La Guinée à un tournant (partie 2) : attention danger !

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Lorsqu'on analyse l'accélération des événements depuis deux mois, on se dit que quelque chose pourrait se tramer au niveau du pouvoir, et si on part du principe qu'il ne faut rien négliger, quelques interrogations me taraudent, qu'il me semble utile de soumettre à la réflexion d'autres internautes. Partons du postulat suivant : Alpha Condé semble satisfait de la tournure des derniers événements, il accélère donc la cadence du calendrier électoral, parce qu'il est prêt. C'est ainsi qu'il a procédé lors de l'entre deux tours de la présidentielle. Dès qu'il fut prêt tout le monde devait se mettre au garde à vous. Il y a donc mille et une raison de se méfier.

Les constats récents

Il y a lieu de constater quelques événements ou déclarations, qui isolés semblent sans lien entre eux, mais qui prennent une orientation différente, si on essaie d'y trouver une démarche probable et concertée (rien n'est moins sûr, mais c'est le travail de tout stratège que d'y penser), parce que cohérente.

Je reprends donc quelques éléments dans un ordre chronologique qui n'ont échappé à personne.

Premier élément : malgré des tirs à balles réelles sur son véhicule, Lansana Kouyaté a néanmoins proposé des offres de service à Alpha Condé, en disant apporter son soutien au pouvoir face à la détérioration du pouvoir d'achat de ses compatriotes. C'est là : http://www.africaguinee.com/index.php?monAction=detailNews&id=14806.

Au risque de paraître déconnecté des réalités guinéennes, c'est néanmoins une chose que je peux difficilement comprendre. La meilleure preuve est que je considère aujourd'hui qu'il faut chasser Alpha Condé, non pas parce qu'il est incapable (ça tout le monde le voit), mais parce qu'il est nuisible en attisant les tensions entre Guinéens.

Deuxième élément : le vrai faux départ de Louncény Camara de la présidence de la CENI (le chèque ne devait sans doute pas être assez gros), voire de la CENI, puis son remplacement futur par un autre syndicaliste. Mais Louncény Camara, s'il constituait un problème, parce que notoirement incompétent, et accessoirement coupable de malversations financières, était surtout le relayeur de la fraude mise en place par le régime. Son départ ne constitue en aucune manière une concession du pouvoir, car de toute façon son mandat se terminait 3 mois plus tard (en Décembre 2012).

Troisième élément : l'agence RSCG est revenu sur le terrain pour remodeler l'image présidentielle d'Alpha Condé : cela se traduit de plusieurs manières :

* d'abord on présente la loi sur la CENI comme une concession de sa part. Or à part quelques aménagements sur lesquels je suis revenu dans mon texte précédent, et intitulé : « La nouvelle CENI pose toujours problème », cette nouvelle loi est quasiment la même que précédemment. On peut néanmoins s'inquiéter de certaines retouches. La seule nouveauté en réalité, c'est qu'Alpha Condé veut bien se soumettre à la loi, alors qu'il est pourtant garant du respect de la constitution, de l'ordre législatif et réglementaire. D'ailleurs Alpha Condé proclame qu'il a accepté toutes les revendications de l'opposition... sans les citer évidemment, car il serait bien en peine de le faire.

* ensuite, Alpha Condé a suscité les violences post-manifestation du 20 Septembre, car il est notoirement connu que les RPGistes sont à l'écoute du chef (Alpha Condé est toujours le président du RPG), allant même jusqu'à courber l'échine tellement fortement, qu'ils en sont méconnaissables. Il propose ensuite un discours de pseudo union et de rassemblement, tout en condamnant les violences... de l'opposition. Chacun aura en effet remarqué dans son discours, la critique systématique contre cette dernière (provocations, occupation anarchique de la voie publique, actes de vandalisme, destruction des autobus, biens saccagés, boutiques vandalisées, véhicules détruits, etc...) et la mise en valeur de ses propres actions. Mais tout le monde aura remarqué également l'absence de mots pour Mamadou Alpha Barry, la seule victime de ces échauffourées (Fodé Mamoudou Sow sera la deuxième). Existe t-il un lien entre ce silence coupable et l'origine du jeune tué par balles ?

