ouattara- Gbagbo) et écrire ses griefs contre l’Occident séparément dans une autre libre opinion ; car c’est ce dont il s’agit ici. Imaginez dire que Sékou Touré (AST) ou Dadis sont des monstres mais puisque les Occidentaux s'en mêlent, il faut les comprendre et même les défendre car cela fait de nous alors de ‘’bons’’ Africains. Désormais pour certains Africains, les crimes et violations des droits de l’homme par des autocrates sont ‘’tolérables’’ et compréhensifs dès lors qu’il y a des condamnations de ceux qui nous ont colonisés. Un intellectuel doit choisir et argumenter sa position. Pour nous, Tierno Monenembo n'a pas osé choisir, probablement influencé par son traumatisme guinéen récent, hélas. Qu’aurait-il dit si en son temps, avec tout ce qui était écrit sur les crimes de AST et son régime sanguinaire, la Communauté Internationale demandait au Leader Suprême de la République Populaire et Révolutionnaire de Guinée de quitter le pouvoir sous peine de sanctions, etc ? Tierno Monenembo se serait-il insurgé en disant que c’est de l’ingérence ? Très certainement, non !

Le problème est que les plus grandes atrocités peuvent être commises en Afrique et durer longtemps sans qu’aucun penseur et défenseur des droits de l’homme du continent ne dise un mot. Par exemple, le Sud Soudan, le Darfour, où les Soudanais arabophones asservissaient ceux du sud ; la Mauritanie qui tolère encore l’esclavage en 2011 ; les escadrons de la mort de Laurent Gbagbo et l’Ivoirité de Konan Bédié en RCI; les tueries et viols récurrents en Guinée depuis 2007 et tant d’autres cas en Afrique. Seuls les Occidentaux à travers leurs ONG, leurs media et parfois leurs hommes et femmes publics, comme les acteurs ou chanteurs, font le nécessaire pour attirer l’attention en dénonçant publiquement et exigeant que quelque chose soit fait. Bien que de plus en plus certains Africains s’organisent aussi mais cela est encore marginal.

Quel est le problème de nos intellectuels lorsque des vies peuvent être sauvées ou améliorées en exigeant le départ de dictateurs ? Vous ne prenez pas vos responsabilités, d’autres le font à votre place ! Evoquons les cas de Sékou Touré, de Dadis Camara et de Robert Mugabe que certains Africains soutiennent, pas pour ce qu’ils ont fait ou font pour leur pays mais pour leurs paroles de défiance envers l’Occident auquel ils font allégeance tôt ou tard de toutes les façons.

A propos du TPI dont on se plaint aussi, pourquoi aucun pays africain ou l’UA ne porte plainte contre les auteurs d’exactions qui relèvent de crimes contre l’humanité pendant la période de l’Apartheid malgré l’amnistie de leur pays ? Ou encore, les habitants de Diego Garcia -dans l’Océan indien- ont été déportés de force et interdits de retourner sur leur territoire simplement parce que les Américains y ont établi une base militaire. Voilà des causes qui méritent l’attention de nos intellectuels et que l’UA aurait pu saisir et interpeller les Britanniques.

Le problème est que nous nous mettons en marge de l’Humanité et jouons aux éternelles victimes sans jamais assumer pleinement nos responsabilités et devoirs dans Monde : il y a des graves problèmes de toutes sortes, quelle est la voix ou les voix de l’Afrique ? Qui connait nos positions ? En avons-nous une d’abord ? Notre retard économique ne peut être une excuse pour suivre les autres sans jamais intervenir de façon décisive par la parole. Ils ne sont pas plus intelligents que nous !

Pour revenir au cœur du sujet, Tierno Monenembo comme de nombreux Africains profitent de situation critiques comme celle de la RCI pour régler leurs comptes avec l’Occident. Ils pourraient le faire de façon légitime spontanément sans créer de polémique et surtout faire diversion alors que des vies d’innocents sont en jeu á cause de dictateurs démagogiques, beaux parleurs et manipulateurs comme Laurent Gbagbo. Comme notre nouveau président désigné, Alpha Condé, pendant qu’ils vous frappent et vous agressent, ils crient en même temps au secours pour créer la confusion et manipuler les gens.

