AOB ou le procès du martyr peuhl

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La voix chaude se ressaisissant au bout de ses pointes larmoyantes pour repartir de nouveau sur sa détermination sans faille, l’homme dont le procès vient de s’ouvrir, est le commandant AOB, Alpha Oumar ‘’Boffa’’ Diallo, celui que la paranoïa et la foulaphobie viscérale d’AC ont fait le cerveau présumé du faux complot visant à éliminer le président guinéen en juillet 2011. De la chaise qui contient son grand corps martyrisé par tant de sévices, AOB dégage un rayonnement d’une candeur angélique amplifiée par l’éclat presque religieux de son crâne dégarni, appuie par des gestes ses propos d’innocence évidente, s’évertue à persuader les derniers sceptiques, relate, face à un tribunal déterminé à le perdre, jusque dans les menus détails les péripéties de la maudite journée du 19 juillet 2011 qui a vu sa vie basculer.

C’était peut-être écrit : ce qui devait arriver arriva. Mais toute cette orgie d’horreur ne se serait certainement pas produite si la paranoïa du mythomane AC n’avait pas décidé autrement. La vie du commandant AOB n’aurait probablement pas sombré ce matin de gésine du 19 juillet 2011, si le machiavélique AC n’avait pas ourdi une chasse aux sorcières sanglante contre Tibou Camara, Diallo Sadakadji, Bah Oury

notamment, et des officiers peuhls .Le natif de Boffa aurait encore continué à écouler de paisibles jours auprès de sa petite famille, loin des tribulations politiques et des saloperies de l’armée guinéenne, comme il l’entendait.

Mourir ou vivre ? Qu’importe à présent ce qui adviendra à ce digne fils de Guinée, serviteur loyal de son pays, qui a refusé de troquer son honneur contre les prébendes et les strapontins confortables de l’Etat, contrairement à bien de ses «frères» d’armes orientés, sans scrupule, dans le sens du vent. Pouah! Cette chipie d’armée.

Refusant de faire de la délation comme au bon vieux temps sous la révolution, AOB est un miraculeux qui symbolise toute la passion qu’on voudrait faire subir à certains Guineens. Et il sait qu’il se bat contre une cause perdue d’avance : au bout du procès politique, la justice guinéenne aux ordres, le condamnera inexorablement à la peine capitale selon les desideratas de son mandateur AC, sans changer d’un iota les graves charges portées contre lui(« assassinat, atteinte à la sureté de l’Etat, coups et blessures volontaires, racisme, ethnocentrisme, destruction du domicile privé, détention illégale d’armes de guerre »). Ni les éventuels atermoiements de la farce de procès, ni les supplices des enfers infligés sciemment à un père de famille, à un homme tout court, ne feront changer d’avis la cour et le chien harceleur, maitre Williams Fernandez pour qui la fusillade de kipé « avait pour but d’assassiner le Président de la République et de le faire remplacer par un Peulh »…L’acariâtre séide d’AC, le sieur Fernandez, se frotte déjà, sans gène, les mains aux aveux extorqués sous influence à la victime. Suppôt de Satan, Williams Fernandez fait honte à sa profession et justifie les lourds soupçons de corruption qui pèsent sur la justice guinéenne. Mais, pour le désormais héros AOB, quoi qu’il advienne, « tout (sera) perdu, fors l’honneur ».

Les jambes broyées, entre plusieurs autres blessures graves, par quatre (4) fractures au pied droit, trois (3) au pied gauche, plusieurs balles dans les cuisses, éventré, le gros intestin dehors, le corps meurtri et exsangue criblé de blessures du martyr AOB, la fusillade à bout portant du lieutenant Amadou Diallo sur le champ, n’émouvront point Maitre Williams Fernandez qui a décidé d’en faire son procès.

Le cynisme fait partie, depuis, de l’inconscient collectif en Guinée. Peu s’aviseront de la cruauté, et par ricochet de la deshumanisation dangereuse de la société dans laquelle ils vivent. Depuis quelque temps, on a étonnamment renoncé à l’humanité en Guinée. Et le pire c’est que l’opposition politique dans son entièreté fait peu cas des scandales d’Etat. Autisme ? Couardise ou irresponsabilité ?

Si l’arbitraire a un visage ou une mère, ce serait bien cette parodie de procès là qui renvoie la propre image la société guinéenne actuelle.

Plus que le jugement d’un individu, c’est le procès d’une ethnie vouée aux gémonies qu’on s’ingénie à faire là. Mais fringant et alerte, l’âme chevillée au corps, le martyr peuhl, brandit en pied de nez à la face de ses bourreaux sa splendeur immaculée et sa jouvence de sphinx immortel, prêt à s’éterniser malgré le sadisme ambiant et les moult souffrances des enfers qu’il endure.

Décidemment, « il est impossible de défaire ce que Dieu a fait ».

Fut une époque où c’était l’exil ou le cercueil. La traversée de la «longue nuit » dura plus d’un quart de siècle, mais comme « la caque sent toujours le hareng », l’Etat post-colonial africain, produit de l’arbitraire et de la violence, ne résiste pas à la tentation de reproduire à l’infini sa nature profonde: sa violence et son arbitraire originels.

Ainsi donc, 50 ans plus tard, il faut que le pouvoir bâtard d’AC justifie sa raison d’être par son ostracisme anti-peuhl. En réponse au néant des 54 ans d’indépendance, le politicard sénile oppose sa fumisterie légendaire, son obsession à restituer l’Etat despotique du démon sanguinaire AST, et ses tribunaux révolutionnaires avec sa cohorte de procès politiques qui ont trucidé 50.000 Guinéens.

Le grand paradoxe, c’est de croire, en dépit de cela, à l’imposture d’AC.

Les Guinéens sont gouvernés à coups de diversion et de crimes. L’un dans l’autre pour masquer la médiocrité notoire d’AC.54ans d’indépendance n’ont pas suffi pour que la misère et les crimes se perpétuent de plus belle en Guinée qui n’a connu que la dictature.

La démocratie guinéenne a ceci d’absurde qu’elle répugne l’autonomie en réaction au tort flagrant qu’elle génère sciemment et auquel elle est incapable de remédier.

Tolérer le sadisme, refuser l’égalité de tous dans une entité, à priori, appelée à avoir un destin commun, relève de l’impensable ou de l’apologie de la division. Car le droit et la morale ont toujours représenté le socle des nations viables.

On s’obstine pourtant à croire que le pays pourrait émerger de l’ornière en fabriquant des citoyens de seconde zone.

La Guinée ne naitra que lorsqu’on aura réussi à ‘’désensauvager’’ l’Etat. Pour le moment, le pays est une chimère.

Oury Baldé

Oury Baldé

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