* enfin, le 20 Septembre 2012, on a appris l'inculpation le 13 Septembre dernier, du colonel Abdoulaye Chérif Diaby, ancien Ministre de la santé sous Dadis Camara. Cette inculpation, sans mandat d'arrêt et/ou de dépôt, fait suite à celle de Moussa Tiegboro Camara le 1er Février 2012, qui n'a pas été suivie d'effets. Elle n'a donc pour but que d'essayer de conforter l'image d'un PRG impliqué dans la lutte contre l'impunité et volontariste. Imagine t-il sincèrement que les Occidentaux ont la mémoire courte ? Imagine t-il que si les Guinéens peuvent passer d'une situation donnée à une autre (y compris complètement opposée, sans que cela les déconcerte), ce n'est pas le cas des Occidentaux, qui s'appuient sur des actes concrets pour se faire un jugement, et non sur de simples déclarations ou effets de manches.

Quatrième élément : la vitesse à laquelle Alpha Condé a promulgué la nouvelle loi sur la CENI paraît suspecte. Votée le 17 Septembre, la loi est promulguée le 20, au mépris d'un délai de contestation de 8 jours francs entre le vote de la loi et sa promulgation (à l'opposition de faire un recours, d'autant que des modifications apparemment insignifiantes – mais lourdes de conséquences - ont été faites). On aimerait que cette diligence soit effective dans la gestion de la procédure, concernant le pseudo-attentat du 19 Juillet.

Les problèmes à venir pour l'opposition

La réforme de la CENI sur le plan institutionnel

Changer pour que rien ne change : présenter l'application de la loi (parité mouvance-opposition) comme une avancée ou une concession faite à l'opposition, montre le cynisme de ce régime, car si on lit le contenu détaillé du nouveau texte sur la CENI, on peut faire les constats suivants :

* les pouvoirs du président de la CENI sont maintenus intacts (à l'exception du pouvoir de l'article 162 du Code électoral, lui permettant d'annuler seul les PV, donc certains résultats électoraux), ce qui pose un problème sérieux. Les dérives de Louncény Camara sont en effet encore dans toutes les têtes. Rien n'a été fait pour faire cesser celles éventuelles du nouveau président à venir. Un président de la CENI aux « ordres » du pouvoir rendrait la gestion de la CENI identique à celle de Louncény Camara. D'ailleurs, obliger le président de la CENI à être un représentant de la Société civile est une obligation scandaleuse, car on sait ce qu'il est advenu de Louncény Camara, officiellement neutre, mais beaucoup plus zélé que le représentant du RPG à la CENI.

* la CENI peut fonctionner dans tous les cas de figure avec 17 commissaires sur 25. Parce que « ventre qui a faim n'a pas d'oreille » (dixit Alpha Condé), il suffit donc à la mouvance présidentielle de « convaincre » deux commissaires, pour que la CENI puisse faire légalement ce qu'elle veut, et sans entraves. On a vu, à l'occasion des démissions récentes de membres de l'opposition au CNT, à la CENI (voire au gouvernement), qu'il était très facile de « retourner » (convaincre) des commissaires de voter pour des intérêts partisans, et contre l'intérêt général.

* en étant l'unique ordonnateur du budget de la CENI, son président garde un pouvoir de pression sur ses collègues (c'est ce qui a permis à Louncény Camara par exemple, de se faire élire président de la CENI).

* en laissant entrevoir des liens entre une CENI indépendante et un Matap (2 commissaires issus de l'administration, présence du Ministre du Matap à l'élection du président de la CENI, collaboration obligatoire avec le Matap en matière technique, intervention du gouverneur de Conakry et de préfets pour certaines nominations), qui n'est pourtant qu'un auxiliaire technique, on laisse supposer un lien de subordination de la CENI au gouvernement, ce qu'ont du mal à comprendre de nombreux Guinéens, y compris – et c'est plus grave – certains juristes.

* le gouvernement (et/ou les Occidentaux), mais pas l'Assemblée Nationale, peuvent exiger un audit externe, ce qui lui confère par ce biais un nouveau moyen de pression inacceptable.

