Une bonne et heureuse année à la Guinée de tous les guinéens

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En ce seuil de Nouvel An, je souffle avec toute la capacité de ma cage thoracique, en concert avec bien d'autres compatriotes Guinéennes et Guinéens UNE BONNE ANNEE 2015 à la Guinée. Une bonne année, cela s'entend sur tous les plans.

** A). Au plan des hommes et d'abord à celui des gouvernants qui sont prompts à justifier toutes leurs actions par le constat qu'ils ne sont pas responsables de l'état stationnaire (pour ne pas dire plus) de la Guinée. Cela, tout le monde le sait et en toute logique, à commencer par eux-mêmes quand ils ont utilisé tous les stratagèmes pour diriger le pays. Il aurait donc fallu que dès le départ de la nouvelle action gouvernementale en 2011, ils proscrivent de leur langage le type de carences consistant à jeter l'opprobre sur les gouvernants coupables de tous les maux de l'ère Conté. Si ceux-ci étaient si coupables de gabegies des deniers publics comme on le criait avant 2011, pourquoi alors les avoir rembaucher au plus près du chef de l'Etat , Alpha Condé? C 'est ce genre d'incohérences qui ont marqué la gouvernance du Chef du RPG, parti au pouvoir, au cours des quatre premières années de son quinquennat (2011-2015). Et pourtant une courageuse position sur le slogan de Changement du RPG, lui aurait sans doute attiré plus d'adhésions populaires que « les statistiques sorties des urnes en novembre 2010 ». A ce constat de petitesse politique se sont successivement ajoutés d'autres, pour, sans aucun doute conserver le pouvoir après l'élection présidentielle de 2015. Deux tentatives peuvent être citées à cet égard.

 
 
Il s'agit d'abord du dernier recensement général de la population guinéenne. Sans aucun scrupule d'aucune sorte , la Région de Haute-Guinée, fief électoral supposé du RPG, est sortie de ce recensement comme étant la première région démographique des quatre Régions guinéennes. Si la Haute-Guinée est effectivement la première région du pays en superficie, elle est de très faible densité humaine (habitant au km2), comme toute la zone de savane en Afrique de l'Ouest, qui ne peut pas la placer au premier rang en Guinée . C'est une constante que j'ai relevée dans les résultats des différents recensements de la population guinéenne d'abord en 1954-1955 (première enquête démographique d'un territoire entier en Afrique Noire française), ensuite pour le recensement de 1977 (Ministère de l'intérieur et de la sécurité) ,etc. Et les recensements futurs montreront sans aucun doute qu'on ne change pas brusquement le classement démographique des régions sans que soient intervenus des bouleversements économiques et sociaux importants qui conduisent à des changements de toutes sortes .
 
 
La seconde tentative de tripatouiller l'élection présidentielle est constituée par la décision annoncée du Président de la République de financer cette élection sur le budget national. En toute occasion, on est habituellement des plus enclins à solliciter l'aide financière extérieure. Tout le monde se souvient encore du tam-tam fait, en son temps, autour de la conclusion de l'initiative pays pauvres très endettés ( PPTE) , pour laquelle les autorités gouvernementales guinéennes donnaient à croire à la population que l'aboutissement de cette initiative des institutions financières internationales, était la fin de tous les problèmes financiers du pays. Et depuis, c'est silence radio. La décision de financement d'élection sur ressources internes pour écarter des observateurs étrangers n'a pas échappé aux leaders de l'Opposition. Et dire qu'Alpha Condé parle de transparence ! Il faut que j'arrête l'énumération des incohérences et des manques de visibilité de la gouvernance en Guinée. Mais les pratiques gouvernementales en vigueur ne mèneront la Guinée nulle part.
 
 
 
