Retour sur les derniers évènements

Le 15 Novembre dernier, le général Sangaré, Président de la CENI annonçait officiellement ce que beaucoup savaient depuis une semaine déjà : des résultats consacrant la victoire d'Alpha Condé.

Il existe plusieurs raisons à ce résultat pourtant difficilement compréhensible, ce que je me propose de faire maintenant. Il y aura évidemment plusieurs conséquences à en tirer, ce que je ferai ultérieurement.

Afin de donner mon sentiment – forcément subjectif, il est toujours utile de le reconnaître -, il convient pour ce faire d'évoquer :

  • les résultats proprement dits, et la procédure devant la Cour Suprême,

  • le comportement des forces en uniformes et du gouvernement,

  • le comportement de la communauté internationale,

  • les réactions des uns et des autres.

Les résultats proprement dits, et la procédure devant la Cour Suprême

N'étant pas membre de l'UFDG, mais ayant écrit de nombreux textes pour montrer que Alpha Condé n'est pas celui qu'il prétend être (les actes comptent davantage que les mots, j'y reviendrai ci-dessous), j'avais reçu des copies de PV et des documents de synthèse pour avis. Les documents reçus montrent indéniablement des « bizarreries » (dont certaines seront qualifiées de fraudes) entre les résultats réels acceptés par tous, et les documents envoyés à la CENI. Il reste à connaître l'étendue de celle-ci. Des exemples de ces irrégularités commencent à fleurir sur différents sites.

La CENI vient par ailleurs de mettre en ligne les différents PV, mais il ne m'est pas possible de les analyser tous en peu de temps. Cela sera fait ultérieurement à tête reposée, car ils feront indéniablement partie de l'histoire de la Guinée. Ceci étant, la fraude la plus subtile, évoquée par l'UFDG n'est pas à proprement dite liée aux PV eux-mêmes, bien que des irrégularités existent là aussi, mais relève davantage des retranscriptions informatiques au moment de la centralisation.

Face à ces irrégularités, il était donc logique et souhaitable que Cellou Dalein et son équipe fassent un recours auprès de la Cour Suprême, ceux qui prétendent se battre pour la démocratie ne devraient pas s'en offusquer. A mon sens néanmoins, la Cour Suprême ne remettra pas en cause les résultats (même si cette fraude était avérée). Les documents qui illustrent ces résultats ont été publiés - c'est une première intéressante -, afin d'informer un public élargi (y compris la communauté internationale) de ce qui s'est passé.

En fait, il ressort du processus électoral, que certains considèrent qu'il faut gagner à tout prix, quels que soient les moyens : Sékou Touré et Lansana Conté ont organisé des élections parce qu'ils étaient sûrs de les gagner, cela ne les a pas empêché d'être respectés par la communauté internationale. Apparemment seul le résultat compte. D'autres au contraire veulent des élections propres, mais il semble que nos structures ne soient pas encore prêtes pour faire gagner un candidat dans ces conditions.

En fait, la seule différence entre un Louncény Camara et le général Siaka Sangaré, est que le second a pris son temps, de façon à permettre au gouvernement d'analyser les réactions de ses adversaires et de prendre ses dispositions. Il n'y a qu'à voir les brigades armées au Fouta et dans certains quartiers de Conakry ensuite (des militaires se trouvaient même à Ratoma avant les résultats), pour se convaincre que tout était organisé. On peut à la rigueur imaginer que devant l'ampleur des fraudes, le général Sangaré a pu hésiter néanmoins, mais le général Konaté ayant pris ses dispositions, a mis la pression pour qu'on annonce les résultats fabriqués pour la circonstance.

Si on partage l'idée du général Siaka Sangaré d'une élection libre (elle l'est relativement, sauf pour certains ressortissants de Siguiri et de Kouroussa) et démocratique, cela ne signifie pas qu'elle soit crédible et encore moins transparente.

Crédible, elle ne l'est pas à partir du moment où 100 000 Guinéens seulement sont recensés à l'étranger. Il y a des même xénophobes, pour oser dire que ce sont des étrangers. Elle ne l'est pas davantage, du fait d'un recensement électoral (évaluation à la louche) et non en fonction de la population réelle.

