Sidya Touré face à la presse: Cette politisation excessive est à mon sens source de tension que nous devons éviter

Le président de l’Union des Forces Républicaines (UFR), Sidya Touré a animé une conférence de presse à Coleah, pour se prononcer sur la situation sociopolitique de la Guinée après six mois du Pr. Alpha Condé au pouvoir, a-t-on constaté.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, le président de l’UFR a expliqué le motif de son silence depuis l’investiture du nouveau président de la République. Selon lui, il fallait prendre une distance pour mieux observer l’évolution de la situation avant de faire des commentaires.

Ensuite, il a rappelé que l’opposition guinéenne a mené un long combat pour obtenir un certain nombre de choses dont entre autres, la liberté d’expression à travers la création des médias privés, ainsi que la mise en place de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

Pour Sidya Touré, six mois après l’investiture du nouveau président, il y a des inquiétudes sur tous les plans notamment, les questions institutionnelles, la gestion au quotidien de l’administration, et le volet économique et financier.

S’agissant des questions institutionnelles, l’ancien allié de Cellou Dalein Président, a, une fois encore regretté le fait que l’administration du territoire veut se substituer à la CENI pour organiser les élections législatives. Ceci, précise-t-il, est en contradiction totale avec la constitution en son article 132 qui désigne la CENI, la seule institution chargée d’organiser les élections politiques en Guinée.

Poursuivant, il a réitéré sa position et celle du collectif des partis politiques qu’il dirige, de s’opposer à tout nouveau recensement comme le veut le Président de la République. Avant de préciser qu’il est partisan d’une révision du fichier électoral.

« L’idée de consacrer cent millions de dollars us (100 millions$) pour refaire une nouvelle liste électorale, ne me semble pas conforme à la situation de précarité économique et financière de notre pays. Ce qui risquerait de provoquer une tension autour d’un sujet qui n’en vaut réellement pas la peine », déplore-t-il.

En outre, Sidya Touré s’est dit inquiet par rapport à certains décrets du Président Alpha Condé notamment, la dissolution des conseillers communaux en les remplaçant par des délégués spéciaux, parce que, poursuit-il, ils ne sont pas favorables à son régime.

Avant d’ajouter que tous ces actes ne feront qu’aggraver la situation sociale en Guinée. Pour lui, la solution était d’organiser rapidement les élections législatives en vue de mettre fin à la transition qui ne fait que perdurer.

« Cette politisation également qu’on remarque de plus en plus dans la vie en Guinée, on a l’impression qu’il n’y a plus que de la politique. Cette politisation excessive est à mon sens source de tension que nous devons éviter », a prévenu le numéro un de l’UFR en précisant que l’essentiel du pouvoir actuel, était de lutter contre la pauvreté, l’amélioration des conditions de vie des guinéens.

En ce qui concerne l’administration, Sidya dit ne pas comprendre qu’on puisse nommer des ministres sans une structure ministérielle. Pour preuve, affirme-t-il, des conflits de compétences apparaissent un peu partout.

« Il y a un fossé entre les nominations et ce que nous observons sur le terrain. Beaucoup de fonctionnaires qui ont été décriés dans l’ancienne administration contre lesquels, nous nous sommes battus avec en tête le parti au pouvoir, reviennent aujourd’hui pratiquement pour narguer la population comme si les morts de 2006-2007 n’avaient servi strictement en rien », s’est-il indigné.

Il a aussi déploré la politisation de l’administration. « L’administration est aujourd’hui caporalisée par le parti au pouvoir. Nous n’avions pas vu ça même au temps du PUP », a-t-il ironisé.

Sur plan économique, Sidya Touré se dit surpris parce que, précise-t-il, entre le discours et la réalité, le fossé est grand.

« J’ai accordé beaucoup d’attention sur le budget 2011. Je me suis aperçu qu’il ne correspondait pas à grand-chose tant au niveau des recettes que des dépenses. J’avais entendu des déclarations tonitruantes sur le fait que le déficit budgétaire qui était à 13 pour cent l’année dernière, allait être ramené à deux pour cent cette année. Et quand j’ai lu le budget, je me suis aperçu sur les 1 milliards 2 cent millions de dollars du budget, le déficit du budget représentait pratiquement 467 à 470 millions de dollars (…) », a-t-il expliqué, en se posant la question de savoir pourquoi les 700 millions de dollars que Rio Tinto a payé à l’Etat guinéen et les 15 millions d’Areeba ne figurent pas dans la prévision du budget de l’Etat.

 

Sarifou Barry

Conakry, Guinée

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