Sortie de ALPHA CONDE sur la présidentielle: Il risque de pleuvoir sur Conakry

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La Guinée Conakry ressemble à une mine anti-personnelle, prête à exploser à tout moment. Depuis la mort de Lansana Conté, en décembre 2008, le front politico-social du pays est constamment en ébullition. Toute l’histoire politique de ce pays est une histoire de violences, si fait que la tambouille semble devenue un état d’esprit.

C’est dans ce contexte que se déroule l’interminable feuilleton électoral qui a accaparé, depuis des mois, l’attention de la classe politique guinéenne.  Il s’agit des élections locales et présidentielle dont l’organisation est perturbée par un long bras de fer entre le pouvoir et l’opposition.

Les partis de l’opposition veulent que les élections locales se tiennent avant la présidentielle comme le prévoit l’accord signé en 2013. Le pouvoir d’Alpha Condé et la Commission électorale nationale indépendante (CENI), eux, ont fixé en janvier 2016 la date des élections locales et entendent organiser, le 11 octobre 2015, l’élection présidentielle.

Sur la date du 11 octobre, le président guinéen se montre intransigeant avec ses opposants. Le professeur est prêt à aller aux élections, avec ou sans son opposition. « Nous irons aux élections le 11 octobre. Nous ferons tout pour que tout le monde aille aux élections, mais ceux qui ne veulent pas aller aux élections n’iront pas ».

Sachant que l’exigence de son opposition reste la tenue des locales avant la présidentielle, le pouvoir en place en Guinée montre, à travers ces propos de Condé, qu’il n’entend pas se plier à quoi que ce soit et qu’il pourrait se trouver, le cas échéant, des candidats motards, c’est-à-dire accompagnateurs. 

Dans une Guinée au tempérament sulfureux, il faut craindre pour la stabilité du pays car le président vient là, de faire une déclaration de guerre à son opposition connue pour être l’une des plus teigneuses du continent. Il prend ainsi le risque d’exclure une frange importante de la classe politique et de la population de la Guinée et ouvre, de ce fait, une autre période de troubles politiques. En face, on doit s’attendre à une réaction de l’opposition guinéenne, proportionnellement à la gravité de la situation dans laquelle le Professeur veut mettre son pays, par ses déclarations fracassantes de Dakar.  On comprend le souci de Condé de ne pas « devenir un chef d’Etat hors délais constitutionnels ». Mais il aurait pu, par souci d’éviter à son pays une confrontation meurtrière, rechercher le juste milieu entre la revendication légitime des opposants d’avoir les élections communales avant la  présidentielle et la nécessité de respecter les délais constitutionnels.

Condé est dans une logique aventuriste de dérives autoritaires

Mais on ne refait pas cet homme : le professeur n’a jamais changé son comportement d’opposant, même devenu président. Si, comme il le dit, il a le souci du respect des dispositions constitutionnelles, pourquoi depuis cinq ans, n’a-t-il pas fait le nécessaire pour organiser les élections communales ? Les dernières ayant eu lieu en  2005. C’est dire qu’elles devraient se tenir en 2010. Mais la Cour suprême a prorogé les mandats des élus qui ont été ensuite remplacés par des délégations spéciales nommées par le pouvoir de Condé qui y a placé ses hommes. C’est dire que le régime bafoue d’un côté, les lois et, de l’autre côté, demande à ce qu’on les respecte quand ça l’arrange. Dans ce forcing pour tenir le scrutin le 11 octobre, Condé sait compter sur la mainmise de ses hommes sur les communes.  Et puis, cette attitude de Condé pourrait être guidée par le souci d’apporter la réplique à la hauteur de l’alliance Cellou Dalein Diallo-Moussa Dadis Camara. Après avoir débauché quelques uns de ses membres influents, il veut davantage affaiblir une  opposition minée par des contradictions et des guerres de leadership. Mais la question que le président devrait se poser est celle de savoir si sa tentation d’aller vaille que vaille à la présidentielle, répond à l’intérêt supérieur de la Guinée. Au regard de son parcours d’opposant « historique », Alpha Condé a l’occasion d’écrire une belle page de l’histoire politique de son pays, mais là, il est en train d’en « rater l’occasion ». En plus de toujours rejeter ses échecs sur les autres, il a contribué à ethniciser davantage l’administration dans son pays, comme s’il avait oublié qu’il doit, avant tout, défendre un bilan à la fin de son mandat. Sacré Alpha Condé ! Il a mis en garde la communauté internationale contre toute ingérence dans le processus électoral d’octobre. Selon lui, le vote est avant tout l’affaire des Guinéens et donc la Guinée n’aura que faire d’un avis de cette communauté internationale.  Une façon de préparer les esprits ? Comment le Professeur peut-il avoir la mémoire si courte ? Car, c’est grâce à cette communauté internationale  que la Guinée s’est remise sur les rails et que, ce faisant, il a accédé à sa tête. On peut dire que Condé est dans une logique aventuriste de dérives autoritaires dont il méconnaît l’issue.

Michel NANA

Source: Le Pays

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