Ebola : le témoignage d’un survivant

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Ce Guinéen de 38 ans, atteint du virus Ebola et admis au centre d’isolement de Donka à Conakry, a guéri du virus Ebola. Mais 6 des 9 membres de sa famille atteints par le virus sont morts. Témoignage.

Vous avez eu quelques symptômes ?

Oui, j’avais eu quelques symptômes au village avant de venir à Conakry. La céphalée, le vomissement, la diarrhée, les maux de dos, des douleurs dorsales…

Est-ce que vous vous êtes rendu compte directement qu’il s’agissait du virus Ebola, ou pensiez-vous qu’il s’agissait d’une autre maladie ?

Je pensais, comme j’ai consulté dans un centre de santé, qu’il s’agissait de la malaria. C’est quand je suis rentré à Conakry et que j’ai été admis au centre d’isolement de Donka, on nous a signifié qu’il s’agissait de la fièvre hémorragique Ebola.

Quand vous avez su qu’il s’agissait du virus Ebola, qu’est-ce qui vous a traversé l’esprit, à quoi avez-vous pensé ?

’étais déprimé. J’avais eu connaissance du virus Ebola auparavant, même si ce n’était pas encore arrivé en Guinée. J’avais très peur.

Quand vous étiez au centre de traitement, comment vous avez approché cette douloureuse période ?

J’ai essayé d’être positif. J’ai pensé à la mort. Mais je me suis dit aussi que mon temps n’était certainement pas encore arrivé et que j’allais m’en sortir. C’est comme ça que j’ai surmonté la douleur et cette peur-là. Et les médecins étaient là pour nous consoler, nous soutenir moralement, même quand j’ai vu des parents mourir devant moi.

Il y a un moment pendant cette période où vous avez vraiment pensé que vous alliez mourir ?

Franchement, j’ai vraiment pensé que j’allais mourir. Surtout quand des oncles sont décédés, on a pris leurs corps et on les a mis quelque part là-bas. Cette nuit-là, nous, les survivants, nous n’avons pas pu dormir.

Vous saviez que vos oncles étaient morts ?

Nous le savions : ils sont morts devant nous, on les a vus. Les médecins sont venus désinfecter les corps, les ont emballés et emporté devant nous. Tout s’est passé devant nous.

Il y a eu un moment pendant cette semaine où les médicaments ont commencé à fonctionner, vous vous êtes dit : là je vais peut-être m’en sortir ?

Oui. Bien sûr, j’ai souffert de la maladie. Mais quand j’ai été admis au centre de traitement, la souffrance n’a pas duré. J’ai commencé à voir les effets, petit à petit. J’avais peur de manger, par crainte de vomir. Mais quand je voyais que je pouvais boire une, deux gouttes d’eau et que je ne vomissais pas, et que la diarrhée aussi s’estompait, je me suis dit : ça va aller.

Vous vous en êtes sorti, comment vous sentez-vous maintenant ?

Présentement, je me sens très bien.

Vous avez des effets secondaires ?

Oui, tels que des douleurs au niveau des articulations quand je fais quelques petits travaux à la maison.

Vous souvenez-vous du moment où les médecins sont venus vers vous et vous ont dit que vous n’alliez pas mourir. Pouvez-vous nous raconter ce moment?

Pendant la période où l’on souffrait, les médecins nous ont toujours rassurés. Un jour, ils sont venus, m’ont posé des questions sur mon état et la plupart de mes réponses étaient « non, non, non ». Les médecins semblaient en être très contents. C’est là que j’ai compris que j’allais m’en sortir. C’étaient des moments très forts.

Quand vous vous en êtes sorti, les médecins ont marqué le coup en vous serrant la main, en vous embrassant, pour vous montrer que vous n’étiez plus contagieux. C’était important pour vous ?

Ah mais oui ! C’était très important. Quand j’ai franchi la porte du centre, j’ai vu qu’ils avaient organisé une petite cérémonie, comme si tout le monde m’attendait. Tous les médecins, les infirmiers, étaient là à m’attendre, me photographier, me serrer la main… Je me suis rendu compte que si l’on me serrait la main, c’est qu’on était rassuré et que j’étais guéri. C’était vraiment fantastique.

Vous étiez 9 à avoir contracté ce virus. Vous avez survécu, mais vous n’êtes pas le seul de votre famille à avoir survécu ?

Non, ma femme et ma cousine ont survécu. On était très touché par la mort des autres personnes, mais on était un peu soulagé aussi que tous les 9 ne soient pas morts. Nos parents aussi étaient soulagés parce que, si nous étions tous morts, cela aurait été une véritable catastrophe pour la famille.

D’avoir approché la mort d’aussi près, mais de l’avoir vaincue, cela a-t-il changé votre regard sur la vie ?

Bien sûr, cela nous a donné beaucoup de leçons, beaucoup de leçons au niveau spirituel, dans notre regard sur la vie, cela a changé beaucoup de choses. Le peu de temps que l’on a passé là-bas, nous a vraiment transformés.

Vous avez préféré rester anonyme. Pourquoi ?

Beaucoup de gens savent que j'ai contracté la maladie, mais certains autres ne sont pas au courant. Et nous avons vécu des moments difficiles, les gens avaient peur de nous. Vous savez, à propos de la solidarité africaine : quand quelqu’un meurt, les gens viennent vous réconforter. Mais lorsque nous avons perdu 1, puis 2, 3, 4 membres de notre famille et que personne n’est venu nous rendre visite, alors nous avons réalisé que les gens se tenaient à distance à cause de la peur... Cela devient encore pire si les gens apprennent par la radio et la télévision que vous avez contracté le virus. C’est pourquoi je préfère rester anonyme.

Source:BBC Afrique

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