Des raisons d'espérance démocratique pour l'Afrique !

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Le Mali vient d’être confronté aux pires évènements de son histoire à savoir une guerre déclarée depuis janvier 2012 et un coup d’état, survenu le 22 mars, que les mutins, avec à leur tête le Capitaine Amadou Haya Sanogo, considèrent comme une suite logique de la première situation.

Les démocrates Maliens, ainsi que la CEDEAO et la communauté internationale, y compris les autres pays Africains, ont dans l’ensemble condamné ce coup de force car constitutif d’un recul démocratique dans un pays qui, depuis 1991 et la chute du dictateur Moussa Traoré, expérimente un parcours démocratique ponctué d’élections régulières et une alternance au sommet de l’Etat. Le Mali était ainsi devenu avec le Sénégal, le Cap vert et le Ghana, l’un des pays phares de la démocratie dans la sous région ouest africaine.

Le Mali se trouvait donc en face de deux défis majeurs à relever de toute urgence à savoir retrouver la légalité constitutionnelle avec le retour du pouvoir dans les mains des civils et retrouver son indivisibilité (article 25 de la constitution) donc son intégrité territoriale.

Les putschistes ont profité de l’effet de surprise qu’a connu l’armée  nationale du Mali, avec la guerre imposée au nord et l’horreur perpétré (notamment à Agueloc) par les rebelles Touaregs issus de la coalition entre Le MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), Ansar Deen ( Mouvement Islamiste) et les forces d’AQMI dans la région, pour d’abord faire une mutinerie qui s’est vite transformée en coup d’état. Au prétexte que les forces armées n’étaient pas bien outillées pour y faire face.

Ils ont ainsi ouvert un deuxième front intérieur qui n’a fait qu’affaiblir le combat contre les sécessionnistes qui en ont profité pour faire une avancée fulgurante et faire tomber en seulement quelques jours des villes importantes comme Kidal, Gao et Tombouctou.

Les textes fondateurs de l’Union Africaine ainsi que ceux de la CEDEAO interdisent toute prise de pouvoir par des moyens extra constitutionnels, d’où le tollé soulevé par cet acte qui constitue un recul démocratique pour le Mali.

Quels que soient les reproches et les griefs que les uns et les autres pouvaient nourrir à l’encontre de Ahmadou Toumani Touré sur sa gestion de l’Etat Malien d’abord, de la guerre au nord ensuite, les institutions dont le pays s’est doté pouvaient régler les différents dans un cadre exclusivement démocratique. De surcroit l’élection présidentielle, dont beaucoup doutaient de la tenue à date échue, était programmée pour la fin du mois d’avril 2012. Une élection à laquelle le Président Ahmadou Toumani Touré (ATT) ne se présentait pas.

Il n’y avait donc aucun élément objectif qui militait en faveur d’un coup de force, surtout en ce moment et dans les conditions décrites ci-dessus.

Les coups d’état constituent un des motifs de retard du développement de l’Afrique. En effet, à chaque fois les institutions démocratiques sont suspendues ou supprimées, pour de biens maigres résultats. C’est un éternel recommencement.

 

Nous n’avons pas compris l’empressement de certains hommes politiques, comme Mr Oumar Mariko, et certaines personnes ressources de la société civile malienne pour soutenir les putschistes, sans parler d’autres qui ont préférer garder le silence, comme le Président Alpha Oumar Konaré.

Nous savons qu’entre deux maux il faut choisir le moindre mal ou comme le suggérait un stratège, face à deux contradictions, il faut d’abord s’attaquer à la contradiction principale avant de le faire pour la contradiction secondaire. C’est une question de priorité.

Le Capitaine Sanogo ainsi que ses supporters soutiennent que l’urgence c’est de mettre fin à la guerre engagée par le MNLA et ses acolytes. Nous trouvons pour notre part que l’urgence c’est le rétablissement des institutions de la République avant d’engager le combat contre les forces qui essaient de désintégrer le Mali. Autrement ce serait mettre la charrue avant les bœufs.

Face à l’armement lourd dont disposent les forces rebelles (dommage collatéral de l’intervention des forces de l’OTAN en Libye) l’Armée malienne ne peut opposer une résistance appropriée. D’où l’intérêt d’une intervention des forces en attente de la CEDEAO et un appui logistique d’une force occidentale. A la condition préalable que le pouvoir revienne à un gouvernement civil.