Quant à la transparence, si elle s'est améliorée tout au long du processus, jusqu'à la publication des procès-verbaux par la CENI, elle est loin d'être parfaite (quid des listes électorales parallèles, actions concrètes vis-à-vis des déplacés, situation à Siguiri et Kouroussa, configurations informatiques ...).

La stratégie de récusation des votes de Siguiri et de Kouroussa a davantage une valeur symbolique, même si la fraude y a été plus importante qu'ailleurs. Qui peut m'expliquer :

  • comment Cellou est passé de 10 140 voix au premier tour à lui tout seul, à 6 440 voix avec ses alliés ?

  • pourquoi les propres assesseurs de l'UFDG de Siguiri n'ont même pas voté pour le représentant de leur parti ?

  • comment la totalité des inscrits de certains bureaux de vote et même davantage y ait voté ?

A mon sens, la Cour Suprême va se comporter comme elle l'a fait au premier tour, entérinant les résultats après avoir apporté quelques modifications pour montrer qu'elle a pris en compte certaines revendications (en annulant certains résultats pour fraude), tout en voulant montrer son indépendance. Cela lui est permis puisque dans l'hypothèse, ou la suppression des résultats amènerait une modification des résultats définitifs, la Cour Suprême n'oubliera pas – suite à la plainte d'Alpha Condé – de trouver une compensation, en vue de ne pas toucher aux résultats définitifs. La Cour Suprême de Guinée n'est pas connue pour remettre en cause les décisions de l'État. En outre au premier tour, contrairement à ce qui lui est permis, elle a introduit des considérations de fait (et non seulement de droit) pour rejeter certaines prétentions de candidats du premier tour. Certains juristes prétendent que pour des besoins de paix sociale, la Cour Suprême elle-même était habilitée à violer ses propres règles. On croit rêver !!!

Les juristes sont rémunérés pour dire le droit, rien que le droit, toujours le droit, quoiqu'il en coûte, c'est aux politiques de prendre leurs responsabilités.

La Cour Suprême a pourtant la possibilité d'inverser l'ordre des résultats au vu de l'étendue des fraudes informatiques, mais ce n'est pas la solution qu'elle retiendra, pour différentes raisons sur lesquelles on pourra éventuellement revenir, à l'occasion de la proclamation définitive des résultats.

Enfin la dernière solution consisterait à refaire le deuxième tour des élections. Là encore, c'est une hypothèse théorique possible, mais qui sera écartée dans la pratique. Officiellement il sera argué qu'il n'y a plus de fonds consacrés à cette élection, et la campagne a tellement été tendue, que personne – notamment ceux qui l'ont provisoirement gagné - n'a envie de recommencer.

Le comportement des forces en uniformes et du gouvernement

A moins de considérer Amnesty International ou ICG comme des « suppôts de l'impérialisme » pour employer une expression qui pourrait redevenir en vogue à Conakry, ce que nous appelons armée, police, fossepel, gendarmerie, bérets rouges, bérets verts... reste encore composée de meurtriers (ou pire d'assassins), ce qui, eu égard aux charges budgétaires qu'elle représente par ailleurs, en fait le problème numéro un pour n'importe quel futur gouvernement.

Selon ces deux ONG, les forces de sécurité ont réalisé des attaques ciblées et systématiques contre les peuls. Il n'y a rien d'original, cela fait partie du vade mecum de la lutte anti-révolutionnaire : terroriser l'ennemi pour l'inhiber et l'empêcher de réagir.

Officiellement aucun bilan n'a été fait. Ce sont ces ONG et la Croix Rouge qui ont comptabilisé une dizaine de morts, trois centaines de blessés (dont une cinquantaine de blessés par balles), et une centaine d'arrestations. On a du mal à comprendre ce que ces forces dites de sécurité vont chercher dans les maisons.

JMD et bien entendu le général Konaté, n'ont rien fait lors des évènements de Siguiri, alors que la situation l'exigeait. En revanche, JMD ose dire que les autres communautés (non peules) de Moyenne Guinée n'ont eu la vie sauve, que grâce à son intervention. Toute exaction, quel qu'en soit le sens, est à condamner et à poursuivre, mais n'importe quel gouvernement doit assurer la sécurité de ses citoyens, quels qu'ils soient, sauf à considérer, qu'il existe en Guinée des citoyens dignes de respect et des sous-hommes, dont on n'a pas à se préoccuper.

