Tensions sociopolitiques en Guinée : Condé, un président opposant

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« Le morceau de bois a beau séjourner dans le marigot, il ne deviendra jamais caïman ». Cette maxime africaine semble bien coller au président guinéen pour certaines de ses prises de position, tant il donne l’impression de se comporter toujours en opposant, face à ses adversaires qui se sont succédé dans les différents gouvernements avec lesquels il eu maille à partir, et aujourd’hui dans l’opposition.

Si bien que l’on ne peut s’empêcher de penser que le problème guinéen a dépassé le simple cadre politique pour se transformer en problèmes de personnes. En effet, dans le bras de fer qui l’oppose en ce moment à cette dernière et qui fait planer de gros nuages sur son pays, Alpha Condé, tout en se disant ouvert au dialogue, a exclu toute possibilité de modifier le calendrier électoral tel que souhaité par ses adversaires politiques, c’est-à-dire les élections communales avant la présidentielle d’octobre prochain. Autant dire qu’il n’y a pas de dialogue puisque c’est la condition que pose l’opposition de son côté pour arrêter ses manifestations, étant donné que les communales reportées en 2016, qui constituent la pomme de discorde, n’en finissent pas de se faire attendre depuis bientôt cinq ans. De ce point de vue, l’on a envie de donner raison à l’opposition. Même si ses adversaires d’hier n’ont pas changé, en rechignant à se montrer bon prince, l’on se demande finalement de quoi a peur Alpha Condé pour adopter une telle posture. Est-ce par esprit de vengeance ? Est-ce par calculs politiques ? En tout cas, l’on a du mal à croire que c’est uniquement dans le but de respecter la date fixée pour la présidentielle de son pays qu’il reste inflexible, alors que la situation de la Guinée est en train de se dégrader de jour en jour, avec des forces de l’ordre qui, fidèles à leur réputation, ne font pas dans la dentelle en matière de répression de manifestants. Hier encore, elles se sont donné à leur jeu favori, en ne faisant pas de cadeau aux manifestants qui ont répondu à l’appel de l’opposition dans tout le pays. Et les choses risquent d’aller de mal en pis avec la mort d’un militant de l’opposition. A ce rythme, Alpha Condé risque de rendre ses contempteurs sympathiques aux yeux de beaucoup de ceux-là mêmes qui leur reprochaient jusque-là leur radicalisme. Quel mal y a-t-il à prendre en compte les requêtes de l’opposition, si tant est que cela soit techniquement possible et puisse contribuer à décrisper l’atmosphère sociale? Au demeurant, à quoi servirait-il d’exposer des vies humaines, rien que pour s’en tenir à un calendrier électoral qui fait polémique ?

C’est à Alpha Condé de se mettre au-dessus de la mêlée

En tout état de cause, ce n’est pas la première fois que le chronogramme électoral est chamboulé en Guinée. En effet, l’on se rappelle qu’avant de se tenir en septembre 2013, les élections législatives qui devaient initialement se dérouler en décembre 2011, avaient subi plusieurs reports. L’on se rappelle aussi qu’entre les deux tours de la présidentielle qui l’a lui-même porté au pouvoir, le délai de trois semaines prévu par la loi, avait été finalement prolongé de 120 jours pour aboutir à ce que l’on sait. C’est pourquoi en se montrant aussi hermétique, le président guinéen donne le sentiment  de chercher des faux-fuyants pour ne pas faire de concessions.

En tout état de cause, l’on ne peut pas être démocrate à moitié. Soit on l’est, soit on ne l’est pas. Aussi pourrait-on se demander s’il ne faut pas finalement désespérer des opposants historiques africains. Car, l’attitude d’Alpha Condé n’est pas sans rappeler celle de   Abdoulaye Wade et de Laurent Gbagbo qui, une fois au pouvoir après de dures et longues années dans l’opposition, ne se sont pas montrés meilleurs démocrates que ceux qu’ils avaient combattus. Pire, ils ont fini par adopter une attitude qui tendait à biaiser le jeu démocratique et à mettre à mal la question de l’alternance dans leur pays.

Cela dit, en adoptant une attitude maximaliste, l’opposition guinéenne donne le sentiment non seulement de vouloir attirer l’attention de la communauté internationale afin qu’elle s’implique dans le processus électoral, mais aussi de chercher à pousser le président Condé à l’erreur. Et s’il n’y prend garde, Alpha Condé risque de tomber dans son piège, en cas de dégradation de la situation. Une situation qui remettrait en cause la tenue des élections à bonne date.

Il est temps pour  la Guinée de rompre avec cette image de pays qui ne peut pas organiser des élections sans contestations. Et c’est à Alpha Condé,  premier président démocratiquement élu de ce pays, de se mettre au-dessus de la mêlée pour prendre des décisions courageuses dans la perspective de la sauvegarde de la paix sociale. L’Union africaine et la CEDEAO sont aussi interpellées pour ne pas laisser la situation pourrir davantage.

Outélé KEITA

Source: Le Pays

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