Alpha Condé sur la presse internationale

On voit que le temps passe, et qu'Alpha Condé fait moins d'erreurs (il parle moins), mais prend toujours ses désirs pour des réalités. Voici les commentaires de deux entretiens publiés en Février 2012. Le premier est une interview de Fatimata Wane-Sagna, journaliste à France 24. L'autre est un entretien de Michel Galy[1], sociologue spécialisé sur la Côte d'Ivoire, où Alpha Condé est moins hésitant qu'à l'accoutumée, mais ne se prive pas d'être ce qu'il est. Voici le récit de quelques-unes de ses assertions et réponses.

Sur France 24

Quelques questions (en gras et italiques), ses réponses (en italiques).

 

Au sujet du report des élections législatives

« Dire que les élections étaient prévues 6 mois après les présidentielles, ce n’est pas exact ». « Nous (le gouvernement) avons voulu obtenir le maximum de consensus (sur quoi ? le délai ?), ce qui n’a pas été facile. Nous avons même fixé une date, nous nous sommes réunis là-dessus (sic !!!) et j’ai reçu tous les leaders politiques (en Novembre sans expliquer le lien qui existait avec ces législatives). Nous avons demandé au gouvernement de mettre en place une structure de dialogue, et nous allons tout faire pour que le dialogue aboutisse si possible à un consensus, sinon à une grande acceptation majoritaire (???) pour aller aux élections rapidement » (et non pour nous entendre ?). Comment se mesure cette acceptation ? Quand le gouvernement dit non à une restructuration de la CENI, comment se mesure cette « acceptation majoritaire » ?

 

Selon Alpha Condé, c’est la CENI qui va proposer un calendrier, puisqu’elle est indépendante – elle a proposé le 8 Juillet -, mais c’est Alhassane Condé qui déclare sur RFI qu’elles auront lieu en Mai. Louncény Camara est-il le larbin du ministre du Matap ?

 

Certains disent que vous avez tardé à organisé ces élections, parce que vous avez peur de les perdre. Que leur répondez-vous ?

« Si quelqu’un est pressé d’organiser les élections, c’est moi (il ne l’a pas démontré). Quant aux 18%, on connait les conditions dans lesquelles les élections ont été organisées » (c’est même la raison pour laquelle le recours d’Alpha Condé devant la Cour Suprême était d’entériner ce résultat, preuve qu’il les a bien acceptées). « On a exigé qu’un certain nombre de préalables soit résolu » (effectivement il fallait mettre en place la machine à frauder, ce que tout le monde - sauf les gens de mauvaise foi - ont pu constater). « On connait aujourd’hui l’évolution des rapports de force sur le terrain » (on se demande bien comment il fait pour le mesurer). « Le peuple de Guinée sait ce que j’ai fait en un an » (moi je ne sais pas !!!). « Si vous interrogez le peuple (comment fait-on concrètement ?), vous verrez ce qu’il pense ».

 

Votre première déclaration en tant que PRG a été au sujet de la réconciliation nationale, pourtant les peuls se plaignent de discriminations dans l’administration et dans les entreprises publiques. Que comptez-vous faire contre ça ?

Alpha Condé dit que la journaliste commet une erreur en déclarant que les peuls sont majoritaires en Guinée. Il conteste même ce fait pourtant tangible, en déclarant que les statistiques officielles sont les siennes, et qu’il va les lui donner.

 

Sans doute prépare t-il déjà des résultats où même le RPG pourrait obtenir la majorité au Fouta. Au moins les résultats truqués de la présidentielle, assumaient cette cohérence là. Aujourd’hui, on explique que même cela, est une hérésie. Sans doute veut-on anticiper qu’Ousmane Bah (moins de 1%) a, en un an de temps, sans résultats personnels, rallié une majorité, à moins que le Manden Fouta de Diao Kanté (si ce n'est pas un rassemblement communautaire, qu'est ce que c'est ?) fasse une percée spectaculaire en moins de 6 mois. C’est prendre les gens pour des imbéciles que de considérer que les gens votent blanc un jour, et noir le lendemain. En outre, ils voteraient pour un régime qui les stigmatise ?

 

« On se promène à Conakry, c’est simple vous devez voir si des ethnies sont poursuivies » (oui effectivement c’est d’un simplisme absolu !!!).