* quid de l'ancienne CENI, et quid de la nouvelle ? : la nouvelle loi ne doit pas être – ce qui serait une première (?) susceptible de dérives futures – un instrument indirect, pour révoquer les membres d'une institution, quelle que soit la valeur de ses membres.

La réforme de la CENI sur le plan pratique : le choix des commissaires

Le problème essentiel qui a l'air d'occuper l'opposition actuellement semble être la répartition des postes en son sein, et accessoirement l'identité des futurs commissaires. Pourtant ce n'est pas le problème essentiel, on l'a vu précédemment. Avant d'y revenir, il ne faut pas oublier que le nouvel article 8 n'empêche pas formellement le renouvellement des commissaires actuels de la mouvance, au nom de la sauvegarde de la mémoire de l'institution, avait-on dit dans un avant-projet de refonte de la CENI (c'est pourtant cette mémoire que l'on aimerait oublier).

Certains illuminés qui ne représentent qu'eux-mêmes, s'imaginent qu'ils vont pouvoir choisir des commissaires au sein de la CENI (ce n'est pourtant pas leur représentant). Ils n'ont toujours pas compris que la démocratie ne se mesure qu'à la représentativité partisane, qui s'exprime via le vote des électeurs. Des partis inexistants en termes de voix, ne peuvent et ne doivent rien espérer. Il faut que les choses soient claires, parce que s'ils veulent montrer l'exemple ou incarner le renouvellement politique, ils doivent se soumettre aux seules règles qui régissent le fonctionnement démocratique.

Les « grandes gueules », ou ceux qui sont censées représenter quelque chose, ne peuvent pas remplacer les suffrages. Tout le monde sait qu'il existe forcément des hommes intègres, compétents, et inconnus du public, mais qui ne deviendront jamais PRG, alors qu'ils en ont peut-être la carrure. Au nom de quoi devrions-nous donner crédit à des gens, dont le seul titre de gloire est un jour de faire une déclaration tonitruante contre le pouvoir, un autre de flatter ce dernier dans le sens du poil ? A vouloir faire plaisir à tout le monde, on risque de voir la CENI composé d'un commissaire nommé par un parti « cabine téléphonique », inexistant sur le plan politique, ayant le même poids que l'UFDG, qui représente presque la moitié du corps électoral.

Le problème d'un certain Centre a été tranché – on a du mal à voir comment il aurait pu en être autrement -, et les partis formels ont été logiquement écartés. De même des alliances autres que celles de l'Alliance pour la Démocratie et le Progrès (ADP) et du Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition (CPPFT) – telles que le FDP de Mamadou Baadiko Bah par exemple -, ont été écartées pour les mêmes raisons : absence de représentativité. Reste le problème de l'ADP et du Collectif.

Le cas des « absents » de la présidentielle

Certes, il n'y a pas de mal a priori, à élargir le débat à ceux qui n'ont pas concouru à la présidentielle (Jean-Marie Doré, Aboubacar Sylla et Mouctar Diallo notamment), mais l'extrapolation de leur représentativité est difficile.

En participant au gouvernement de transition, ces 3 responsables de partis se sont empêchés de participer au scrutin. Certes, Jean-Marie Doré peut se targuer d'avoir eu une représentativité dans le passé, mais celle-ci peut être considérée comme contestable, au vu de la manière dont les élections étaient organisées précédemment.

Il est donc difficile – voire anormal - de réserver une place à des gens, qui ont préféré le gouvernement de transition, courant le risque de ne pas évaluer leur représentativité. On ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre. Par ailleurs, dire que Jean-Marie Doré fait partie de l'opposition, c'est nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Au sein de l'ADP, le cas de Lansana Kouyaté

L'ADP compte une dizaine de partis (dont le PEDN de Lansana Kouyaté, l'UPG de Jean-Marie Doré, l'UFC d'Aboubacar Sylla, le PPG de Charles Pascal Tolno et le PUL d'Oumar Bah,...), mais seul le PEDN a participé aux élections de 2010 et peut-être considéré comme représentatif, ce qui permet de comprendre, eu égard aux raisons précédemment évoquées, que seul ce cas doit être examiné. Son problème n'est d'ailleurs pas de savoir s'il pourra choisir des commissaires au sein de la CENI, mais plutôt dans quel camp ?