Si j'ai cité ces quelques points à propos de mes voeux de Nouvel An à la Guinée, c'est aussi pour souhaiter que le Président Alpha Condé, homme de formation juridique se dégage de la conception primitive du pouvoir de ses prédécesseurs. Cette conception consistait en appropriation privée de l'Etat républicain par le chef de l'Etat, Tout ce qu'on désigne comme institutions républicaines, sont en réalité dépendantes et soumises à la volonté et au contrôle du Président de la République. Les « responsables » de ces institutions républicaines se soumettent et acceptent comme des courtisans dociles cet état des choses avec une incroyable dissonance au regard des discours qu'ils tiennent. Sur ce point, ce qu'il faut mettre en cause , ce ne sont ni la nature théorique du régime républicain en place , ni la constitution, ni les lois en vigueur, mais la sincérité de leur mise en pratique. En ce XXIe siècle, les principes généraux de droit sont à peu près les mêmes partout sur la planète terre. Seules des différences de détails peuvent se rencontrer ici ou là. C'est de la lapalissade mais qui a besoin d'être dite sur la planète Guinée où des gens estiment qu'il faut une constitution sociologique guinéenne pour que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais ,il faut y insister, le problème est qu'il faut que les dirigeants arrivent à s'imprégner de L'Esprit de la Loi; à respecter par dessus tout,et à croire dans les lois qu'ils se sont fabriquées comme armature de la République. Bien des problèmes (la démocratie, le vivre civilisé ensemble,etc ) s'atténueront lorsque des dirigeants s'engageront résolument sur cette voie. C'est pourquoi, quels aient été les débats sur l'accession d'Alpha Condé à la Présidence de la République, il aurait dû être inspiré d'introduire de la rationalité dans sa gouvernance comme des Guinéens attendaient de la part d'un authentique intellectuel. Mais il a préféré revêtir les mêmes boubous,les mêmes chéchias et les mêmes babouches que ses prédécesseurs. Les références à ces accoutrements signifient ici, bien sûr,les mêmes us et coutumes politiques que ses prédécesseurs . C'est en d'autres termes qu'au seuil de cette année 2015, il faudrait un certain nombre d'urgences au niveau d'un gouvernement gangrené par des menaces de grève illimitée des centrales syndicales, de questions d'élections locales et présidentielle, de réformes de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), de doutes non seulement sur les résultats du dernier recensement général de la population (RGP), mais aussi sur le fichier électoral établi en 2013. Ces urgences, si cela est encore possible devraient être entreprises avec courage et patriotisme sur un vaste plan d'aggiornamento de la politique guinéenne, même si ce plan n'intervient qu'au cours de la dernière année du quinquennat.
 
 
Sur cette question fondamentale, on peut encore se demander s'il y aura bientôt un homme ou une femme qui surgira de l'univers politique guinéen pour enfin endosser la toge de leader de peuple au-dessus des tripatouillages politiciens et des petites contingences du tribalisme? Dans notre pays où chacun se croit de nature à relever n'importe quel défi, la réponse à une telle question ne pose aucun embarras. L'extraordinaire explosion du nombre de partis politiques depuis 1992 dans ce pays de 12 millions d'habitants, l'atteste. Il faudra que se réalise là aussi l'aggiornamento politique et moral pour mettre la Guinée sur la voie du respect des institutions légales du pays. Malgré le clairon à haut débit sur le thème du changement avant 2011, Alpha Condé a tourné le dos à ce changement en appelant à ses côtés les proches collaborateurs de Lansana Conté qu'il avait tant vilipendés au prétexte de corruption. L'explication plausible en est que ce personnel lui a semblé sans doute plus apte à l'aider à garder le pouvoir. Le pouvoir, c'est le mot mirifique de tous ceux qui l'ont exercé avec manigances au sommet de l'Etat guinéen. Il faudra que se produise le sursaut salvateur. J'avais déjà présenté en 2010 un article sur les risques de dérive sur le modèle d'évolution d'Haïti ,bien que les origines de départ des deux Etats soient totalement différentes.
 
 
*** B). Au plan des hommes c'est aussi l'Opposition politique. A ce sujet, on entend toujours des gens , s'exprimer sur le fait que les écrits ne sont pas équilibrés sur le pouvoir en place et sur son Opposition, et que seul le pouvoir en place est l'objet des critiques. Ceux qui élaborent ce genre de constats ne semblent pas comprendre que dans un pays comme la Guinée où le Président de la République dispose de pouvoirs quasi monarchiques, encore que toutes les monarchies régnantes ne disposent pas de pouvoirs illimités. Il a la haute main sur tous les rouages de l'Etat et il est donc inconcevable de juger son action sur la chose publique qu'est l'institution étatique de la même manière que l'action de l'Opposition politique. En Guinée, nous avons (en théorie) à peu près les mêmes institutions républicaines qu'en France , aux Etats-Unis, en Inde etc, mais les hauts personnages qui président ou dirigent les institutions guinéennes sont totalement soumis (à part de rares exceptions) à la volonté du Président de la République. Tout le reste est du théâtre. C'est cette emprise présidentielle totalitaire qui me semble d'ailleurs « dicter » et influencer les actions de l'Opposition. Dans ce pays , il n'a jamais été aisé depuis 1958, d'être opposant politique. Les dirigeants RPG au pouvoir ,s'ils n'ont pas perdu la mémoire, peuvent en témoigner. Léquilibre de jugement sur le pouvoir-opposition est difficile à établir .
 