Quant-à la question concernant la légalité de l’ONU à intervenir en RCI, voila un élément de réponse (encore une fois), ci-dessous, extrait d’un article de Venance Konan, journaliste et écrivain ivoirien :

(…) Sans doute que dans le confort dans lequel ils vivent à Paris, ils n’ont pas remarqué qu’en 2005, ce sont les leaders politiques ivoiriens, avec à leur tête le président de la république d’alors, Laurent Gbagbo, qui ont demandé à l’ONU de venir certifier tout le processus électoral ivoirien. Et chaque étape du processus a dû être validée par l’Onu avant que l’on ne passe à la suivante. (…). Entre temps, il avait signé l’accord politique de Ouagadougou et ses différents ajouts, avec M. Guillaume Soro qu’il a présenté avant l’élection comme le meilleur des ses différents Premiers ministres. C’est cette communauté internationale, aujourd’hui vouée aux gémonies, qui avait financé tout ce processus. Et c’est lorsqu’elle a validé la liste électorale qu’on est allée à l’élection. Personne à cette époque n’avait parlé d’ingérence étrangère et de souveraineté nationale bafouée. Nous sommes allés au premier tour du scrutin, avec toujours les rebelles armés au nord. Personne, ni ici, ni ailleurs n’y avait trouvé à redire. Les résultats qui plaçaient M. Gbagbo en tête ont été acceptés par tous, après la certification du représentant de l’ONU. Et dans les attendus du décret signé par M. Gbagbo pour convoquer les Ivoiriens au second tour, il est bien mentionné « vue la certification des résultats du premier tour par le Représentant spécial du secrétaire général de l’ONU… » Je vous rappelle que M. Gbagbo avait instauré un couvre-feu sur toute l’étendue du territoire, sans avoir prévenu qui que ce soit, à la veille de ce second tour. Et il avait dépêché 1500 soldats dans les zones occupées par la rébellion. A l’issue du scrutin, personne, parmi les personnes présentes sur place et habilitées à rendre compte de la manière dont les opérations se sont déroulées, à savoir les préfets et sous-préfets nommés par Laurent Gbagbo, les observateurs de l’ONUCI, de l’Union européenne, de l’Union africaine, de la CEDEAO, du Centre Carter, les journaliste présents, et Dieu seul sait combien ils étaient nombreux, personne n’a signalé(…). On ne nous a signalé aucun incident entre les soldats envoyés pas Gbagbo et les Forces nouvelles. On est d’accord ? Et voici qu’à peine le président de la CEI a-t-il donné les résultats provisoires que le président du conseil constitutionnel se précipite sur le plateau de la télévision pour annoncer que ce que le président de la CEI a dit est nul et non avenu, parce que des résultats seront annulés. Et quelques heures plus tard, sans que l’on sache ni comment, ni quand il a enquêté, il annule d’un trait les résultats de tous les départements du nord en y ajoutant Bouaké qui est au centre, (…). Mais ce qui est absolument inacceptable dans l’attitude du Conseil constitutionnel est qu’il a pris sa décision totalement en dehors du droit. La loi ivoirienne dit très précisément ceci : « dans le cas où le Conseil constitutionnel constate des irrégularités graves de nature à entacher la sincérité du scrutin et à en affecter le résultat d’ensemble, il prononce l’annulation de l’élection et notifie sa décision à la Commission électorale indépendante qui en informe le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies et le Représentant du Facilitateur à toutes fins utiles. La date du nouveau scrutin est fixée par décret pris en conseil des ministres sur proposition de la CEI. Le scrutin a lieu au plus tard 45 jours à compter de la date de la décision du Conseil constitutionnel. »

 

Voilà l’extrait, et tout cela est vérifiable par chacun. Il est regrettable de vouloir utiliser les Ivoiriens pour régler nos comptes avec la France.

L’ONU et ce que nous appelons communément la ‘’Communauté Internationale’’ est si puissante en Afrique à cause de notre manque de droiture, de la faiblesse et surtout la vénalité des personnes mises à la tête de nos institutions républicaines. Voila nos problèmes et non les ingérences occidentales ! L’ONU a bien condamné le manque de légitimité des présidents zimbabwéen et Kenyan mais l’organisation n’a jamais contredit la proclamation des résultats a fortiori nommé le vainqueur dans ces pays. Pourquoi ? Parce que l’ONU, contrairement à la RCI, n’a jamais été invité au Zimbabwe ou au Kenya a superviser les résultats et les certifier pour éviter les tripatouillages auxquels nous sommes tous habitués en Afrique. De la même manière en Guinée, la Communauté Internationale n’a pas été impliquée dans l’organisation des élections bien qu’elle ait financé tout le processus. A ce sujet, soyons honnête avec nous-mêmes et admettons que les Occidentaux ne pouvaient prendre le risque de déstabiliser la Guinée en supportant les réclamations d’un candidat qui a fait preuve de tant de faiblesses et sans démontrer une capacité de fermeté nécessaire pour diriger le pays. Sans parler, convenons-en, de son manque d’entregent au niveau des décideurs du Monde, hélas. Cela fait aussi partie, certes, de la politique mais sans être un handicape majeur insurmontable.