Le problème pour l'opposition est en effet de faire en sorte que la force respective électorale des partis sur le terrain, ne soit pas remise en cause par des manœuvres politiciennes, où l'opposition se retrouverait en minorité arithmétique (alors qu'elle représente les 2/3), et surtout de ne pas inclure dans l'opposition, des partis qui en fait, « roulent » pour la mouvance présidentielle.

Jusqu'au retrait des membres du PEDN du gouvernement, il n'y avait aucune ambiguïté sur son appartenance à la mouvance présidentielle, même s'il faisait officiellement partie de l'opposition.

Depuis qu'il n'a pas obtenu les postes promis dans l'accord électoral passé avec Alpha Condé, Lansana Kouyaté s'est vu progressivement marginalisé par ce dernier. Aujourd'hui, il lutte pour la recomposition de la CENI et la révision du fichier électoral dans la transparence et l'équité. Mais sauf erreur de ma part, il ne milite pas pour autant pour le retrait pur et simple de Waymark, ce qui constitue quand même la pomme de discorde.

Certains laissent même entendre, qu'il est tout aussi machiavélique qu'Alpha Condé et que, les tirs sur son véhicule « blindé » (que la police ne pouvait ignorer), pourraient constituer une mise en scène, lui permettant de rejoindre définitivement l'opposition, en y prenant des places au sein de la CENI pour des commissaires, qui pourraient ensuite facilement se retourner, au profit de la mouvance présidentielle. N'oublions pas que le nombre magique pour la CENI est actuellement de 17, ce qui signifie que la mouvance présidentielle n'a besoin que de 2 commissaires pour être légalement libre d'agir. Les candidatures « sous-marin » du PEDN sont sans doute plus faciles à convaincre, lorsqu'on se rappelle les raisons ayant emporté la décision de Lansana Kouyaté de rejoindre Alpha Condé, lors du deuxième tour de la présidentielle.

A titre personnel, je considère qu'il est normal d'envisager ce cas de figure qui pourrait évidemment changer la nature de la nouvelle CENI. Mais je constate néanmoins que des exemples existent également dans les autres partis : chacun a pu voir lors de la démission des membres de l'opposition du CNT ou en d'autres occasions, que des retournements étaient possibles (l'UFDG avec Saliou Bella Diallo, l'UFR avec Maurice Togba Zogbélémou, l'UFC avec Yliassou Diallo, la NGR avec Mohamed Aly Éric Thiam,...). Donc même si on peut douter de la fiabilité de Lansana Kouyaté, il faut étendre cette suspicion à tous.

Au sein du Collectif, qui comprend une vingtaine de partis (dont l'UFDG de Cellou Dalein Diallo, l'UFR de Sidya Touré, la NGR d'Ibrahima Sylla, les NFD de Mouctar Diallo, la GECI de Mohamed Fodé Soumah,...), seuls les 3 premiers sont représentatifs, puisqu'ils ont dépassé les 3% de voix.

Mais là encore, au vu des changements récents (PEDN passé à l'opposition par exemple), on peut se poser la question de la présence de la NGR du Collectif (depuis son rapprochement avec la mouvance présidentielle et la démission de Faya Millimouno), à charge pour elle de s'inclure du côté de la mouvance.

Selon moi, le seul critère qui vaille aujourd'hui pour l'appartenance à l'opposition (sans négliger et oublier les comportements passés bien entendu), doit porter sur la présence ou non de Waymark comme opérateur technique. Ceux qui sont réellement dans l'opposition ne doivent pas transiger sur cette question, et refuser la présence de cette « machine à frauder ».

En définitive, seule la représentativité des partis, constitue le critère pour obtenir des commissaires à la CENI dans un régime démocratique.

Dans un texte précédent, j'avais fait une proposition de répartition, en ne prenant en compte que les 7 partis (UFDG, UFR, NGR, RPG, PEDN, RDR, RDIG) ayant dépassé la barre des 1% aux seules élections qualifiées de libres et de transparentes.