 
D'abord sur le plan matériel et financier , le Pouvoir en place dispose de TOUT: des finances publiques; des aides financières de provenance extérieure à l'Etat, de la presque totalité de la hiérarchie de la fonction publique , qui dans toute démocratie n'est là que pour la permanence de l'Etat républicain et non au service du parti au pouvoir; de l'armée, gendarmerie et police. C'est une situation d'appropriation par le pouvoir en place de tout ce qui est du domaine public.
 
 
Sur ce même plan matériel et financier l'Opposition est parfois dans une extrême précarité . Le parti est le plus souvent, la création d'un homme et vit en partie de ses moyens et de dons . Quant aux cotisations des militants , dans un pays potentiellement riche mais terriblement appauvri par plus d'un demi siècle de gestion gouvernementale désastreuse, elles ne doivent pas représenter grand' chose. Au contraire pour bien de petits militants du Parti, le Patron est une sorte de nabab disposant de véritable caverne d'Ali Baba. En somme une sorte de rivière dans laquelle , on peut espérer aller puiser à volonté. Malgré leur situation d'opposition difficile, les principaux dirigeants que sont Cellou Dalein Diallo de l'UFDG, Sydia Touré de l'UFR, Lansana Kouyaté de PEDN sont constamment l'objet de critiques injustifiées et de manoeuvres de division. Critiques injustifiées? Oui, parce que si tous les trois avaient été Premiers ministres de Lansana Conté, un certains nombre de leurs collègues de la même époque forment aujourd'hui les Conseillers proches d'Alpha Conté. Alors où est la logique de ceux qui s'époumonent,y compris Alpha Condé, à ne menacer que les trois cités pour leurs gestions ministérielles passées. Et que fait-on de celles des ministres d'Etat et autres conseillers présidentiels de l'actuel Chef de l'Etat?
 
 
Je me souviens avoir écrit avant l'élection présidentielle de juillet-novembre 2010, que la question du pillage économique sans être enterrée devait trouver pour son règlement place ailleurs que lors de cette élection. Ce règlement aurait dû intervenir dans l'intermède transitaire 2008-2010. Le phénomène du pillage économique étant ancien, ne pouvait pas être mis à plat correctement lors des déclarations de candidatures des 24 postulants pour le mois de juin 2010.
 
 
Pour en revenir à l'Opposition telle qu'elle est aujourd'hui, l'acharnement des critiques de la mouvance présidentielle s'exerce le plus fortement sur Cellou Dalein Diallo pour plus profondément des motifs inavoués que sa gestion ministérielle sous Lansana Conté. Personne dans cette mouvance ne vous dira les yeux dans les yeux que la cristallisation des non dits sur Cellou Dalein Diallo se résume en cette irrationalité de détestation (je dis pas le mot galvaudé en Guinée de haine) que des politiciens ont cultivée et entretenue envers nos compatriotes peuls. Voilà une question essentielle pour notre nation en ce début d'année 2015. Il faut la régler. Il Y A DANS NOTRE MAISON COMMUNE,LA GUINEE, UNE CHAISE. N'IMPORTE LEQUEL D'ENTRE NOUS PEUT S'ASSEOIR DESSUS S'IL EST LE PLUS MERITANT . Si ce postulat est admis par tous, alors la Nation guinéenne sera née et acceptée par tous. Croire que cette vue des choses ne correspond pas à la réalité guinéenne, c'est, je pense, s'installer dans la myopie confortable et dans des illusions sans lendemain.
 