Pourquoi solliciter le couvre feu à Labé, Pita, Dalaba et Koubia ? À Ratoma ?

Plusieurs observateurs estiment que le fait que le gouvernement n'ait pas sanctionné les auteurs - connus de tous - des troubles meurtriers à Siguiri, Kankan et Kouroussa en Octobre dernier a fortement contribué à la situation actuelle d'affrontements violents et meurtriers. Un observateur des droits de l'homme a même déclaré que : « les attaques contre les forces de l'ordre sont inadmissibles ! Mais comme le gouvernement n'a rien fait quand des citoyens guinéens furent attaqués, tués et dépossédés chez eux en Octobre, du simple fait de leur origine, sans identifier les coupables connus de tous, encore moins les traduire en justice, on ne doit pas s'étonner de ce qui arrive actuellement. Qui sème le vent récolte la tempête ! ».

C'est finalement le gouvernement qui attise les violences. Pendant deux à trois jours, il y a eu 7 morts officiels (ce qui signifie davantage en fait), une trentaine de blessés hospitalisés, et encore des cas de viols.

Même si ce sont des jeunes qui ont commencé à barrer des routes, brûlé des pneus..., on a du mal à comprendre à quoi servent les forces de sécurité. Depuis 50 ans, ce qu'on appelle armée au sens large est payée, logée, nourrie, équipée en matériel (véhicules, carburant, armes, matériel...), et j'en passe. Qui est capable de me dire quelle est la contrepartie à ces avantages indus ? En admettant qu'ils soient intervenus en Novembre 1970 (davantage pour protéger un régime qu'un pays) et au début des années 2000 pour la défenses des frontières leonaises et libériennes, les forces de sécurité n'ont servi à rien d'autre au pays. Ils sont 30 à 45 000 selon les sources (alors que 10 000 suffiraient) à consommer un maigre budget qui pourrait être utile à effectifs équivalents, à des recrutements d'enseignants et de médecins.

Lorsque l'on a besoin d'eux pour rétablir l'ordre, non seulement ils ne savent pas le faire pacifiquement (avec des matraques ou des canons à eau par exemple), alors que c'est leur raison d'être, mais ils deviennent dangereux pour la population, puisqu'ils tirent à vue avec des balles réelles. Au sein de la population, il existerait des « ennemis intérieurs » qu'il faut éliminer comme s'il s'agissait de l'invasion d'une troupe étrangère qui agresserait la Guinée. Pour montrer leur efficacité, ils ajoutent le courage en tirant dans le dos de civils désarmés, parfois des enfants, parfois des femmes. Il y a de quoi être fier de notre vaillante armée !!!!

Ceux qui approuvent le fait que l'état d'urgence ait ramené le calme ont raison au moins sur un point : les tueries ont cessé (officiellement du moins).

Mais ils oublient que la prononciation de cet état d'urgence avait d'autres finalités : 

  • d'abord répondre aux inquiétudes officielles de certaines structures de la Communauté internationale (Conseil de Sécurité de l'ONU, Haut Commissariat de l'ONU aux Droits de l'Homme, CPI, Amnesty International...),

  • ensuite essayer de rehausser l'image de l'armée, en montrant que lorsque celle-ci prend les choses en mains, non seulement tout se passe bien, mais tout le monde peut se sentir en sécurité. Mais s'il suffisait de prononcer l'état d'urgence en Guinée pour que tout aille bien, il n'y a qu'à décréter l'état d'urgence sine die.

  • ce n'est pas parce que tout le monde a peur de cette armée qu'il y a moins de violence, c'est parce que les militaires eux-mêmes ont arrêté les provocations et la répression. Il ne faut en effet pas oublier que ce sont ces mêmes militaires qui se comportent bien aujourd'hui, parce que cela leur a été demandé, qui tiraient la veille. Bizarrement quand ils arrêtent d'être des criminels, tout redevient calme.

  • en étendant l'état d'urgence à tout le pays, on tend à faire oublier que le couvre-feu décrété par JMD ne visait que certaines zones ciblées.

  • enfin et ce n'est pas la moindre des raisons, aucun militaire n'a été sanctionné depuis le 28 Septembre 2009, ce qui revient à généraliser à tous les bérets rouges ou verts le qualificatif d'assassins, qui n'est pourtant réservé qu'à quelques-uns. Comment la population peut-elle faire la différence entre tous ces bérets identiques, puisqu'aucun n'a été sanctionné.