Il ressort des remarques précédentes, qu'au vu des derniers résultats aux élections – le seul instrument qui permet de mesurer la représentativité dans une démocratie -, seuls 4 partis du Collectif et de l'ADP, sont légitimes à pouvoir choisir des commissaires au sein de la CENI. Ceux qui y prétendent n'ont qu'à faire leurs preuves devant les électeurs, c'est la nouvelle règle démocratique en vigueur, et ceux qui ne veulent pas s'y résoudre ne doivent pas parler de démocratie.

* 43,65% Cellou Dalein Diallo

* 13,02% Sidya Touré

* 7,04% Lansana Kouyaté

* 3,23% Ibrahima Abe Sylla

Ce total (66,94%) représente les 10 commissaires auxquels le Collectif et l'ADP peuvent prétendre. Il suffit ensuite d'appliquer la règle de 3, pour déterminer la part de chacun :

donc 43,65 représentent 43,65 * 10 / 66,94 = 6,52 soit 6,5 commissaires

donc 13,02 représentent 13,02 * 10 / 66,94 = 1,95 soit 2 commissaires

donc 7,04 représentent 7,04 * 10 / 66,94 = 1,05 soit 1 commissaire

donc 3,23 représentent 3,23 * 10 / 66,94 = 0,48 soit 0,5 commissaire

Si on considère ces 4 partis comme faisant partie de Collectif et de l'ADP, on pourrait octroyer un commissaire à la NGR pour qu'elle soit représentée (et 6 à l'UFDG). A l'inverse, au vu des changements récents (PEDN ayant quitté l'Alliance Arc en Ciel pour passer à l'opposition), on pourrait écarter la NGR du Collectif (depuis son  rapprochement avec la mouvance présidentielle), ce qui lui enlèverait un poste (au sein du Collectif), mais le rendra possible au sein de l'Alliance Arc en Ciel). Dans ce cas de figure, l'UFDG récupérerait un demi-poste supplémentaire, pour passer à 7.

Un autre critère : l'unité de l'opposition

À la représentativité qui emporte ma conviction, on pourrait toutefois également envisager le critère de l'unité, pour permettre la distribution des postes au sein de la CENI. On pourrait considérer par exemple, que l'UFC d'Aboubacar Sylla, les NFD de Mouctar Diallo et d'Étienne Soropogui (voire la GECI de Mohamed Fodé Soumah), ont été présents au sein du Collectif, ce qui devrait leur permettre de choisir un commissaire. L'attitude passée des premiers, notamment au sein du gouvernement de transition, ne milite pourtant pas pour cette idée, mais sans vouloir retourner le couteau dans la plaie, cela permettrait de mettre en avant une nouvelle génération.

Même si elle n'est guère convaincante, il faut savoir pardonner les erreurs... de jeunesse (ils n'ont tué personne), pour permettre l'unité de l'opposition. Demain est un autre jour...

Dans cette hypothèse toutefois, toutes les clés de répartition deviennent aléatoires, voire irrationnelles (l'UFDG ne choisissant qu'un seul commissaire par exemple). Il faut évoquer cette hypothèse, mais elle ne me plaît pas. L'unité de l'opposition doit se faire, non pas lorsqu'il s'agit de se partager des avantages, mais au contraire lorsqu'il n'y a rien à se mettre sous la dent, les convictions emportant alors l'intérêt. Du reste, on ne choisit pas des représentants (ou des ministres), mais des techniciens du processus électoral, qui deviendront indépendants une fois leur « élection » acquise.

Le problème de Waymark

On a vu dans mon texte précédent sur la nouvelle CENI, que le choix de Waymark dépendait officiellement de l'institution, reste à savoir si c'est l'Assemblée plénière par consensus (terme ayant disparu dans la nouvelle loi, mais pas dans le règlement intérieur, d'où une source de conflits possible), l'Assemblée plénière à la majorité relative (13/25), le Bureau à la majorité relative (3/5) ou le président de la CENI seul, qui peut en décider.