Le droit et la légitimité en politique africaine sont devenus pour beaucoup d’Africains penseurs un domaine de subjectivité, lié à leur humeur et sentiments à l’égard des ’’Roses’’ (Blancs), autrefois les maitres absolus sur nos territoires. Cette logique irréaliste avait aussi poussé certains à défendre notre Dadis en 2009.

Les Africains sont masochistes ou/et sadiques au point de voir les malheurs infligés aux siens et rester sans réaction ? Nous avons sans aucun doute un problème avec les notions de droits de l’homme dans la conception occidentale.

La Francafrique, tout comme les Américains le faisaient en Amérique latine sera une réalité encore quelques années mais lui attribuer tous nos malheurs est une diversion. Les problèmes de l’Afrique sont ses dictateurs et leur apologistes sous prétexte de ‘’souveraineté’’ nationale alors que le peuple est exploité et asservi par ses propres dirigeants. Nous devons absolument nous décomplexer et nous départir de ce reflexe des ‘’indépendances’’ qui fait que nous nous braquons dès l’Europe ou l’Amérique s’ingère dans nos affaires pour notre bien commun (eux et nous). Lorsqu’ils interviennent positivement, acceptons les ; et s’ils ont tort, dénonçons les aussi sans retenu ni peur.

Je suis ségrégué aujourd’hui en Guinée, en RCI, pas à cause de mon phénotype ou un autre signe distinctif (nous avons tous la même apparence) mais simplement pour mon patronyme ; en Mauritanie, il y a l’esclavage encore ; au Gabon, j’ai besoin d’un visa d’entrée (alors que les Français n’en ont pas besoin) ; Kadhafi, l’africaniste, enferme dans des camps les Africains refoulés d’Europe ; aucun Occidental ne reste au chômage en Afrique parce qu’il est ‘’Rose’’ (Blanc), tout le monde est fier de lui offrir du travail ; etc., etc... Voilà nos vrais défis ! Ces problèmes endogènes résolus et la volonté du peuple vraiment respectée avec enfin des personnalités dignes et indépendantes à la tête de nos institutions, la Francafrique ne pourra plus survivre en sangsue opportuniste. En fait, nous sommes victimes de nos contradictions, notre manque de réalisme politique et surtout de nos intérêts individuels égoïstes.

Pour finir, avouons que la Francafrique et la Communauté Internationale ne sont que des alibis très populaires en Afrique pour régler des comptes personnelles d’ordre existentiel de la part de nos intellectuels et pour masquer leur échec pour nos leaders politiques. Laurent Gbagbo disait lui-même : « lorsque tu joues bien, même si l’arbitre est contre toi, tu va gagner ». Il a su piéger légalement (en se basant sur la constitution ivoirienne) la France et l’ONU en 2002 au point de se croire un génie qui peut désormais marcher sur l’eau ; d’où son pari insensé de faire l’exégèse des lois à sa convenance pour se maintenir après 10 ans déjà au pouvoir.

Pour beaucoup d’opposants, face à des dictateurs disposant des ressources de l’Etat et d’une milice, leur seul et denier recourt reste l’Etranger (par exemple, le débarquement de novembre 1970 en Guinée); et pour tout politique pragmatique, peu importe que le ‘’chat soit gris ou noir pourvu qu’il attrape des souris’’ (paraphrase). Et nous savons tous qu’en termes de relations internationales et de géopolitique, chaque situation est un cas d’espèce malgré des similarités éventuelles (Kenya, Zimbabwe, Guinée, RCI, etc).

L’Asie a aussi connu à quelques différences des colonisations comme nous ; mais malgré le manque de démocratie libérale et de nation achevée dans tous ces pays, la plupart a bien progressé, mieux que l’Afrique. Pourquoi ? Méditons !

Ibrahima Diallo -‘’Ollaid’’

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