 

Alpha Condé reconnait par ailleurs qu’il doit nommer d’abord des gens qui sont d’accord avec sa politique. Autrement dit l’administration neutre qui fait la fierté française, et qu’on prend pourtant pour modèle, est à jeter aux orties. On préfère s’inspirer du modèle américain du « winner takes all », où le vainqueur à la simple majorité emporte 100% des sièges, en oubliant de rappeler la différence de système. Ce système favorise le bipartisme, ce qui n’est pas le choix d’Alpha Condé avec sa cuisine électorale pour mettre en place un centre, dont on a peine à voir la différence avec les libéraux d’un côté et les quasi-communistes de l’autre.

 

Par ailleurs, il tente de justifier que sa victoire constitue non pas un changement de gouvernement, mais un changement de régime (raison pour laquelle, il a nommé d’anciens caciques des régimes précédents), un changement dans la continuité donc !!!

 

« Je dois gouverner avec les gens qui sont d’accord avec ma politique, pas ceux qui veulent la saboter » (là encore lapsus révélateur de sa pensée profonde). Qui veut saboter et quoi ? Il ne se passe rien, donc que veut-on saboter ?

 

Vous êtes professeur de droit, mais vous avez dénoncé un contrat passé avec un exploitant français (Getma) pour l’attribuer par décret à une autre entreprise française (Bolloré), qui aurait participé à votre campagne électorale. Au-delà de l’aspect juridique, n’avez-vous pas peur de l’image que cela renvoie de votre action ?

« Avant mon élection, j’avais dit à mes amis qui me soutiennent (beau lapsus sur l'opacité de l’accord) que si je gagne j’allais annuler ce contrat » (personne ne conteste cette possibilité, mais on passe par les tribunaux pour cela, et on ne se comporte pas comme le roitelet d’une république bananière). Même si le contrat a été passé ou exécuté dans des conditions déplorables, il faut rappeler à notre juriste patenté, qu’il n’est que le président du CSM (Conseil Supérieur de la Magistrature), et que cette fonction n’implique aucunement de prendre des jugements, y compris ceux de Salomon.

 

Alpha Condé indique à la journaliste qu'il va lui donner le contrat de Getma et celui de Bolloré pour comparer les différences. On préfèrerait qu’Alpha Condé joue la transparence avec ses ressortissants, plutôt que d’informer les journalistes étrangers. Ce ne sont pas ces derniers qui votent pour approuver ou sanctionner sa politique. Surtout lorsqu’il dit « demandez à n’importe quel Guinéen, dans quel contexte le contrat a été passé ». Je voudrais bien le voir effectivement.

 

Vous avez entrepris un chantier colossal de réforme de l’armée, en vue de lui donner un nouveau visage. Mais certains disent que cette réforme ne peut pas être complète, sans que justice soit rendue. Certaines victimes (et notamment celles du 28 Septembre 2009) constatent que des responsables ne sont toujours pas inquiétés par la justice, et certains d’entre eux sont dans votre gouvernement.

« Si vous connaissez l’histoire de la Guinée, il n’y a pas que le 28 Septembre. Il faut parler du Camp Boiro » (on se demande pourquoi, puisque cette période est celle qu'Alpha Condé idéalise, et veut réhabiliter). « La Guinée ce n’est pas que le 28 Septembre, il y a eu le Camp Boiro, il y a eu 1985, il y a eu les massacres de 2006 et 2007. Notre objectif c’est de rendre justice à toutes les victimes guinéennes ».

 

Il oublie qu’il y a les victimes qu’on peut éventuellement mettre sur un pied d’égalité (même s'il y aurait beaucoup à dire entre des assassinats et des crimes contre l’humanité), mais il faut aussi qu'on s'occupe des coupables, dont on ne parle pas. Or il faut mettre hors d’état de nuire ces criminels, qui existent aujourd’hui, alors que ceux du camp Boiro sont morts. Parler des victimes est une chose, neutraliser les criminels en est une autre.

 

« Ceux qui ont été victimes ont été bourreaux » dit-il. Je doute que les femmes violées ou les enfants massacrés aussi bien en 2006, 2007 que 2009 ont été des bourreaux. Là encore lapsus et abus de langage en disent long sur son sentiment profond, qui relève de l'aigreur, plus que de la compassion.

 

« C’est la classe politique qui a créé l’armée » (non c’est Ahmed Sékou Touré en Novembre 1958). « Si on rend justice aux familles des victimes, cela les amène à pardonner ». Alors qu’attend-on pour commencer ?