Dans tous les cas de figure, sauf consensus (mais le terme a disparu dans la nouvelle loi), l'opposition ne peut rien, ce qui conduirait à rendre caduque l'intérêt de ce nouveau texte, car l'objectif de la recomposition de la CENI était de remettre les choses à plat. Si les règles de majorité ont changé, cela ne présente donc plus aucun intérêt. Afin de ne pas tourner en rond, car l'opposition empêchera la tenue d'élections truquées, ce qui sera source de violences inutiles, un dernier (?) compromis pourrait être possible :

* Alpha Condé refuse la Sagem, parce que cela ne lui laisse aucune possibilité de tricher en aval, même si officiellement il justifie ce rejet, par le fait qu'il représenterait davantage que les 18%, qu'il a obtenus au premier tour. Il oublie qu'en ajoutant les votes de tous les candidats de la Haute Guinée, dilués entre 10/24 candidats, on arrivait à 30%, ce qui correspond pourtant au pourcentage des électeurs de cette région, d'où sa mauvaise foi.

* le Collectif refuse Waymark, car leur matériel permet de modifier les résultats réels obtenus dans les urnes, en les rendant conformes à ce qu'Alpha Condé serine à l'envie (il n'a qu'un seul opposant), ce qui est proprement inadmissible.

* il doit donc être possible, car ce n'est qu'une question de volonté politique et d'organisation, d'en revenir à des élections « manuelles », débarrassées des kits et autres matériels informatiques. Avec environ 4 millions d'électeurs, ce devrait être techniquement réalisable.

Conclusion

Évidemment la situation consistant pour la mouvance présidentielle à obtenir des « retournements » de la part de commissaires issus de l'opposition, serait la pire qui soit pour elle, et c'est justement pour cela, qu'il faut intégrer la possibilité que cette situation puisse exister. C'est donc aux partis de savoir choisir leurs cadres, c'est même une question essentielle. Gouverner, c'est prévoir. En temps normal et eu égard à l'esprit de la réforme sur la CENI, les commissaires sont indépendants, et ils ne doivent dépendre de personne. Mais qui y croit ? Au vu de la formation et de la mentalité des Guinéens, cela paraît peu probable. D'ailleurs tous les partis parlent de représentants, alors qu'en aucun cas les commissaires ne le sont, preuve qu'absolument personne n'a compris l'esprit de la nouvelle constitution (écrite par d'autres, ceci expliquant sans doute cela). Les responsables politiques pourraient donc, afin d'éviter de mauvaises surprises, faire signer des démissions en blanc à leurs « représentants » mal nommés. En attendant une nouvelle génération de cadres formés aux nouvelles règles de fonctionnement démocratique et à l'intérêt général, chacun doit subir l'incompétence de la plupart de nos politiciens.

Les retournements de commissaires ne sont évidemment pas les seuls cas de figure susceptibles d'entraîner des problèmes à la CENI, mais c'est une possibilité à ne pas négliger, car elle plongerait le pays dans des abîmes infinis.

Les changements de règle de majorité au sein de la CENI, dont l'opposition n'a peut-être pas perçu toutes les conséquences, constituent un danger permanent, car ils laissent au seul président de l'institution le droit d'y faire ce qu'il veut, en faisant croire au caractère démocratique des décisions, puisque l'opposition y est représentée (au mieux à 40%, alors qu'elle représente 60%).

Les membres de l'opposition doivent donc rester fidèles à leur ligne de conduite actuelle (élections crédibles et transparentes), ce qui passe par le retrait inconditionnel de Waymark. En outre, l'unité d'action, que les partis du Collectif et de l'ADP mettent en œuvre, devient de plus en plus remarquable et ouvre des perspectives intéressantes, puisqu'elle montre, qu'il est possible d'y avoir une alternance en Guinée, la plus large possible, et représentative de toutes les régions, alors qu'Alpha Condé veut nous faire croire le contraire, agissant même en ce sens.

À l'heure où le combat pour le départ d'Alpha Condé devient l'objectif, cela permet d'espérer qu'un régime civil élargi puisse prendre la relève prochainement. C'est peut-être la raison, qui peut faire que les critères de choix des commissaires à la CENI, se fasse selon des critères aléatoires et subjectifs.

Mais l'histoire est trop volatile et les hommes trop versatiles pour qu'on puisse espérer que cela dure. L'avenir de la Guinée doit se construire selon des critères démocratiques, et il faut insuffler cet esprit à tous, la politique ce n'est pas les bisounours.

Gandhi, citoyen guinéen

« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace ». (Robespierre, discours sur la liberté de la presse, Mai 1791).

Haroun Gandhi Barry

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