 

Le comportement de la communauté internationale

Beaucoup de choses ont été dites sur le comportement de la communauté internationale. En Afrique, celle-ci sous-traite de plus en plus ses décisions à certaines structures élargies ou ad hoc, telles la Cedeao, l'OIF, le GIC, l'UA...

Si l'on regarde bien l'ensemble du processus, et ainsi que cela a été dit, ce sont essentiellement les autorités africaines qui ont mis leur poids dans la balance, soit directement (Blaise Compaoré, Abdou Diouf), soit indirectement pour faire entendre leur solution. Faute de n'avoir pas compris cela, Cellou Dalein a payé pour voir.

D'ailleurs dans une interview récente à Jeune Afrique du 18 Novembre, le Président de la Commission de l'Union Africaine, Jean Ping, fait un lapsus particulièrement révélateur : « l’essentiel est que l’UA arrive à faire de la Guinée un exemple sur le continent, avec une élection démocratique qui conduit au pouvoir un opposant historique, Alpha Condé ». On ne peut être plus clair !!!

Mais il en remet de manière inadmissible une couche en disant que « des contestations peuvent avoir lieu, à condition qu’elles ne faussent pas la sincérité des élections ».

Que ceux qui avaient quelques espoirs ne se bercent plus d'illusions.

Les réactions des uns et des autres

Lorsque je vois les commentaires des uns et des autres, j'ai divers sentiments mêlés. En premier lieu, je comprend les réactions excessives du camp des vaincus, parce qu'elles viennent du cœur et sont spontanées. Elles illustrent les frustrations liées au sentiment de sensation de vol (du scrutin), et/ou d'inexistence (répression avec meurtres ciblés).

Que des réactions primaires - mais verbales – aient lieu, cela se conçoit, certains le comprennent, d'autres non, mais réagissent de façon tout aussi primaire.

Si certains sous le coup de l'émotion crient leur colère, d'abord cela ne tue personne, ensuite pour la plupart ils s'attaquent à certains individus (Alpha Condé, JMD, Konaté) mais pas à une communauté entière. C'est la vérité qui fâche dit le proverbe, cela signifie donc que si certains se sentent concernés, y compris par des insultes ciblées, c'est qu'ils s'estiment solidaires de ces gens. Ils reprochent aux autres ce qu'ils font eux-mêmes. C'est désespérant.

Ceux qui réclament l'autonomie ou l'indépendance du Fouta, le font maladroitement, sans doute sous le coup de l'émotion, ce que tout le monde devrait comprendre, car cette idée n'a aucun intérêt économique, social et culturel. Il ne faut pas répondre à quelques ethnocentristes par un repli sur soi ou par des méthodes identiques. A l'inverse ceux qui considèrent que les peuls n'ont pas leur place en Guinée – et il y en a, j'ose espérer de façon minoritaire -, ne perdent rien pour attendre. La justice est toujours très lente, mais elle reste efficace et effective, dès lors que certains veulent bien la mettre en œuvre. Et quoiqu'on en dise, il faudra bien que certains comprennent que les choses ont changé, mais pas forcément comme ils le conçoivent.

L'armée, ou plus exactement la bande de brutes qui s'est arrogée le pouvoir, a décidé par intérêt - il n'y a plus d'assistance internationale (à part le financement des élections et quelques secteurs ciblés) depuis un certain temps -, de rendre le pouvoir non pas aux civils, mais à un civil désigné par eux. Au premier tour, je ne fais pas partie de ceux qui disent qu'il n'était pas qualifié. C'est probable au vu des évènements ultérieurs, mais ce n'est pas prouvé. En revanche, quoiqu'on en dise... Alpha Condé a été imposé par bon nombre d'individus au deuxième tour, et ceux-ci devront le soutenir, ce qui ne sera pas la moindre des difficultés.

En effet, un gouvernement d'union nationale, si cela peut paraître une bonne idée sur le papier, a besoin d'être précisé, car les tenants et aboutissants restent flous. Il existe toutefois bon nombre de conditions – peut-être insurmontables et/ou rédhibitoires – qui empêchent de la mettre en œuvre. J'y reviendrais bientôt.

 

Gandhi, citoyen guinéen

 

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