 

« En droit tant que vous n’êtes pas condamné, vous êtes considéré comme innocent », rappelle t-il. C’est exact, sauf que cela n’empêche ni les auditions, ni les enquêtes préliminaires... de ceux qui sont nommément cités dans un rapport onusien de crimes contre l’humanité. « Les gens ne sont pas membres du gouvernement » (mais nommés par décret à de hautes fonctions administratives). « Il faut qu’on laisse les Guinéens (lesquels ?) assumer leurs erreurs » (un crime n’est qu’une erreur ?). « Nous devons assumer tous les crimes en Guinée » (qu’est ce que cela veut dire ?).

 

 

 

Sur Afrique-Asie

Quelques réponses (en gras et italiques).

 

« Le riz était monopolisé par certains commerçants qui le vendaient 300 000 FG, l'État a cassé cette spéculation de sorte que le prix du riz est aujourd'hui inférieur à ce qu'ils envisageaient » (ndlr : une augmentation à 500 000 FG).

Alpha Condé en piètre économiste, oublie qu'un monopole désigne la situation où il n'existe qu'un offreur (comme voudrait l'être l'État d'Alpha Condé aujourd'hui). En fait il a « retiré » aux commerçants, la possibilité d'importer du riz, pour faire exercer ce monopole par l'État. Aujourd'hui le riz, d'une moins bonne qualité, est toujours vendu à 300 000 FG, sinon plus. Avec de telles « raffarinades » - la situation est pire que si nous n'avions pas agi -, il peut aller loin... derrière.

 

« J'ai encouragé la paysannerie à reprendre la production, faisant fermer des mines pour qu'ils retournent à la terre. En subventionnant des engrais, en fournissant des tracteurs pour la première fois depuis longtemps, la production agricole a repris ».

Chacun appréciera comment s'exerce l'encouragement selon Alpha Condé. Il aurait suffi de demander aux orpailleurs, ce qu'ils en pensent. Personne ne s'improvise agriculteur, sinon au vu du nombre d'hectares disponibles et cultivables en Guinée, les nombreux chômeurs pourraient s'y mettre.

 

Il faut rappeler à Alpha Condé que les agriculteurs n'ont pas attendu après lui, pour acheter des engrais... obligatoires à leurs activités. Peut-être que ce marché de fournitures, cache des surfacturations, qui ont d'ailleurs eu lieu et ont été dénoncées par Alpha Condé lui-même, sans sanction contre … ceux qu'il a nommés.

 

Quant aux tracteurs, ils ont fait l'objet d'un don de la Chine, et on les a « refourgués » aux agriculteurs. On n’allait quand même pas les donner aux pêcheurs !!!

 

« L'important est que nous allions vers l'autosuffisance alimentaire. Notre but est de ne plus importer de riz dans trois ans ».

Depuis la fin de l'année 2011, un « embargo » a été imposé à la circulation et à la commercialisation des produits agricoles (dont le riz) dans les régions. Concrètement, cela signifie que les paysans ne peuvent vendre leurs produits en dehors de leur lieu de production (sous-préfecture), et compte-tenu de l'offre et de la demande, une grande partie de la production ne sera pas vendue. Cette mesure vise officiellement à obliger la production locale à être vendue localement et non exportée.

 

Mais c'est à ne rien comprendre à la notion d'entrepreneuriat que de croire, qu'un chef d'entreprise travaille pour l'État ou le PRG. Un entrepreneur travaille pour gagner de l'argent, et le contraindre à vendre à perte, le conduira mécaniquement à diminuer drastiquement sa production, allant à l'encontre d'objectifs d'autosuffisance alimentaire.

 

Je n'évoque pas les raisons officieuses, qui suggèrent que la partie non écoulée serait rachetée par une nouvelle race de commerçants à ethnie ciblée, qui ramasseraient la mise à vil prix, pour les écouler, elle, sur les marchés étrangers. Mais comme dit la chanson, ça ne marche qu'une fois.

 

« On a constaté quelques bavures (avec la police et la gendarmerie) ».

Où sont les sanctions, car les bavures consistent en tirs à balles réelles sur des manifestants pacifiques (environ 7 morts officiels recensés depuis l'avènement d'Alpha Condé au pouvoir sans compter les morts en prison ou à leur sortie).

 

« Il ne faut pas se focaliser sur les violences du stade du 28 Septembre 2009 ».

En mélangeant les notions de réconciliation et d'impunité par exemple, tout le monde a compris que les massacres spectaculaires du stade ne constituaient pas une priorité pour Alpha Condé.