Nous pensons que les putschistes, en plus de l’acte illégal perpétré, ont été des «alliés» objectifs de la rébellion, malgré eux,  en lui facilitant l’avancée qu’elle a connue.

L’intransigeance de la CDEAO, depuis le coup d’état, a finit par payer. Cela prouve qu’avec la volonté, les africains peuvent arriver à résoudre leurs problèmes sans ingérence externe.

Heureusement le bon sens a fini par prendre le dessus, après les sanctions économiques et financières dans un premier temps et la menace d’intervention militaire si nécessaire, pour inciter le Capitaine Sanogo et sa bande à rétablir la constitution de 27 février 1992 ainsi que de remettre le pouvoir au président de l’Assemblée Nationale, Mr Dioncounda Traoré. La vacance du pouvoir doit ensuite être constatée par le président de la Cour constitutionnelle, sur saisine de ce dernier, comme prévu par la constitution. C’est le schéma dont le Mali n’aurait jamais dû sortir.

Cette attitude est à souligner à plus d’un titre. C’est un signal explicite envoyé à tous les apprentis putschistes qui essaiment les armées africaines.

C’est le lieu de rendre un hommage mérité à Mr Ahmadou Toumani Touré, le Président sortant du Mali. Il a été le père de la démocratie malienne en mettant fin en mars 1991 au pouvoir dictatorial de Mr Moussa Traoré, et surtout en remettant comme promis, au bout d’un an , le pouvoir à un président civil élu, en l’occurrence Mr Alpha Oumar Konaré.

Il est revenu par la grande porte dix ans après comme président élu par des maliens qui se souvenaient de son action. Il s’est fait réélire il y a cinq ans pour un deuxième et dernier mandat. Malgré toutes les sollicitations dont il a été l’objet, il a refusé de modifier l’article 30 de la constitution pour faire sauter le verrou du nombre de mandat limité à deux et pouvoir se maintenir au pouvoir.

Mr Ahmadou Toumani Touré vient encore de prouver son ancrage démocratique en refusant de démissionner, comme le voulaient les putschistes, et en remettant le pouvoir au président de l’Assemblée nationale, après que la constatation de la vacance du pouvoir intervienne et comme le veut l’article 36 (1) de la constitution malienne. C’est on ne peut plus clair pour ceux qui pouvaient en douter.

Le plus dur reste à faire, c'est-à-dire faire que le Mali retrouve l’entièreté de son territoire après les soubresauts qu’il vient de connaitre. Le pire est peut être derrière nous et le choc peut emmener à une prise de conscience collective du destin commun.

Après l’élection présidentielle au Sénégal, avec Mr Macky Sall et la succession constitutionnelle au Malawi, avec Mme Joyce Banda, malgré les réticences de certains membres du parti du défunt président, Bingu Wa Mutharika, ce qui vient de se passer au Mali avec la transmission constitutionnelle du pouvoir au président de l’assemblée nationale, incite à un afro optimisme ambiant qui nous démontre que l’Afrique est capable de se surpasser et qu’elle n’est pas condamnée, à la médiocrité autocratique ou dictatoriale.

En effet, force doit toujours rester à la loi !

 

 

 

 

 

(1) Article 36 de la constitution du 27  février 1992.

 

Lorsque le Président de la République est empêché de façon temporaire de remplir ses fonctions, ses pouvoirs sont provisoirement exercés par le Premier Ministre.

En cas de vacance de la Présidence de la République pour quelque cause que ce soit ou d'empêchement absolu définitif constaté par la Cour Constitutionnelle saisie par le Président de l'Assemblée Nationale et le Premier

Ministre, les fonctions du Président de la République sont exercées par le Président de l'Assemblée nationale.

Il est procédé à l'élection d'un nouveau Président pour une nouvelle période de cinq ans.

L'élection du nouveau Président a lieu vingt et un jour au moins et quarante jours au plus après constatation officielle de la vacance ou du caractère définitif de l'empêchement.

Dans tous les cas d'empêchement ou de vacance il ne peut être fait application des articles 38, 41, 42 et 50 de la présente Constitution.

Aboubacar Fofana

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