 
C'est sur cette base que l'Opposition devrait travailler et il faut une Opposition forte pour qu'existe en Guinée une démocratie forte. Bien qu'elle se trouve dans une précarité dont je viens de rappeler brièvement les contours et qui doit rappeler de mauvais souvenirs aux amnésiques du RPG, elle doit se manifester par grandes tendances ou par actions propres à des partis consistant à présenter périodiquement ses projets de société, face aux dérives du Pouvoir. Les manifestations de riposte dans lesquelles le Gouvernement la fait sortir du bois sont certes vitales pour une Opposition digne de ce nom. Mais des initiatives de présentation collective de schémas directeurs de ce qu'une Opposition pourrait faire de mieux pour la Guinée ,la sortirait de l'enfermement et du suivisme où l'action gouvernementale la conduisent. C'est encore une fois , ce qu'on  pourrait désigner comme un impératif catégorique de la cause guinéenne , qui devrait s'imposer aux grands leaders de l'Opposition de s'unir,dans l'action mais non pas nécessairement dans la formation d'un parti unique. Cela suppose,considération et respect mutuels. Quant aux petits partis qui n'ont aucune chance de grandir et qui contribuent fortement à l'atomisation du champ politique guinéen, le réalisme devrait leur commander de rejoindre clairement le courant (pouvoir ou opposition) qui leur paraît mieux défendre les intérêts du pays. En imaginant donc des plateformes d'actions propres à constituer une alternative possible de gouvernance , l'Opposition peut s'attirer le  soutien de jeunes générations de Guinéens.
 
 
On peut juger un pouvoir à l'aune de ses réalisations. Mais comment juger une Opposition? A ses manifestations, pour tirer l'alerte sur la mauvaise gouvernance de ceux qui sont aux manettes des affaires? D'une certaine façon , oui, puisque c'est ce qu'on constate des oppositions dans le monde entier. Mais pas seulement. L'Opposition doit se préparer sérieusement à prendre un jour la relève. Cela suppose de sa part de disposer de connaissances approfondies du pays dans ses structures essentielles. L'Opposition qui arrive au pouvoir doit absolument n'être pas dans la position d'Alpha Condé qui a naïvement clamé sur la place publique qu'il a hérité d'un pays et pas d'un Etat , pour dire qu'il ne connaissait pas la réalité de l'état de la Guinée en arrivant à la Présidence. A quoi lui ont servi alors ses 40 années d'opposition dont il s'est tant vanté? Par conséquent l'Opposition d'aujourd'hui doit s'atteler à ce travail de connaissance pour ne pas naviguer à vue à son arrivée aux affaires. Le quinquennat qui se termine pour presque rien de réalisé, a souffert de cette impréparation. Aussi chaque parti de l'Opposition ne pouvant pas installer isolément des structures d'élaboration de schémas prospectifs, je vois , pour des raisons d'économies d'échelles, un organisme commun à l'Opposition pour cette prospective. Cela suppose naturellement une entente qui éviterait cette conception facile que la politique consiste à arriver au pouvoir pour voir les choses se dérouler comme par enchantement.
 
 
 
*** C). Enfin l'année écoulée a vu s'écrouler sur la Guinée et sur sur ses voisins, le Liberia et la Sierra Leone, ce fléau, jusque là , inconnu , qu'est la fièvre hémorragique à virus Ebola. Beaucoup d'encre a déjà coulé sur cette calamité. On ne peut en imputer la présence dans notre pays à personne en particulier. Ce qui a été soulevé comme récriminations tenait à l'absence ou à la faible réactivité des pouvoirs publics à l'annonce de la présence de cette épidémie en Guinée. Quoi qu'il en soit des hommes de bonne volonté dans le cadre d'organismes et d'ONG , notamment MSF , le corps médical guinéen se sont fortement mobilisés pour contenir et éradiquer Ebola. De nombreuses victimes se comptent déjà. Mais même si c'est facile à dire , l'optimisme et l'aide à la prise de conscience de la population dans la riposte contre Ebola doit demeurer. Même si Ebola aura un impact important sur la socio-économie du pays,il faut absolument que le gouvernement évite d'expliquer le bilan des quatre années de la période 2011-2014,par cette épidémie.
 
 
Quoi qu'il en soit , en ce seuil de l'an nouveau 2015 , bonne année à toutes et à tous ceux et celles engagés (es) dans la bataille contre Ebola. Condoléances attristées et tout de même bonne année à tous ceux qui ont vu des leurs emportés par cette épidémie.
 
 
 
Comme propos final de ce billet, je dis à tous les Guinéens et guinéennes , des villages et des villes des quatre Régions, à tous ceux des champs, des bureaux , des marchés et des boutiques, à ceux qui sont malades ou dans la peine en ce début d'année : Bonne et heureuse année 2015!
 
 

Ansoumane Doré (Dijon, France)    

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