 

Vouloir comparer les morts de 2007, probablement réalisés par les mêmes criminels, avec les tueries et viols collectifs en plein jour de 2009 d'une armée contre ses propres ressortissantes est proprement scandaleux. En premier lieu, Alpha Condé n'était bizarrement pas en première ligne de ces revendications, dont il a pourtant bénéficié (merci l'absence de reconnaissance ou l'ingratitude). En outre, en mettant au même niveau les massacres du 28 Septembre, avec des évènements tout aussi ignobles, mais moins spectaculaires et plus anciens (donc mécaniquement plus apaisés), de la 1ère ou 2ème république, le résultat est que rien ne se fait.

 

« Avez-vous des secteurs prioritaires (en économie) ? »

« Ma priorité actuelle est l'atteinte du point d'achèvement du programme pour les pays pauvres très endettés (PPTE) ».

 

Alpha Condé confond les finances et l'économie. C'est parce que la Guinée est « cornaquée » par le FMI, que ce régime en oublie d'avoir un programme économique, avec un projet rassembleur.

 

Alpha Condé a décidé d'importer des centrales thermiques. Évidemment, il n'en a parlé à personne. Son projet, dont les Guinéens se gaussent, et qui n'existait même pas 15 jours avant le premier tour des élections présidentielles, prévoyait pourtant un développement écologique. Investir dans du thermique, non seulement est une contradiction supplémentaire - mais on s'habitue à ce manque de crédibilité -, mais créé surtout des charges et des dépendances supplémentaires (en fuel ou gaz), sans compter les dégâts écologiques.

 

« Je revendique l'idée de passer systématiquement des partenariats stratégiques sous contrôle de l'État. Je l'ai déjà dit, nous avons hérité d'un pays, pas d'un État ! Le problème est que l'administration n'est pas capable de gérer actuellement de grands projets ».

Comme d'habitude, Alpha Condé impose le partenariat, mot pudique pour désigner l'influence ou l'imposition extérieure, en vue de former localement des cadres, alors qu'il existe vraisemblablement des cadres guinéens de la diaspora, mais ceux-ci sont systématiquement omis (y compris pour les élections législatives). Quant aux partenariats sous contrôle d'un État qui n'existe pas, revient à dire je fais ce que je veux. L'administration est incapable, mais lui qui n'a jamais rien géré, serait capable. On en rit jaune sous cape. Tout dépendra donc des législatives, non sur le fonds qui ne fait aucun doute, mais sur la forme.

 

« Quelque 4200 militaires sont mis à la retraite »

On aimerait en avoir la liste officielle, puisqu'il a été déclaré à Davos la transparence la plus totale. Beaucoup de communication, mais des faits, de plus en plus nombreux, qui contredisent cette réalité.

 

« 80% des contrats ont été annulés pour vices de forme. Il n'y a pratiquement plus de gré à gré ».

Curieuse façon de parler (vices de forme) quand on connait les nombreuses violations constitutionnelles commises par Alpha Condé. Le respect n'est jamais à sens unique. Pour obtenir l'autorité, encore faut-il montrer l'exemple. Celui qui montre sa force est susceptible de rencontrer la force, et cela dénote une faiblesse intrinsèque. Quant à l'interdiction des marchés de gré à gré, elle était pourtant interdite par Alpha Condé lui-même, alors qu'en réalité elle est toujours effective, le terme « pratiquement » permettant de minimiser une habitude, qui est peut être plus étendue qu'il ne paraît. La sous-traitance des opérations électorales à Sabari Technology (un opérateur guinéen inconnu, si l'on peut dire !!!), en constitue une illustration par exemple.

 

« Nous avons mis en place un « Numéro vert » où les gens parlent de dysfonctionnements ».

Sous couvert d'une mesure, on instaure la délation où tout le monde surveille tout le monde, comme sous Sékou Touré, et où la femme pouvait même surveiller son mari et inversement. On imagine bien que ce genre de société, où bizarrement les « suspects » seront toujours du même camp, n'est pas le changement qu'attendaient les Guinéens. Certains nostalgiques aigris, s'imaginent dans leurs délires, que la jeunesse d'aujourd'hui, veut vivre comme on le faisait il y a 50 ans. Quelle stupidité !!!

 

 

 

 

Gandhi, citoyen guinéen

« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace » (Robespierre, Discours sur la liberté de la presse, Mai 1791).



[1]    Afrique-Asie n°75, Février 2012, pages 32 à 33.

Haroun Gandhi Barry

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