Législatives en Guinée : «un accord est en vue» selon le gouvernement

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En Guinée, après deux ans de bras de fer, le pouvoir et l'opposition vont peut-être enfin se mettre d'accord sur un fichier électoral. Vendredi dernier, le 28 juin 2013, l'opposant Sidya Touré a même pronostiqué des élections législatives pour septembre ou octobre 2013. Qu'en pense le pouvoir ? Eléments de réponse avec François Lonsény Fall, le ministre d'Etat chargé des Affaires étrangères.

RFI : Un mois après l’ouverture d’un dialogue avec l’opposition est-ce qu’un accord est en vue pour les législatives ?

François Lonsény Fall : Je dirais raisonnablement qu’un accord est en vue, dans la mesure où le dialogue reprend en ce début de semaine, sur la base des avancées qui ont été enregistrées au cours des séances précédentes du 5 au 9 juin. Il s’agit maintenant, avec la participation de nos partenaires internationaux, d’avancer.

Ce que redoute l’opposition, c’est une manipulation du fichier électoral. Qu’est-ce qui garantit aujourd’hui que ce fichier sera sécurisé ?

Ce qui garantit que le fichier sera sécurisé, c’est qu’au cours du dialogue qui s’est tenu entre le 5 et 9 juin, la question liée à l’opérateur de saisie au fichier électoral était bien inscrite dans l’ordre du jour. Les partenaires étrangers, tous ont apporté des garanties quant à la sécurisation du système adopté. Ils se sont engagés à donner encore des effectifs additionnels si nécessaire, pour sécuriser. Je pense que ce point est déjà derrière nous. Il s’agit maintenant d’aller plus loin et nous pensons donc que nous pourrons sécuriser le processus et aller aux élections.

L’opposition se félicite que le fichier électoral puisse être contrôlé par un comité de veille présidé par un magistrat de la Cour suprême et aussi par deux experts nommés par cette opposition. Est-ce que vous confirmez ?

Je le confirme. Justement, cela a déjà fait l’objet d’un accord. Par ailleurs, au cours du dialogue que nous sommes en train de mener cette semaine, il y aura donc le comité de suivi de la révision du fichier et le comité de veille sur le fonctionnement de la Céni (Commission électorale nationale indépendante). Je pense que là, ce sont des garanties supplémentaires.

Donc le fameux opérateur de saisie, le Sud-Africain Waymark ne s’occupera plus de la centralisation et du décompte des votes ?

Waymark s’occupera de la saisie, comme on l’a dit, et en ce qui concerne les opérations électorales, ce ne sera pas Waymark. Et tout sera fait manuellement. Je pense qu’il y a eu des garanties suffisantes qui ont été apportées quant au rôle de Waymark.

Est-ce qu’un délai va être ouvert pour les électeurs qui n’avaient pas été inscrits lors des procédures précédentes de révision ?

Absolument. D’ailleurs c’est ce qui fait l’objet des discussions que nous sommes en train d’engager maintenant, la seconde phase du dialogue qui démarre. Pour ceux qui ne se sont pas fait recenser au cours de la révision précédente, il y aura un délai raisonnable, sur la base du document qui a été déjà soumis aux partis par les experts internationaux. Nous voulons aller sur un dialogue politique qui puisse permettre l’organisation d’une élection inclusive, transparente et crédible.

L’opposition dit qu’il y a eu des inscriptions pléthoriques, notamment dans la région de Haute-Guinée. Est-ce que ces défaillances vont être corrigées ?

Une commission va s’occuper des dédoublements, une commission va s’occuper d’assainir tout ce fichier, et tout sera mis en place pour que vraiment, la révision qui doit être faite soit acceptée par tout le monde.

A quelle date les Guinéens pourront-ils élire leurs députés ?

Cette question revient à la Céni. Ce que je peux vous dire, c’est que dès lors que l’accord sera signé, il y aura le chronogramme qui sera fixé par la Céni, avec l’assistance de la communauté internationale, il y aura une date qui cette fois-ci ne pourra plus être modifiée. Et ce sera une date consensuelle.

L’un des dirigeants de l’opposition, Sidya Touré, nous disait il y a quelques jours qu’il espérait ces élections en septembre ou octobre.

Ça, c’est ce que Sidya veut. Maintenant, la période importe peu. Le chef de l’Etat l’a déjà affirmé, on préfère prendre du retard cette fois-ci plutôt que de faire des élections bâclées. Nous voulons des élections inclusives. Si cela est en septembre, alors la Céni fixera la date.

Donc septembre, octobre c’est un peut tôt ?

Non, ça pourrait se faire en septembre, ça pourrait se faire en octobre. Cela ne dépendra pas de nous. Ça dépendra maintenant de la Céni.

Est-ce qu’il n’est pas urgent que les Guinéens votent, car pour l’instant très peu d’investisseurs viennent dans le pays. L’opposition dénonce le déclin de l’économie et la fermeture des usines, comme celle de Fria, qui a mis 5 000 personnes sur la paille ?

Mais la fermeture de Fria n’est pas l’œuvre du gouvernement actuel ! Ça c’est une gestion qui s’est passée avant l’arrivée du président Alpha Condé. Mais ce qui est certain c’est que dès que le gouvernement a pris la décision d’assainir le fichier du secteur minier, pour assurer plus de transparence dans la gestion des ressources minières, tout cela a fait qu’il y a un ralentissement au niveau de l’économie. Mais je vous donne ma parole, dans quelques mois vous aurez une surprise, parce que nous allons relancer les activités minières et l’économie pourra atteindre la vitesse de croisière souhaitée par le gouvernement.

En attendant vous reconnaissez que les recettes intérieures baissent de 30 % pour cette année 2013 ?

Oui pour le dernier trimestre. Effectivement, nous le reconnaissons. Mais cela n’est pas dû à une mauvaise gestion. C’est dû à deux facteurs. Le premier facteur c’est que nous avons enregistré des violences au cours du dernier trimestre, et il y a aussi le fait que le gouvernement a décidé d’assainir le secteur minier. Il y a eu aussi un ralentissement dû aux effets des sous-traitants.

L’opposition dit que les trois plus grosses compagnies mondiales du secteur minier ont quitté la Guinée. N’avez-vous pas été trop brutal dans votre politique à leur égard ?

Non, mais cela n’est pas juste ! Cela, c’est de la désinformation ! Le gouvernement est en négociation très avancée avec Rio Tinto qui est le principal acteur. Et d’autres grosses compagnies minières qui sont encore sur le terrain. Je crois que ces compagnies n’ont même pas intérêt à partir. Les compagnies minières sont là, il y a eu certainement un ralentissement des sociétés de sous-traitance dû au fait qu’il y a eu un retard dans la mise en œuvre des projets. Mais les grosses compagnies minières sont encore en place et les contacts que nous avons avec elles sont maintenus.

Quatre ans après le massacre de septembre 2009, dans le stade du 28 septembre, le lieutenant-colonel Claude Pivi vient d’être inculpé pour meurtre et viol par la justice guinéenne. Quelle est votre réaction ?

Ma réaction est qu’il faut faire la lumière sur les événements du 28 septembre.

Claude Pivi est ministre chargé de la Sécurité présidentielle. Après une inculpation aussi grave, peut-il rester au gouvernement ?

Il n’est pas arrêté, il est encore libre. Mais les décisions vont suivre. Je crois que c’est une machine qui est en marche et donc le gouvernement laissera la justice suivre son cours.

Par Christophe Boisbouvier

Source: RFI

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